Safran espère surfer sur la croissance de l'aviation civile et la défense

Alors que les livraisons de moteurs Leap pour les Airbus A320 et les Boeing 737 devraient repartir à la hausse l’an prochain, Safran mise aussi sur une forte dynamique dans les services. Le groupe a l’ambition de prendre du poids dans la défense ainsi que le spatial, en ciblant notamment le marché américain.

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Moteur Leap Safran
Pour les prochaines années, le civil restera le moteur de la croissance pour Safran. Mais le groupe espère bien prendre du poids dans la défense et le spatial. Rodolphe Alary / Safran

Entre un trafic aérien en forte hausse et des budgets de défense en nette augmentation dans le monde entier, Safran compte bénéficier à plein de la croissance de ces deux secteurs. «Malgré le Covid, la guerre en Ukraine et le choc inflationniste, nous allons dépasser en 2025 les objectifs financiers que nous nous étions fixés en 2021, a déclaré Olivier Andriès, jeudi 5 décembre à l’occasion de la journée investisseurs du groupe. Et nous avons aujourd’hui une grande confiance dans notre capacité à tenir nos objectifs pour 2028.» Safran table ainsi sur une augmentation de 10% de son chiffre d’affaires en 2025, lequel devrait s'établir à 27,1 milliards d’euros en 2024.

D’ici 2028, le motoriste et équipementier mise sur une croissance annuelle moyenne de son chiffre d’affaires comprise entre 7 et 9% à périmètre constant. Une dynamique qui devrait permettre d’atteindre un résultat opérationnel courant situé entre 6 et 6,5 milliards d’euros en 2028, contre 4,1 milliards d’euros en 2024.

Des prévisions dévoilées au lendemain de la chute du gouvernement français. «Cela crée une incertitude politique et économique, c’est une évidence, confie Olivier Andriès. C’est une incertitude que les investisseurs financiers, économiques et industriels, n’aiment pas.»

Des livraisons de Leap qui repartent à la hausse

Les ambitions affichées par Safran reposent en grande partie sur ses activités civiles, qui représentent 80% de son chiffre d’affaires. Et qui font état d’un très enviable taux de marge de 20%. Elles jouissent aujourd’hui du net rebond du trafic aérien depuis la fin de la crise Covid et vont bénéficier d'un rebond des livraisons de moteurs. Le motoriste prévoit en effet dès l’an prochain une nette reprise de ses livraisons de moteurs Leap – développés et produits avec GE Aerospace via leur société commune CFM International – qui équipent 60% des Airbus A320neo et tous les Boeing 737.

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A savoir : une hausse des livraisons de Leap en 2025 comprise entre 15 et 20% par rapport à 2024, et ce après une baisse de 10% cette année en raison des fortes tensions dans sa chaîne d‘approvisionnement. Une bonne nouvelle pour Airbus, qui n’a pas manqué de faire savoir ces derniers mois son mécontentement quant à la faiblesse du niveau de livraisons de moteurs, susceptibles de mettre en péril son objectif de livrer cette année environ 770 avions.

Les très prometteuses activités de services

Car Safran espérait fin 2023 voir ses livraisons de Leap croître en 2024 entre 20 et 25%, avant d’abaisser ses prévisions entre 0 et 5% l’été dernier. «Nous devrions atteindre les 2000 livraisons de Leap en 2026 et environ 2500 en 2028», assure Olivier Andriès. Soit le niveau qui devait initialement être atteint dès 2020, avant que la pandémie et les tensions provoquées dans sa chaîne de fournisseurs ne viennent perturber ces plans. Parmi les goulets d’étranglement, celui lié aux aubes de turbines haute pression est en train de se résorber, à la faveur notamment d’une amélioration de la situation chez le fournisseur américain Howmet. Un nouveau design de ces pièces devrait en outre simplifier leur production. «Pour autant, la chaîne de fournisseurs reste fragilisée [...], cela reste restera un combat», a prévenu le directeur général de Safran.

Au-delà des livraisons de moteurs neufs, Safran voit l’avenir en rose grâce aux activités de services, bien plus rentables que les seules livraisons de moteurs vendus au mieux à prix coûtant. «Il y aujourd’hui une dynamique très forte, au-delà de nos attentes, en raison de l’utilisation étendue des CFM 56, [le prédécesseur du Leap, ndlr] qui équipe encore la moitié de la flotte mondiale de moyen-courrier, précise Olivier Andriès. Cela nourrit une demande forte pour son entretien.» Quant au Leap, sa progression dans la flotte d’avions existants est deux fois plus rapide, laissant entrevoir de forts besoins de maintenance.

«Nous prévoyons 5000 visites de maintenance annuelles en atelier en 2040 pour le Leap, soit deux fois plus qu'avec le CFM 56, détaille le dirigeant. Aujourd’hui, nous avons atteint le pic avec le CFM 56, soit un peu mois de 2500 visites de maintenance.» En clair, le Leap devrait générer à terme deux fois plus d’activités de maintenance, lesquels seront cependant partagées à 50/50 entre CFM International et des sociétés tierses. Pour bénéficier de cette croissance, Safran va investir environ un milliard d’euros d’ici à 2028 afin de multiplier par cinq ses capacités de maintenance.

Safran se poste en défense

Safran tient à ce que sa croissance ne repose pas seulement sur l'aéronautique civil. D’où la volonté du groupe de prendre du poids dans la défense, qui représente environ 20% de son chiffre d’affaires aujourd’hui – réparti à 50/50 entre les moteurs et les systèmes électroniques (optronique, système de navigation…). Si le groupe table en particulier sur la montée en cadence du Rafale de Dassault Aviation et le marché des hélicoptères militaires indiens pour le premier segment, il a dévoilé des ambitions spécifiques pour le second, moins connu.

«Nous sommes très bien positionné au vu des évolutions du champ de bataille et nous avons l’ambition de changer d’échelle dans le domaine de l’électronique de défense, explique le patron de Safran. Notre stratégie est de devenir l’équipementier de référence des intégrateurs du monde entier, dans le domaine aéronautique mais également pour les sous-marins et les grands navires. Ce qui suppose une meilleure implantation à l’international.» Et le dirigeant d’évoquer la création d’une nouvelle entité du groupe aux Etats-Unis – Safran Defence & Space Inc – pour accéder aux contrats de défense américains.

Pour Safran, la conquête de l'espace

Objectif : doubler le chiffre d’affaires de l’électronique de défense d’ici à 2028-2030, soit environ 3 milliards d’euros. Une croissance axée sur l’international qui fait écho à l’instabilité politique française, le budget 2025 risquant d’être une reconduction de celui de 2024. «Cela va créer une pression dans le domaine de la défense, a admis Olivier Andriès. Après cela, où est-ce que cette pression sera exercée et comment le ministère des Armées va piloter cela, je ne peux pas répondre à cette question.»

Enfin, Safran espère aussi parvenir à faire prendre du poids à ses activités spatiales, segment où il est bien moins présent que dans le civil et la défense. L’industriel collabore avec Airbus dans ArianeGroup dans le domaine des lanceurs, et s’attèle désormais à l’augmentation des cadences d’Ariane 6 et au développement du petit lanceur réutilisable Maia.

Mais il est également équipementier. «Nous avons comme ambition de réaliser 500 millions d’euros d’ici deux à trois ans, contre environ 350 millions d’euros aujourd’hui», chiffre Olivier Andriès. L’industriel se positionne en fournisseur d’équipements critiques et de technologies clés pour les fabricants de satellites, européens et américains.

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