L'épidémie de coronavirus pénalise l'économie mondiale. Celle-ci devrait croître en 2020 à son rythme le plus faible depuis la crise financière de 2008, a prévenu lundi 2 mars l'OCDE, pressant les gouvernements et les banques centrales d'agir pour éviter un impact encore plus important.
L'économie mondiale devrait progresser de seulement 2,4 % en 2020, son taux le plus faible depuis 2009, alors que l'OCDE tablait encore sur une croissance de 2,9 % en novembre 2019, a indiqué l'organisation dans ses prévisions actualisées. L'OCDE estime que l'économie mondiale pourrait renouer avec un taux de croissance de 3,3 % en 2021, une prévision basée sur l'hypothèse d'un pic de l'épidémie de coronavirus en Chine au premier trimestre 2020 et d'une propagation contenue dans le reste du monde.
Toutefois, si le nouveau virus s'étendait en Asie, en Europe et en Amérique du Nord, la croissance mondiale pourrait tomber à 1,5 % en 2020, a averti l'OCDE.
Des mesures à prendre "aussi rapidement que possible"
"Le principal message de ce scénario baissier est qu'il provoquerait une récession dans beaucoup de pays, c'est pourquoi nous appelons à ce que des mesures soient prises dans les régions touchées aussi rapidement que possible", a dit à Reuters l'économiste en chef de l'OCDE, Laurence Boone.
Les gouvernements doivent soutenir les systèmes de santé en accordant un supplément de salaire ou un allègement fiscal aux employés qui font des heures supplémentaires et en mettant en place des programmes de chômage partiel pour les entreprises confrontées à une baisse de la demande, a-t-elle ajouté.
Les gouvernements pourraient accorder aux entreprises un allègement financier supplémentaire en réduisant les charges sociales, en suspendant la taxe sur la valeur ajoutée et en accordant des prêts d'urgence aux secteurs particulièrement touchés comme l'industrie du tourisme, a encore dit Laurence Boone. L'économiste ajoute que les gouvernements ne devraient pas se concentrer sur une réduction des dépenses et laisser les programmes d'assurance-chômage jouer leur rôle pour amortir le coup porté à l'activité économique.
Réponse coordonnée
Parallèlement, les banques centrales devraient fournir aux marchés financiers, qui ont connu la semaine dernière leur plus forte baisse depuis 2008, des signaux rassurants sur leur volonté et leur capacité d'assouplissement de leur politique monétaire et à apporter des liquidités aux banques si nécessaire. "Nous ne voulons pas ajouter une crise financière à la crise sanitaire", a déclaré Laurence Boone.
Des responsables de la Réserve fédérale américaine, de la Banque centrale européenne et de la Banque du Japon ont dit récemment être prêts à agir si nécessaire. "Une réponse de politiques sanitaire, budgétaire et monétaire du G20 n'enverrait pas seulement un message fort de confiance mais multiplierait aussi les effets des actions nationales", a dit Laurence Boone.
Jusqu'ici, la coordination internationale face à l'épidémie de coronavirus semble être limitée aux pays du G7, dont les ministres des Finances doivent tenir une conférence téléphonique cette semaine, a indiqué lundi le ministre français de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire.
Croissance chinoise à 4,9 %
Dans le scénario de base de l'OCDE, selon lequel la situation liée au coronavirus ne se détériore pas de façon spectaculaire, la Chine serait la plus impactée en 2020, avec une estimation de croissance du PIB revue à 4,9 %, contre 5,7 % en novembre 2019.
La deuxième économie mondiale connaîtrait un rebond en 2021 pour renouer avec un taux de croissance identique à celui enregistré avant l'épidémie de coronavirus, à 6,4 %, prévoit l'OCDE.
Dans la zone euro, où le nombre de personnes contaminées par le nouveau coronavirus progresse rapidement, la croissance économique est désormais attendue à 0,8 % en 2020, contre une prévision précédente de 1,1 %, et avant un rebond à 1,2 % en 2021.
L'Italie, le pays européen le plus touché par l'épidémie, connaîtrait une activité économique stable en 2020 et l'OCDE prévoit une croissance de 0,9 % pour la France.
Le coronavirus devrait peser dans une moindre mesure sur la croissance économique des États-Unis, attendue à 1,9 % en 2020, contre une prévision de 2,0 % en novembre 2019. En 2021, le PIB américain progresserait de 2,1 %.
Avec Reuters (par Leigh Thomas, Blandine Hénault pour la version française, édité par Nicolas Delame)


