[2021 en mots-clés] Une année stratégique pour l’informatique quantique

Entre l’annonce d’un plan d’investissement national, de multiples démonstrations de l’avantage quantique et de premières entrées en bourse, l’année 2021 marque l'avènement de l’informatique quantique comme enjeu stratégique international.

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Ordinateur quantique IBM Quantum System One
Installé cette année à l'institut allemand Fraunhofer, ce calculateur IBM est le premier à être commercialisé.

Quantique par ci, quantique par là… A n’en pas douter, l’année 2021 aura vu – encore davantage qu'en 2020 – le sujet du quantique s’imposer sur toutes les lèvres. Après qu’Emmanuel Macron a ouvert le bal en France en présentant un plan d’investissement massif pour le secteur, les démonstrations scientifiques et les premiers accomplissements commerciaux ont fleuri dans le monde.

Il faut cependant garder à l’esprit que l’informatique quantique n’est qu’à ses débuts. Si l’engouement croissant pour la technologie est à la hauteur de ses promesses – potentiellement immenses pour la santé ou l’environnement – celles-ci ne se concrétiseront pas avant plusieurs années. Il reste cependant intéressant de chroniquer les premiers pas de cette rupture technologique majeure, comme L’Usine Nouvelle se plait régulièrement à le faire. Résumé de cette année 2021.

La France à fond

L’année s’est donc ouverte par l’annonce en janvier d’un plan d’investissement ambitieux pour les technologies quantiques. Présenté après plusieurs mois d’attente et plusieurs reports, dus à la situation sanitaire et à la volonté d’Emmanuel Macron d'en dévoiler lui-même le contenu, celui-ci est doté de 1,8 milliard d’euros (publics comme privés) sur cinq ans. Supérieur à la plupart des plans similaires déployés en Europe ces dernières années, il reste inférieur aux plans allemand, américain et chinois – bien que les montants investis par l’Empire du milieu restent confidentiels. C’est cependant davantage que le premier volet du plan national dédié à l’intelligence artificielle, annoncé en 2018 et doté de 1,5 milliard (mais doublé en novembre), … et même au-delà des préconisations parlementaires. Preuve, s’il en fallait, de l’importance du sujet.

En septembre, l’Hexagone s’est aussi lié avec un poids-lourd européen du quantique : les Pays-Bas. Avec cinq universités reconnues à l’international pour leurs travaux sur le quantique, le pays est troisième mondial en termes de production scientifique sur le sujet. Et ambitionne d’être premier d’ici 7 ans. Un allié de poids sur lequel la France compte s’appuyer pour faire émerger des licornes européennes du quantique.

Confirmant la tendance, le CNRS a lui aussi mis le quantique à l’honneur. D’abord, en entrant dans le club fermé des démonstrateurs de l’avantage quantique, après Google et la Chine. Puis en distinguant de sa médaille d’or le physicien Jean Dalibard, l’un des pères de la discipline, dont les travaux sur la manipulation d’atomes dits froids, immobilisés par des lasers, ont posé les bases de la simulation quantique. Saluant auprès de L’Usine Nouvelle l’apparition des « belles pousses remarquables » que sont les pépites françaises, il disait y voir le symbole « de l’importance de la formation par la recherche ».

Celles-ci n’ont d’ailleurs pas démérité. Outre leurs progrès scientifiques, trois d’entre elles ont effectué des levées de fonds remarquables : Pasqal – par ailleurs lauréate du prix de la start-up de l’année de L’Usine Nouvelle – a récolté 25 millions d’euros, C12 Quantum Electronics 8 millions d’euros et Quandela 15 millions d’euros. Des tours de tables conséquents pour ces entreprises dont la plus ancienne a été fondée en 2017.

Une concurrence féroce

Ces financements seront-ils suffisants pour lutter face à la concurrence internationale ? Si les travaux chinois, qui ont démontré l’avantage quantique deux fois cette année, restent portés par des laboratoires publics, les premières introductions en bourse du secteur ont eu lieu en octobre aux Etats-Unis, menées par Rigetti et IonQ. Et les géants du web américain ont confirmé leur intention de devenir des champions du domaine.

IBM a ainsi vendu le premier ordinateur quantique commercial à l’institut Fraunhofer, avant de dévoiler une puce de plus de 100 qubits supraconducteurs… Tandis que la puce de Google stagne à 53 qubits depuis 2019. Pas de quoi freiner les ambitions de cette dernière : après avoir présenté un campus flambant neuf dédié au calcul quantique, la filiale d’Alphabet a utilisé son ordinateur pour démontrer un nouvel état de la matière.

Avec un peu de retard sur sa concurrence, Amazon a finalement décidé de se lancer dans la course. L’entreprise se base sur cela sur une technologie… française. Celle d’Alice & Bob, créée début 2020 sur des travaux menés au CNRS et hébergée par l’usine à licornes Agoranov. Une « reconnaissance de paternité » qu’accepte Théau Peronnin, l’un de ses cofondateurs, sans ignorer le risque que peut comporter l’intérêt d’un tel géant sur son activité, ni « les enjeux stratégiques énormes et le besoin de souveraineté nationale et européenne sur le quantique ».

Un point d’inquiétude soulevé par une étude de l’Institut français des relations internationales (Ifri), publiée en octobre, qui rappelle le risque de voir apparaître des dépendances stratégiques sur le domaine. L’Europe pourrait notamment voir ses pépites s’exiler vers les Etats-Unis, où les financements sont plus abondants, alerte l’autrice du rapport, Alice Pannier. Plus encore que 2021, les années à venir pourraient ainsi se révéler critiques pour les technologies quantiques, devenues un enjeu stratégique international.

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