Ile des Serpents, en pleine mer Noire. Imaginez qu’un pays ennemi ait installé sur ce petit territoire très convoité un brouilleur capable d’interdire toute communication dans un périmètre de 300 km. Pour le neutraliser, des navires doivent pouvoir s’approcher et communiquer en toute discrétion. Une solution : la communication optique laser. C’est avec un scénario de ce genre que cette technologie avant-gardiste prend tout son sens. Et que Safran a décidé de se pencher dessus sérieusement, comment le groupe le fait savoir lundi 17 juin, lors du salon de défense Eurosatory (du 17 au 21 juin).
Pour faire face aux systèmes de brouillage de plus en plus puissants et nombreux sur les champs de batailles, Safran s’ingénie donc à sortir la communication par faisceau laser des laboratoires. «L’enjeu est également de pouvoir transférer des masses d’informations toujours plus importantes», souligne Emmanuel*, chef de programme R&T chez Safran Electonics and Defense. La liaison optique pourrait ainsi présenter un débit compris entre 5 et 50 Gb/s. De quoi, au passage, ouvrir la voie à l’utilisation de l’intelligence artificielle.
La météo peut jouer les trouble-fêtes
Reste que l’usage de cette technologie n’est pas une mince affaire. Surtout sur des théâtres d’opérations militaires. Safran planche sur une solution reposant sur un émetteur laser capable de transmettre les données encodées via un faisceau laser modulé d’un micromètre de diamètre et un récepteur, qui peuvent être distants de 10 kilomètres, voire davantage. Premier cas d’usage visé : le maritime, pour permettre la communication tactique (message, photo, vidéo) entre deux bateaux. Ici, utiliser la communication laser nécessite de stabiliser en permanence les terminaux existants – tels que les viseurs Paseo et Vigy – grâce à des gyroscopes afin de garantir le bon alignement du faisceau malgré la houle.
En outre, si la technologie est insensible aux brouilleurs de signaux radiofréquences et de type GNSS (géolocalisation par satellites), elle ne l’est pas des phénomènes météorologiques divers et variés. «Par temps de fortes pluies et de longue portée, il y aura sans doute plus de difficultés à transmettre le signal», reconnaît Christophe*, ingénieur en chef au pôle espace et communication optique chez Safran Electronics & Defense. Toutefois, l'importance du débit maximise la transmission de données. La longueur d’onde utilisée pour le faisceau laser a été sélectionnée pour pouvoir notamment transmettre les informations sans effets de dégradation par l’humidité, très présente au-dessus de la mer.

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Des cas d'usages avec les satellites
Alors que des travaux de R&D ont été initiés sur la communication laser il y a environ trois ans dans le groupe, Safran envisage la commercialisation de produits intégrant cette technologie d’ici trois à cinq ans. «Les briques technologiques sont matures mais il reste encore des travaux à mener pour leur intégration», glisse-t-on chez Safran Electronics and Defense. L’industriel peut aussi miser dans son développement sur le savoir-faire acquis en matière d’armes à énergie dirigée. Avec MBDA, il a d’ailleurs mis la main en 2022 sur la pépite tricolore des lasers Cilas, située à Orléans (Loiret).
Si la rotondité de la Terre limite toutefois la portée de la communication laser via des terminaux terrestres ou maritimes à quelques dizaines de kilomètres, la technologie est aussi prometteuse pour transmettre de l’information du sol… au ciel et à l’espace. A l’avenir, des plateformes maritimes pourraient communiquer par laser avec, par exemple, le drone Patroller de Safran. La technologie de communication laser promet aussi de faciliter les échanges avec les satellites de communication et en particulier les constellations en orbite basse, afin de rapatrier de grands volumes de données captées sur les théâtres d’opérations.
* Les personnes citées n'ont pas souhaité publier leur nom de famille.



