L'Occitanie, terre d'expérimentation pour les drones

En Occitanie, une quarantaine d’acteurs des drones civils développent des produits innovants, au service de nouveaux usages.

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Le 21 novembre à Toulouse, dans le cadre du chantier d’implantation du plus grand téléphérique urbain de France, le drone de Comag est venu prêter main-forte aux équipes.

En 2019, pour gagner en visibilité sur le marché en forte croissance des drones civils, le pôle de compétitivité Aerospace Valley, dont le siège est à Toulouse (Haute-Garonne), a adapté sa feuille de route pour se positionner comme le pôle de référence de l’aéronautique, du spatial et mais aussi des drones.

« Notre ambition est de contribuer à faire émerger de nouveaux cas d’usages et des projets innovants, que ce soit pour de la collecte et de l’analyse de data, du fret et du transport de personnes », souligne Arnaud Rimokh, le directeur délégué drones et nouveaux usages chez Aerospace Valley. Sur le seul bassin toulousain, une quarantaine d’acteurs ont été identifiés sur toute la chaîne de valeur (conception d’appareils, quel que soit le type de voilure et de motorisation, systèmes embarqués, systèmes de gestion de flottes, supervision du système aérien, cybersécurité...).

Côté recherche et enseignement supérieur, l’Onera, l’Isae-SupAero et l’Enac, avec sa grande volière à drones, sont mobilisés aussi bien sur l’optimisation des systèmes que sur leur intégration dans l’espace aérien. Côté industriel, on dénombre, aux côtés de grands acteurs tels Airbus et Thales, de nombreuses entreprises de services du numérique (Sopra Steria, CGI...), et une dizaine de start-up innovantes, comme le pionnier Delair, Sunbirds et son drone solaire, Abelio, Dron Aero, Drone Technology, ou encore Donecle.

Comag : déroulage de câbles de téléphériques

La scène (photo principale de cet article) n’est pas passée inaperçue dans le ciel de Toulouse. Le 21 novembre, dans le cadre du chantier d’implantation du plus grand téléphérique urbain de France, un drone est venu prêter main-forte aux équipes, pour une étape particulièrement délicate. Comag, la filiale travaux de Poma (1 300 salariés, 480 millions de chiffre d’affaires en 2019, dont le siège est à Voreppe, en Isère) chargée du chantier, a fait le choix d’utiliser cette technologie pour le déroulage de la cordeline. L’opération, plutôt spectaculaire, consiste à relier les pylônes avec une drisse d’à peine 4 millimètres d’épaisseur. Ce premier déroulage, réalisé habituellement à la main ou parfois par hélicoptère, permet ensuite l’installation de câbles plus solides qui servent au montage du câble définitif. « À Toulouse, la première partie de l’opération a été effectuée par hélicoptère. En revanche, pour le secteur le plus urbanisé du tracé, le drone s’est avéré la solution la mieux adaptée », explique Rémi Torres, conducteur de travaux. Une technique déjà bien rodée par Comag.

La société, installée à Gilly-sur-Isère (Isère), a fait l’acquisition d’un drone électrique en avril 2019. Après le codéveloppement d’une application avec le fabricant, l’engin à 4 hélices, qui pèse 23,5 kg pour 2,3 mètres d’envergure, a une capacité de levage de 16 kg adaptée à la pose de câbles. « Pour des chantiers en zone de montagne, le drone offre une plus grande sécurité aux équipes, l’empreinte carbone est quasi nulle et le coût d’utilisation nettement moins élevé que celui d’un hélicoptère », souligne Roland Bertholet, le président de la société. La technique de déroulage par drone a été testée par Comag à Loudenvielle, dans les Hautes-Pyrénées, puis à Luzenac, en Ariège, dans le cadre de la rénovation complète d’un téléphérique sur un site industriel. « À Toulouse, c’est une première en zone urbaine », insiste Roland Bertholet.

 

Donecle: l'inspection autonome des carlingues

Donecle a développé une solution globale pour automatiser l’inspection des avions au sol, intégrant des drones équipés d’un système de navigation autonome et de caméras haute résolution, dont les images sont traitées par des algorithmes fondés sur un système d’auto-apprentissage. Après trois ans de R & D, un premier site a été équipé dès 2018 en partenariat avec Air France Industrie KLM. En moins d’une heure, l’inspection autonome complète de la carlingue d’un avion de type A 320 est assurée, là où une inspection visuelle nécessite au moins huit heures et mobilise une équipe d’une dizaine de personnes. Les défauts sur le fuselage sont détectés et classifiés. « Les premiers retours du terrain ont validé la pertinence de notre solution », souligne Matthieu Claybrough, le cofondateur et directeur technique de la société.

Créé en 2015 et situé à l’IoT Valley de Labège (Haute-Garonne), Donecle emploie une vingtaine de salariés et compte une demi-douzaine de clients dans le monde, dont la compagnie aérienne nationale autrichienne Austrian Airlines, Latam Airlines en Amérique latine et le groupe de maintenance AAR aux États-Unis. « Dans un contexte particulièrement difficile pour l’ensemble de l’aéronautique, nous avons même réussi à élargir nos cibles commerciales en direction de l’aviation d’affaires et du militaire », se félicite Matthieu Claybrough. Des contrats ont été signés en 2020 avec Dassault Aviation pour l’inspection de Falcon et de Rafale. La société travaille aussi sur un nouveau capteur 3D capable de mesurer précisément les profondeurs d’enfoncements et de rayures. « Actuellement en phase de test, cette nouvelle fonctionnalité sera commercialisée dans le courant de l’année 2021 », précise le directeur technique. Toujours très positionnée sur l’aéronautique, la start-up ambitionne également d’adapter ses solutions à de nouveaux champs comme l’inspection des éoliennes en mer.

Diodon Drone Technology: intervention en zones difficiles

Commercialisé depuis à peine plus d’un an, le Diodon SP20, développé par Diodon Drone Technology, est doté d’une particularité : sa structure est entièrement gonflable. À la fois compacte, robuste et amphibie, le modèle est particulièrement adapté aux marchés de la défense et de la sécurité civile. La société se positionne sur des drones de 1 à 10 kg, pour une envergure allant de 50 cm à 1,5 mètre. « Faciles à transporter, nos drones peuvent se poser sur tous types de terrain, sur terre, comme sur mer », souligne Antoine Tournet, le président et cofondateur de la start-up. Un exemplaire a été testé durant l’été 2019 par l’armée française au Mali, dans le cadre de l’opération Barkhane, pour des missions de surveillance de nuit autour des bivouacs. « Nous ciblons aussi le marché de la sécurité civile pour accompagner les interventions de secours en zones de catastrophes, et celui de la surveillance de sites industriels en conditions difficiles d’accès, notamment offshore, plates-formes pétrolières et parcs éoliens », précise le jeune chef d’entreprise.

Diodon Drone Technology a été créé en 2017 par deux élèves de l’Isae-SupAero, sur la base d’un projet conduit dans le cadre de leurs études. La société, hébergée en pépinière d’entreprises, à Labège, près de Toulouse, emploie actuellement 14 salariés et prépare l’industrialisation de ses drones pour 2021, avec un nouveau modèle baptisé Diodon HP30. L’ambition est de changer d’échelle, avec la création d’une dizaine d’emplois supplémentaires d’ici à deux ans.

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