C’est un rapprochement qui a beaucoup fait parler de lui, et aujourd’hui encore: en s’associant avec l’américain Palantir dès 2015,Airbus aurait-il passé un pacte avec le diable? L’avionneur européen ne peut en tout cas plus se passer de son sulfureux acolyte. Des liens si forts que Fabrice Brégier, l’ex-numéro deux d’Airbus, est même devenu le responsable du groupe en France dès fin 2017...
Créé en 2004 à PaloAlto (Californie),Palantir est un spécialiste du big data. Sa force? La capacité à traiter de grandes quantités de données hétérogènes et délivrer in fine une aide opérationnelle.Un savoir-faire d’abord expérimenté avec succès chez Airbus pour assurer les montées en cadence de production de l’A350 et qui se trouve désormais au cœur de la plate-forme numérique Skywise de l’avionneur,outil d’optimisation des flottes d’avions à destination des compagnies aériennes. En clair,les ambitions d’Airbus dans le très lucratif – et trop exploité – segment des services au transport aérien dépendent en grande partie de Palantir.
Recourir au français Dassault Systèmes
Et la dépendance du groupe aux géants étrangers du numérique ne s’arrête pas là: les données exploitées par Airbus, encryptées, circulent dans un cloud fourni par Amazon, via des datacenters situés en Irlande et en Allemagne. Quid des enjeux liés à la souveraineté? "Vis-à-vis de Palantir et d’Amazon, nous maîtrisons les instances, nous avons des droits d’audit, nous pilotons les plates-formes dont la sécurité est extrêmement élevée, nous assurait Marc Fontaine, le directeur de la transformation digitale d’Airbus, l’an passé. J’aurais préféré avoir une alternative dans ce domaine, mais cela n’a pas été le cas jusqu’ici. Il faudra beaucoup d’argent pour que l’Europe se mette à niveau."
Il est pourtant un acteur qui se verrait bien tenir les premiers rôles dans le secteur aéronautique : Dassault Systèmes,avec sa plate-forme 3DExperience, qui a séduit tous les plus grands donneurs d’ordres du secteur, dont Boeing, Safran, Embraer, Lockheed Martin... et Airbus. L’avionneur européen a fait appel au Français pour concrétiser son projet interne dénommé "digital design, manufacturing and services" (DDMS) qui vise notamment à dépasser l’approche numérique trop séquentielle qui prévaut encore en matière de développement d’avions durant les différentes étapes. Reste à savoir si Airbus donnera un jour un poids prédominant à l’un de ces deux acteurs du numérique...



