L'explorateur Bertrand Piccard développe un avion à hydrogène et vise un tour du monde en 2028

Pour son prochain tour du monde, l’explorateur suisse Bertrand Piccard annonce, ce mercredi 6 février, la construction d’un avion à hydrogène liquide. Celui-ci doit réaliser un tour du globe en neuf jours, sans escales et sans émettre d’émissions en 2028.

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Avion à hydrogène Bertrand Piccard
L'explorateur suisse Bertrand Piccard dévoile le design de son avion à hydrogène. Il avait déjà réussi le tour du monde sans émission polluante avec son avion solaire Solar Impulse en 2004.

«Quand j’ai fait le tour du monde en ballon, c’était sans arrêt, mais avec des émissions polluantes – du propane qu’on brûlait. Avec mon avion Solar Impulse (un planeur solaire, NDR), je n’ai généré aucune émission, mais j’ai fait 16 escales.» L’explorateur suisse Bertrand Piccard annonce, ce mercredi 7 février, son prochain défi : la construction d’un avion à hydrogène liquide pour son prochain tour du monde en 2028. Objectif : voler au-dessus de l’équateur, en neuf jours, sans escale et toujours sans émettre de CO2.

Afin de tenir ces neufs jours en l’air, l’avion, baptisé «Climate impulse», doit maximiser son efficacité énergétique en réduisant au maximum son poids. Le dessin de l’avion a donc été réduit au minimum : une cabine au milieu de deux réservoirs d’hydrogène. «Ce gaz prend beaucoup de volume, nous avons donc conçu l’entièreté de l’avion autour des réservoirs», explique Bertrand Piccard. Le gaz sera envoyé dans des piles à combustible pour alimenter des moteurs électriques.

Appartement volant

Derrière les deux sièges du cockpit, un petit lit permettra aux deux pilotes – Bertrand Piccard et le navigateur français Raphaël Dinalli - d’alterner leurs nuits afin d’assurer les 24 heures sur 24 de vol. Une cuisine et des toilettes seront également présentes. La cabine sera plus grande que celle de 4 mètres cubes du planeur Solar impulse. «Ce sera un appartement volant», s’amuse Bertrand Piccard.

D’ici là, l’explorateur doit résoudre plusieurs équations industrielles. L’hydrogène est particulièrement léger, volatile et interdit la moindre microfissure. «On pourrait miser sur des réservoirs épais pour stocker l’hydrogène à -253°C», explique Ilham Kadri, du groupe belge de chimie Syensqo (spin-off de Solvay), chargé de la fabrication de l’avion. «Mais cela nous retirerait la légèreté dont nous avons besoin.» Comment résoudre cette équation et avec quel matériau ? L’inconnue doit être résolue lors de la construction, afin de développer un réservoir léger et fin. La quantité de mètres cubes d’hydrogène embarquée n’est par ailleurs pas encore définie.

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Dream team industrielle pour calendrier express

Une équipe planche depuis trois ans sur la conception de l'appareil. Les deux ans et demi de construction devraient mobiliser une trentaine de personnes pour un budget de 45 millions d’euros, auxquels s’ajouteront 15 millions d’euros pour les vols d’essais. La conception aérodynamique est réalisée par l’avionneur Airbus, le constructeur Daher s’occupe des volets, le constructeur de l’aérospatial ArianeGroup conçoit les réservoirs d’hydrogène. Les ailes, le cockpit et le fuselage seront construits sur le site portuaire des Sables d’Olonne (Vendée) pendant deux ans. Les morceaux de l’aéronef seront ensuite transportés à Tarbes (Hautes-Pyrénées) où ils seront assemblés pour effectuer les campagnes de vols d’essais fin 2026 avant le grand saut de 2028.

Le calendrier de l’explorateur semble néanmoins serré. Le projet Mermoz, qui consiste à faire voler un drone à l'hydrogène au-dessus de l'Atlantique pendant plus de 36 heures en 2025, devrait nécessiter au moins sept ans de travail. À plus grande échelle, Airbus a annoncé en 2020 viser la mise sur le marché de ce qui serait le premier avion à hydrogène commercial en 2035. Ces quinze années de travail incluent 7 à 8 ans dédiées uniquement à la maturation de cette technologie tout juste balbutiante.

Mais Bertrand Piccard a l’avantage de proposer un avion expérimental. Il pourra notamment court-circuiter les années de certifications d'un avion destiné au grand public. «Il nous suffira d’un permis de voler français, qui sera reconnu à l’international.»

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