Tribune

[Sauver l’industrie] Philippe Petitcolin, DG de Safran : "Renforcer le soutien de l’Etat au développement rapide d’une filière européenne de carburants durables pour l’aviation"

L’Usine Nouvelle lance "l’appel des 30 pour sauver l’industrie". Pendant 30 jours, une personnalité propose une mesure. Aujourd’hui, Philippe Petitcolin, directeur général de Safran, appelle à une montée en puissance des carburants durables dans l’aviation, qui permettra de respecter les engagements environnementaux du secteur par la mise œuvre d’une filière européenne et française dédiée.

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Philippe Petitcolin, directeur général de Safran.

[Découvrez ici "L'appel des 30" initié par la rédaction de L'Usine Nouvelle]

"La crise du COVID a durement et durablement touché le secteur aéronautique. Nous saurons nous en relever. Mais comme toutes les crises, elle est aussi l’occasion de réfléchir à l’avenir de notre filière. Elle nous incite à accélérer les mutations en cours, au premier rang desquelles la décarbonation du transport aérien, qui contribue pour 2% des émissions de CO2.

L’industrie française, qui a toujours été à l’avant-garde de l’aéronautique mondiale, doit avoir comme ambition de le rester dans cette profonde transformation vers une aviation durable.

Notre industrie s’est fixé des objectifs ambitieux de décarbonation qui engagent tous les acteurs de la filière. Cette trajectoire prévoit d’atteindre la neutralité carbone du transport aérien à l’horizon 2050.

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C’est un objectif réaliste. Il est atteignable en réalisant 40% de l’effort par l’innovation et la technologie – nous nous sommes fixés l’objectif d’une prochaine génération de moteurs ultra-sobres en énergie à l’horizon 2035 et 75% de notre R&T y est consacrée -, 10 à 20% de l’effort par l’optimisation des opérations en vol et au sol, et 40% par la substitution du kérosène classique par des carburants durables (biocarburants durables sans concurrence alimentaire ou carburants synthétiques, y compris à base d’hydrogène).

C’est donc en grande partie le rythme de montée en puissance de ces carburants durables qui déterminera l’horizon d’atteinte de l’objectif. Le remplacement du kérosène par un carburant à faible bilan carbone sur son cycle de vie et dont la production n’entre pas en compétition avec d’autres cultures, notamment alimentaires, est le moyen de réduire à court terme l’empreinte carbone des avions.

Ni l’hydrogène ni l’électrification ne constituent une solution unique au défi de l’aviation décarbonée. L’incorporation massive de carburants durables permettra de diminuer à grande échelle les émissions de CO2 des vols, notamment les long-courriers. D’autant que ces carburants, s’ils étaient disponibles, pourraient être utilisés dès aujourd’hui par les compagnies aériennes pour leurs flottes en service, réduisant drastiquement leurs émissions de CO2. A ce titre, ils constituent la seule solution de décarbonation des flottes d’aéronefs existants ou actuellement en production, qui resteront majoritaires pendant les vingt prochaines années.

Nous savons que les carburants durables pourraient être produits en quantités suffisantes pour répondre aux besoins de l’aviation d’ici à 2050 (environ 500 millions de tonnes de carburant par an), mais leur coût et l’intensité en capital exigée pour les produire sont tels que les marchés doivent être davantage incités à abandonner les combustibles fossiles.

La France a initié un premier effort dans ce domaine avec le lancement début 2020 d’un « appel à manifestation d'intérêt » pour la production de biocarburants aéronautiques durables à l’échelle nationale, avec comme objectif d'incorporer 2 % de biocarburants dans le kérosène en 2025 et 5 % en 2030. Nous pouvons aller beaucoup plus loin et porter un objectif d’incorporation à l’échelle européenne nettement plus ambitieux, qui enclenchera une dynamique positive pour la production de ces carburants. Parallèlement, notre défi technologique est de pouvoir incorporer 100% de carburants durables dans la prochaine génération de moteurs.

Une ambition forte de la France pour créer et développer très rapidement cette filière au niveau européen est aujourd’hui nécessaire. C’est une condition clé pour que notre continent s’impose comme le pionnier de l’aviation décarbonée et permette au plus grand nombre de continuer à voyager librement dans le monde, sans mettre en péril ses équilibres écologiques."

Philippe Petitcolin est directeur général de Safran

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