Comment le ministère des Armées vole au secours des industriels de la défense

Grâce à une "task force" mise en place en mars, le ministère de la Défense a aidé une petite centaine d'entreprises membres de la Base industrielle et technologique de défense (BITD), fortement affectée par la crise sanitaire, comme l'ETI Sodern. L'inquiétude reste de mise quant à l'avenir de plusieurs dizaines d'autres sociétés de la filière.

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Catapultage rafale Charles de Gaulle
Le ministère pourrait anticiper également la commande d'une trentaine de Rafale.

Dans l'industrie de l'armement française, l'inquiétude est de mise. Fortement affectées par la crise sanitaire, les entreprises de la filière tentent comme elles le peuvent de se relever et de renflouer leurs caisses. "Si les commandes militaires ont continué pendant le confinement, l'activité civile des fournisseurs a chuté, mettant à mal leur état de santé global", expliquait lors d'un point presse le 3 septembre l'ingénieur général Vincent Imbert, chef de la "task force" de sauvetage de la Base industrielle et technologique de défense (la fameuse BITD).

Ce répertoire des industries travaillant notamment pour la défense française comptabilise environ 4 000 sociétés. On y retrouve des géants comme Airbus, Dassault Aviation, Thales, Safran ou MBDA, tout comme une myriade de PME et ETI. Cet ensemble emploie 200 000 personnes, pour un chiffre d'affaires annuel de 17 milliards d'euros.

Soutenir la BITD

Pour les soutenir en ces temps compliqués, le ministère des Armées a donc mis en place une cellule de soutien ou "task force", dès le mois de mars. Son objectif est de recueillir des informations sur leur santé auprès de la Direction générale de l'armement (DGA) et des différents groupements industriels (comme le Gifas) et de mettre en place des aides (crédit, trésorerie, subventions, soutien à l'export ou encore recapitalisation), en concertation avec la Direction générale des entreprises (DGE) et Bpifrance. "Les mesures sont choisies selon l'état général d'une entreprise, activité civile comprise", précise Vincent Imbert.

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1 236 sociétés ont ainsi été sollicitées. Sur 792 ayant répondu, 92 ont été jugées dans un état critique (dont 80 % de PME et ETI) et ont été aidées. À l'heure actuelle, 47 d'entre elles auraient obtenu suffisamment de soutien pour être remises sur pied. "Pour elles, l'urgence est passé. Nous avons la certitude qu'elles survivront les prochains mois et se relanceront, détaille l'ingénieur Pierre (son nom de famille n'est pas dévoilé par l'armée), chef du bureau du développement des PME au sein de la DGA. On a traité des situations urgentes cet été, mais le pire doit arriver cet automne. 80 entreprises doivent être attentivement surveillées dans les prochaines semaines. Nous ne connaissons pas encore l'ampleur de la crise qui arrive, mais nous travaillons pour l'anticiper au mieux".

1 million d'euros pour Sodern

Si le ministère ne précise pas l'identité de toutes les sociétés aidées, l'une d'entre elles était venue témoigner au cours du point presse. ETI de 450 salariés ayant réalisé un chiffre d'affaires de 76 millions d'euros en 2019, Sodern est spécialisée dans la fabrication d'instruments scientifiques pour le spatial et la défense. Elle conçoit notamment des viseurs d'étoiles, qui aident les satellites à se repérer et à se déplacer.

L'entreprise, qui investit généralement entre 6 et 7 % de son chiffre d'affaires en R&D, a vu cette capacité fortement s'amoindrir ces derniers mois. "Nous avons souffert de la crise, et le pire aurait pu suivre, raconte son PDG Franck Poirrier. La ministre est venue nous voir début juillet, et la DGA nous a accordé une aide à la trésorerie de 1 million d'euros dans la foulée. Sodern devrait pouvoir continuer ses investissements et relancer une croissance pour l'instant à bout de souffle."

600 millions d'euros de commandes anticipées

En plus de la task force, dont la mission devrait au moins se poursuivre jusqu'à la fin de l'année, le ministère des Armées a rappelé avoir annoncé, début juin, 600 millions d'euros de commandes anticipées dans le cadre du plan de soutien à l'aéronautique. Elles comprennent trois Airbus A330 pour un total de 200 millions d'euros. Deux doivent être livrés avant décembre et être convertis en avions-ravitailleurs.

Huit hélicoptères Caracal, plusieurs drones et un avion léger de surveillance et de renseignement (ALSR) ont également été réceptionnés, ou le seront prochainement. Pour soutenir Dassault Aviation, le ministère envisage aussi d'anticiper la commande d'une trentaine de Rafale, qui devaient initialement être livrés en 2027.

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