Entretien

« Nous lançons un deuxième fonds de 200 à 300 millions pour les scale-up du quantique», annonce Olivier Tonneau, cofondateur de Quantonation

Le 11 juillet, le fonds d’investissement spécialisé sur les technologies quantiques Quantonation a annoncé le bouclage de son financement, lancé en 2018, atteignant 91 millions d’euros. De quoi financer l’essor de pépites du secteur… et envisager un nouvel appareil d’investissement, pour accompagner leur passage à l’échelle. 

Réservé aux abonnés
Quandela
Quantonation a participé à la levée de fonds de 15 millions d'euros de la start-up francilienne Quandela (photo), en novembre 2021.

L’Usine Nouvelle. – Quantonation a annoncé avoir bouclé son financement, portant son enveloppe à 91 millions d’euros. Mais en quatre ans d'existence, vous avez déjà commencé à investir. Avec quelle stratégie ?

Olivier Tonneau. – A l’origine, nous espérions collecter entre 30 et 50 millions d’euros. Nous sommes donc bien au-delà ! Nous avons pour l’instant investi une quarantaine de millions d’euros dans une vingtaine de sociétés. L’objectif est de constituer un portefeuille de 25 entreprises, en investissant 20 à 25% du fonds sur de premiers tours de table. Nous allons donc avoir encore quelques premiers tickets pour prendre une participation au capital de nouvelles entreprises. Puis le reste sera investi dans les sociétés de notre portefeuille, au gré de leurs levées de fonds, qui arrivent tous les 18 à 24 mois. Nos investissements seront alors plus importants, les start-up devenant plus matures. A titre d’exemple, dans la seconde levée de Qubit Pharmaceuticals, de 16 millions d’euros, nous en avons mis 4 contre 1 pour la première. Nous envisageons donc de déployer le reste de notre enveloppe dans les deux à trois ans.

Financer les entreprises sur la durée est-il un moyen d'assurer leur passage à l'échelle dans un secteur très gourmand en capital ?

Cela est surtout vrai pour les entreprises du hardware. Dans cette optique, nous lançons d’ailleurs un nouveau fonds – dit fonds d’opportunité – pour soutenir l'émergence de scale-up européennes. Il devrait être doté de 200 à 300 millions d’euros et sera plus resserré, avec un portefeuille de 6 à 8 sociétés, pour nous permettre des tickets de 20 à 40 millions d’euros. Il faut que l’on soit capables d’investir autant pour conserver nos taux de participation dans des sociétés comme Pasqal [qui a déjà levé 25 millions d’euros en juin 2021]. Notre premier portefeuille comprend un certain nombre d’entreprises basées aux Etats-Unis et au Canada, mais là notre objectif est de nous concentrer sur l’accompagnement des plus belles sociétés européennes de notre portefeuille – tout en nous laissant l’opportunité d’investir dans une ou deux nouvelles entreprises – pour en faire des scale-up compétitives. Nous visons principalement l’Europe, car aux Etats-Unis, les investissements sur le quantique sont déjà massifs.

Qui sont les investisseurs du fonds Quantonation 1 ?

C’est assez équilibré. Nous avons environ un tiers d’investisseurs institutionnels et stratégiques : Bpifrance, qui a investi 20 millions d’euros, ainsi que des groupes industriels intéressés par les technologies portées par nos start-up, comme Thales, BASF, EDF ou encore la compagnie d’assurance américaine Pacific Life et le groupe indonésien Lippo Group. Un autre tiers provient de fonds de fonds, dont un assureur français, et de family offices [bureaux de gestion de patrimoine], notamment de plusieurs investisseurs du renouvelable et quelques familles industrielles dans l’auto et l’aéro entre autres. Le dernier tiers est composé de particuliers, qui ont investi de 100 000 à plusieurs millions d’euros. Tout cela représente au total 150 souscripteurs, de 16 nationalités différentes.

Avez-vous bénéficié du plan quantique national, lancé en janvier 2021 ?

De manière indirecte, oui. Les 20 millions de Bpifrance sont de l’argent public voué à être investis sur le quantique. Nos start-up ont bénéficié d’un certain nombre de dispositifs, comme le concours iLab, le fonds French Tech Seed… Des entreprises comme Pasqal et Quandela ont aussi bénéficié de la commande publique, via l'achat de machines par le Genci [l'organisme national du supercalcul], financée par de l’argent du plan. Mais nos start-up ont aussi profité des plans européens, comme l’EIC Accelerator qui permet d’associer à des subventions de 2 à 3 millions d’euros des co-investissements en capital. C’est un dispositif encore en rodage, mais qui montre la volonté de créer de vrais champions européens. Et la Commission européenne travaille à la création d’un fonds deeptech semblable au nôtre.

Les investisseurs de Quantonation 1 participeront-ils aussi au fonds d’opportunité ?

Certains nous ont dit être intéressés pour remettre un ticket au lancement de ce nouveau fonds, à la rentrée. Bpifrance notamment. Mais nous nous ouvrons aussi à un panel d’investisseurs plus large : notre premier fonds était petit pour les institutionnels qui ne mettent pas moins de 20 millions d’euros et souhaitent rester minoritaires. Ce sera possible avec ce nouvel appareil, qui devrait atteindre 200 à 300 millions d’euros d’ici 2 à 3 ans.

Quelle place Quantonation a-t-il trouvé dans l’écosystème quantique français et européen ?

Nous sommes les seuls, même dans le monde, à avoir ce positionnement. Même si nous ne sommes pas les premiers en termes de montants investis, nous sommes de loin celui qui a réalisé le plus d’opérations dans le quantique – le deuxième n'ayant que 6 ou 7 entreprises du secteur dans son portefeuille. Nous avons la chance d’être consultés sur quasiment tous les deals, c’est une position plutôt agréable.

Quels sont vos autres projets pour la suite ?

Même si nous créons un fonds pour les scale-up, nous voulons conserver une structure telle que Quantonation 1. Nous allons travailler à sa succession d’ici quelques mois. Nous avons aussi pour projet de monter des partenariats avec des accélérateurs et des incubateurs : un certain nombre de sociétés se créent et demandent de l’accompagnement. Nous avons passé beaucoup de temps à accompagner Pasqal et Qubit Pharmaceuticals. Et nous étions très contents de le faire, mais maintenant que notre portefeuille a grandi, nous n’avons plus autant de temps. De beaux incubateurs se créent partout dans le monde pour sourcer de futurs projets, nous pourrons les financer, prendre une participation ou signer des partenariats de collaboration.

Quantonation va donc continuer à chercher de potentielles pépites ?

Bien sûr. Une physicienne va nous rejoindre à la rentrée pour faire le tour des laboratoires dans des universités du monde entier. C’est une grosse partie du travail, dont s’occupe surtout notre cofondateur Christophe Jurczak, comme de lire des publications scientifiques pour connaître l’état de l’art, parler aux chercheurs… Et quand une techno semble intéressante, de motiver l’équipe à la pousser hors du laboratoire. 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs