«Plus de40 millions d’euros seront investis à Autun (Sâone-et-Loire) d’ici 2025. Cet investissement est le plus important de Nexans en France depuis des décennies », a annoncé fièrement Guillaume Teixeira, directeur général de Nexans France, jeudi 12 janvier, face à un public composé d’élus territoriaux, de journalistes et de membres de la direction.
Présenté comme une vitrine du groupe dans le domaine de la plasturgie, de l’industrie 4.0 et du transport, le site produit annuellement plus d’un un million de kilomètres de câbles destinés au bâtiment. Il est aussi, avec plus de 200 salariés, le second employeur du bassin local. «L’objectif est triple, indique le patron France. Nous allons soutenir nos capacités de production et la compétitivité de ce site sur les câble PVC en capitalisant sur notre expérience de l’industrie 4.0. Nous allons aussi positionner le site en matière de sécurité incendie, en produisant des câbles sans halogène. Enfin, nous allons inscrire Autun dans l’ambition de neutralité carbone du groupe ».
Le maintien de l’emploi est garanti. A l’heure où les difficultés économiques font craindre un risque de récession, Christopher Guérin, le directeur général du groupe coté en bourse, revendique le choix du «local pour le local». « Au mot récession, beaucoup d’investisseurs associent restructuration, réduction de coût, délocalisation vers des zones à bas coût. Nous, on répond par des investissements en local, de la formation, la pérennisation, et la modernisation », indique le dirigeant.
15 millions d'euros pour l’industrie 4.0
D’ici 2025, 19 millions d’euros seront consacrés à l’augmentation de la capacité de production de câbles. «La capacité de la centrale de mélange sera multipliée par trois pour servir nos besoins en PVC et en composant sans halogène», précise Guillaume Teixeira. Actuellement, l’usine produit 10% de câbles isolés HFFR, c’est-à-dire gainés avec une matière ignifugeante sans halogène. Ce taux passera à 30% dans les prochaines années. Le site prépare l’évolution des normes de sécurité incendie en France. A partir de 2025, 30% des installations électriques des immeubles tertiaires devront intégrer ces câbles qui limitent l’émission de fumées toxiques.
La modernisation des équipements et des process est aussi au programme. 15 millions d’euros sont dédiés à l’industrie 4.0. «C’est la condition sine qua non pour pérenniser l’emploi industriel», affirme Guillaume Teixeira. Déjà engagé dans la transformation numérique de son organisation du travail et de la formation, le site poursuit ses efforts dans le domaine de l’automatisation avec l’objectif de gagner en agilité, renforcer la sécurité et améliorer son empreinte carbone. Une préoccupation environnementale qui se traduira aussi à travers une enveloppe de 6 millions d’euros dédiés à l’innovation durable.
Taxe carbone interne
Outre la recherche d’intégration croissante de matière recyclée dans ses produits, Nexans compte réduire ses emballages plastiques. Parmi les investissements à venir, une machine de conditionnement carton sera bientôt installée et évitera l’utilisation de films plastiques pour quelques références destinées au marché espagnol. La sobriété de l’usine d’Autun doit se traduire par une réduction de l’empreinte carbone de 4,2 % par an, annonce le patron pour la France.
Outre les nouveaux équipements prévus et les solutions d’économie d’énergie –notamment pour celles d’origine fossile-, l'optimisation du transport de marchandises est un autre axe d'amélioration pour Nexans. «Nous allons forcer nos équipes à repenser leurs modèles économique dans des circuits courts, explique Christopher Guerin. C’est la seule manière d’être au rendez-vous de nos objectifs environnementaux ». Tous les sites Nexans à travers le monde devront progressivement adapter leur modèle économique pour que 100% de leurs livraisons soient effectuées dans un rayon de 800 kilomètres. Ceux qui n’y parviendront pas écoperont d’une pénalité financière. «On mettra en place une taxe carbone interne à 200 euros la tonnes pour les managers qui continueront à livrer sur des grandes distance». Avec 90 % de ses ventes réalisées dans un rayon de 800 km, l’usine d’Autun n’a plus qu’une petite marche à gravir.
En finir avec la chasse au volume
Site référence de Nexans, l’usine d’Autun illustre la démarche du groupe à la fois en matière de sobriété et de simplification. « Ici, 70% de notre chiffre d’affaires est assuré par quatre clients », indique Guillaume Teixeira. Depuis son recentrage sur les métiers de l’électrification, le fleuron tricolore a considérablement réduit son nombre de clients dans le monde. De 17 000 en 2019, leur nombre est passé à 4000. Et Nexans a pris soin de les choisir. Parallèlement, le groupe a également diminué le nombre de ses produits de 30%. Avec quel impact sur la rentabilité ? «Le groupe a maintenu le même chiffre d’affaires et a doublé sa profitabilité», indique le directeur général. En 2022, Nexans a même enregistré une croissance organique de 16% sur de la valeur, se réjouit le dirigeant. «La course au volume conduit vers des pertes, considère celui qui exposera les nouveaux modèles de profitabilité dans un livre au printemps. Plus vous réduisez votre complexité, avec moins de clients et de produits, tout en vous recentrant parallèlement sur les clients les plus porteurs pour votre avenir, plus vous générez de profit, assure Christopher Guerin. Cela fait 20 ans qu’on entend que ce sont les volumes qui couvrent les frais fixes mais c’est une erreur. On le démontre économiquement ».



