Après avoir installé son logiciel d’intelligence artificielle dans les drones kamikaze, Helsing s’attaque à plus gros, beaucoup plus gros : les avions de combat. La start-up franco-allemande a révélé mercredi 11 juin la réalisation d’essais grandeur nature avec le fabricant suédois SAAB pour tester à bord de ses appareils son logiciel d’IA pour les combats aériens, baptisé Centaur. L’objectif : voir si son logiciel aux commandes d’un Gripen pouvait rivaliser en combat avec un pilote humain.
Dans le cadre d’un contrat avec la direction suédoise de l’armement, les essais ont eu lieu au-dessus de la mer Baltique entre le 28 mai et le 3 juin. L’appareil piloté par IA avait tout de même un pilote à bord pour reprendre la main en cas de danger. «Au cours des vols, on a scénarisé des combats air-air au-delà de la vue directe dans lesquels le pilote du Gripen a délégué le contrôle complet de l’appareil et du système d’armes à l’agent d'IA Centaur», précise-t-on du côté d’Helsing. Résultat des confrontations: match nul. L’IA a remporté autant de victoires qu’il a subi de défaites.
Selon Helsing, il s’agit d’une première sur un avion de combat opérationnel, actif dans les forces et non pas sur un avion expérimental. «C’est un jalon majeur pour l’aviation de combat», s’est félicité Morgan Ossola, directeur des programmes Air pour Helsing France. Centaur est bien plus qu’un logiciel de pilotage automatique. «Il assimile la situation tactique fournie par les capteurs du Gripen, planifie, manœuvre, engage l’adversaire et esquive les menaces», explique-t-on chez Helsing.
Des manoeuvres de combat inédites
Le logiciel Centaur met en oeuvre l’apprentissage dit par renforcement, une expertise développée principalement par la filiale française de la start-up. C’est-à-dire que l’IA s’est entrainée, comme pour les logiciels d’IA pour jeu de Go ou d’échecs, en jouant contre elle-même ou contre des vrais pilotes lors de simulation de combat. De quoi engranger selon les développeurs des décennies d’expérience virtuelle dans le combat aérien, en quelques heures seulement.

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Helsing y voit deux intérêts. D’une part, cela permet de contourner la pénurie en matière de données opérationnelles de combat pour entrainer le logiciel. Les armées de l’air sont très réticentes à confier à des tiers ces données car considérées comme très sensibles. D’autre part, «un agent d’IA qui viendrait absorber des données opérationnelles de combat humain atteindrait un niveau comparable à celui des meilleurs pilotes de manière assez rapide, mais il serait incapable d’une exploration tactique pour les dépasser», estime Morgan Ossola.
Des discussions avec l'armée de l'air française
Suite à la campagne d’essais, le feedback des pilotes suédois sera toutefois exploité pour améliorer les algorithmes. Si le logiciel a développé des stratégies de combat classiques, les pilotes ont reconnu des manœuvres auxquelles ils n’auraient pas forcément songées. Selon Helsing, lors des simulations nécessaire à son perfectionnement, Centaur a même pu réaliser des manœuvres inédites comme un tir déclenché au cours de la mise en vrille de l’appareil pour exploiter au mieux la situation tactique.
Le Gripen E s’est avéré particulièrement compatible pour faire tourner son logiciel. Il a été conçu d’emblée comme une plateforme informatique volante capable de télécharger des applications comme un smartphone. Selon les pilotes d’essais de Saab, il n’a fallu que six mois aux développeurs pour adapter leurs algorithmes d’IA à l’appareil sans remettre en cause sa navigabilité.
Des campagnes supplémentaires sont prévues avec l’armée suédoise avec un calendrier qui reste à établir. Centaur va explorer les autres domaines de mission que le combat air-air. Le logiciel doit également être testé dans un environnement collaboratif mettant en œuvre plusieurs aéronefs. Selon Helsing, plusieurs armées se sont montrées intéressées par cette expérimentation, dont l’armée française.



