Le gouvernement français va inscrire dans la loi le principe de souveraineté alimentaire, a annoncé ce jeudi 1er février le Premier ministre Gabriel Attal, qui a décliné une nouvelle série de mesures pour tenter de désamorcer la crise dans la filière agricole. "Nous voulons être souverains. Souverains pour cultiver, souverains pour récolter, souverains pour nous alimenter. C'est le premier engagement que je prends ce matin. Nous inscrirons l'objectif de souveraineté dans la loi", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.
Gabriel Attal propose de "mieux reconnaître le métier d’agriculteur", avec la publication d'un rapport annuel sur la souveraineté alimentaire, un examen rapide de la proposition de loi sur les troubles du voisinage et la mise en place d'un plan de souveraineté dans chaque filière qui en a besoin.
Le chef du gouvernement, sous pression pour résoudre une crise qui s'étend désormais à l'échelle européenne, a admis des "erreurs" de l'exécutif français face au malaise paysan, qui couve de longue date. "Avons-nous répondu au malaise ? À l'évidence non. Avons-nous fait des erreurs ? À l'évidence oui", a-t-il dit.
Il s'agit de la troisième série d'annonces pour tenter de répondre aux revendications du secteur, alors que les précédentes décisions, venues de Paris et de la Commission européenne, n'ont pas satisfait les agriculteurs, qui poursuivent leurs manifestations.
Mesures sur l'étiquetage, plan Ecophyto suspendu
Gabriel Attal a dit vouloir redonner de la "valeur" à l'alimentation avec une législation claire contre la viande de synthèse, la promotion massive de l’étiquetage de l’origine des produits et une application renforcée des lois Egalim dans la restauration collective - notamment sur l'objectif de 20% de bio. Il a également promis d'interdire l'importation en France de produits traités avec le Thiaclopride, un pesticide interdit, et souhaite créer une force européenne de contrôle pour lutter contre la fraude sanitaire. Bruno Le Maire a par ailleurs annoncé un renforcement des contrôles dans la grande distribution, notamment sur l’origine française des produits. "Nous prévoyons plus de 10000 contrôles sur l’origine française des produits avec des sanctions qui pourraient atteindre 10% du chiffre d’affaires des industriels ou des distributeurs qui auraient fraudé sur l’origine des produits agricoles", a-t-il précisé.
Une pause est décidée dans la mise en oeuvre du plan Ecophyto, (mis en place en 2008 après le Grenelle de l'Environnement) dont la vocation est de réduire l'usage des pesticides. Il visait une réduction de 50% des pesticides d’ici la fin de la décennie, par rapport à la période 2015-2017.
Sur le plan financier, 150 millions d'euros vont être alloués en 2024 aux éleveurs. Le sujet du calcul des retraites - avec la question controversée des 25 meilleures années de cotisation - va être retravaillé. Des mesures fiscales seront étudiées pour faciliter les transmissions, notamment "le relèvement de tous les seuils d'exonération", a dit le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, présent à la conférence de presse aux côtés de ses homologues de l'Agriculture et de la Transition écologique. S'agissant du remboursement de la taxe sur le gazole non routier (GNR), un guichet est ouvert pour que les agriculteurs puissent bénéficier d'une avance de 50%. "Le versement sera effectué sous 10 à 15 jours maximum", a dit Bruno Le Maire.
Gabriel Attal a pour sa part réitéré l'opposition de la France à un accord commercial avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), affichant son rejet d'une "concurrence déloyale".
Avec Reuters (Rédigé par Kate Entringer, édité par Sophie Louet)


