La stratégie de l'équipementier aéronautique Safran pour surmonter la crise

Le motoriste et équipementier aéronautique Safran table sur un recul de 35% de son chiffre d'affaires en 2020, après un deuxième trimestre plombé par la crise du secteur aérien. Le groupe français a mis en place une stratégie pour rebondir et éviter les licenciements secs dans l'hexagone, malgré les craintes liées à une tardive reprise d'activité de la filière.

 

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Safran, fabricant de moteurs d’avion, à Melun-Villaroche (Seine-et-Marne) - Mars 2017
Safran mise sur son plan d'adaptation et sa restructuration à l'international pour surmonter la crise du secteur aéronautique.

Après un premier trimestre solide, le chiffre d'affaires de l'équipementier aéronautique français Safran a chuté de moitié au deuxième trimestre, suivant la tendance du secteur. "Les résultats financiers sont fortement impactés par une crise profonde et dévastatrice au second trimestre, a résumé son directeur général Philippe Petitcolin, lors d'une conférence téléphonique jeudi 30 juillet, ajoutant que Safran a "montré qu'il est solide et a les moyens de résister grâce aux mesures mis en place".

Selon Philippe Petitcolin, le groupe souhaite sauvegarder les emplois dans l'Hexagone - alors que la chute de l'activité menace 12 000 des 45 000 postes de l'équipementier en France - grâce au plan d'adaptation signé avec les syndicats début juillet et à des restructurations à l'international.

Un chiffre d'affaires amputé d'environ 35% sur l'exercice 2020

Par rapport au premier semestre de l'année précédente, le chiffre d'affaires du groupe accuse un repli de 27,6% sur un an en données publiées et de 29% sur une base organique, pour s'établir à 8,8 milliards d'euros (- 3,3 milliards d'euros). Après avoir annulé ses objectifs annuels en mars dernier, Safran table sur un recul de son chiffre d'affaires ajusté de 35% sur l'exercice 2020 et une marge opérationnelle courante d'environ 10 % de son CA.

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De janvier à juin, Safran a publié un résultat net ajusté part du groupe de 501 millions d'euros, en baisse de 63% par rapport au premier semestre de l'année précédente. Son résultat opérationnel courant est quant à lui de 947 millions d'euros, en baisse de 49,7% par rapport au premier semestre 2019.

Le segment Electronics and Defense épargné, celui d'Aircraft Interiors s'effondre

Si tous les segments du groupe sont touchés par une baisse de revenus, la division Electronics and Defense de Safran est relativement épargnée. La branche accuse un repli de 7 à 9%, malgré une légère croissance des systèmes de visée et de navigation. Plus largement, les activités militaires du groupe, comme celles des turbines d'hélicoptères, se sont comportées selon les prévisions du début de l'année, avec une baisse modérée de 7 à 9% de chiffre d'affaires au premier semestre.

La branche Aircraft Interiors a quant à elle été la plus exposée, avec une baisse de ses revenus de 35,1% au premier semestre, due à la hausse des reports et des annulations de livraisons de la part des compagnies aériennes. Le deuxième trimestre a été particulièrement difficile, avec un effondrement des revenus de 54,6%.  

A l'intérieur de la branche, les activités de Cabin et de Seats et Passenger Solutions sont les plus touchées. L’activité Cabin a souffert de la baisse des volumes de galleys (réduction des capacités pour le Boeing 737 MAX et les programmes A320 et A350), et des activités liées aux inserts et aux toilettes (principalement A220 et A350).

Malgré ces difficultés, Safran précise que sa division Aircraft Interiors a signé des accords avec des compagnies aériennes, en Asie et en Europe.  

L'accord de "Transformation d'activité" pour sauvegarder l'emploi en France

Sur les 45 000 emplois du groupe en France, 12 000 seraient en "surcapacité", selon Safran. Pour éviter des licenciements dans l'Hexagone, l'entreprise a passé un accord avec les quatre organisations syndicales du groupe le 8 juillet. Ce nouveau dispositif d'activité partielle longue durée (APLD) prévoit de sauvegarder 6 000 emplois en prolongeant le recours au chômage partiel qui a touché 30 % des employés au plus fort de la crise chez Safran, durant les 12 ou 18 mois prochains. Les employés concernés travailleront 60% de leur temps habituel, sur une période de 6 mois glissante. L’Etat complétera les salaires à hauteur de 84% du salaire net perdu. Selon les calculs du groupe, les salariés qui travailleront à 60% percevront entre 90 et 93% de leur salaire net actuel.

Jeudi 30 juillet, la ministre du Travail Elisabeth Borne se rend justement sur le site de Vélizy-Villacoublay (Yvelines) pour discuter de ce plan d’activité partielle longue durée avec les organisations syndicales et la direction du groupe.

Le groupe va également engager un plan de départ anticipé à la retraite pour 3 000 salariés, en s'engageant à racheter jusqu’à six trimestres, cotisations incluses, ou à verser une indemnité de départ à la retraite majorée de 5 mois de salaire au maximum. Par ailleurs, le pan innovation du plan de soutien programmé par l'Etat "devrait permettre de sauver au moins 1 000 emplois" dans les activités de R&D, selon le patron de Safran, s'appuyant sur l'objectif "ambitieux" de "développer un avion neutre en carbone d'ici 2035".   

Le groupe prévoit aussi des économies de trésorerie avec une baisse de 74% de ses dépenses d'investissement, de 17% ses coûts opérationnels et de 31% ses dépenses de R&D, engagée au premier semestre. Des économies qui ont permis de dégager une trésorerie opérationnelle de 1,15 milliard d'euros lors des six premiers mois de l'année. A la fin juin, la trésorerie et équivalent de trésorerie de Safran était ainsi de 4,3 milliards d'euros, contre 2,6 à la fin 2019.

Enfin, Safran table sur la remise en circulation au quatrième trimestre du Boeing 737 MAX, dont il équipe les moteurs Leap. Le motoriste en a livré 450 au premier semestre, soit presque moitié moins que l'année précédente et le groupe s'attend à n'en livrer que "de l'ordre de 800" sur l'année, contre 1 736 l'an passé.

Fermeture de sites et délocalisations

Ailleurs dans le monde, le groupe a dû tailler dans ses effectifs. Safran prévoit de supprimer 13 000 emplois (sur 55 000), et de relocaliser de nombreuses chaînes de production. Quatre usines sont concernées pour l'instant, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni notamment, pour des relocalisations dans des pays où le coût de production est moindre, d'ici la fin de l'année (Maroc, Thaïlande, Mexique). "Je pourrais vous citer des dizaines d'exemples comme ça, a avancé Philippe Petitcolin, avant d'ajouter, nous avons fait en un an ce que nous prévoyons de faire en trois". 

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