Analyse

Remis en question par la guerre en Ukraine, l’hélicoptère d’attaque conserve les faveurs de la France

Pensé pour frapper vite et loin derrière les lignes ennemies, l'hélicoptère d'attaque est remis en question par l'apparition de drones moins chers et sans risque pour les pilotes. Alors que les États-Unis ont renoncé à remplacer leurs modèles en service, la France continue de croire dans les capacités de son Tigre.

Réservé aux abonnés
Tigre Eurocopter
L'hélicoptère Tigre doit rester en service dans l'Armée française jusqu'en 2040.

Il est l’un des symboles des conflits asymétriques modernes (qui opposent une armée classique à des combattants irréguliers). Après le char, dont l’usage est bousculé par la guerre en Ukraine, l’utilité de l’hélicoptère d’attaque suscite le débat parmi les analystes militaires. Défense antiaérienne, missile sol-air, drones… Depuis le début de ce conflit de haute intensité, les pertes d’appareils russes ou ukrainiens, comme le Ka-52 Alligator, sont importantes avec des dizaines d’exemplaires détruits. En vol ou sur le tarmac, les hélicoptères sont devenus des cibles de choix, ce qui pousse les états-majors à limiter leurs sorties et à les éloigner de la ligne de front. Mais plus que les usages, c’est le concept même de l'hélicoptère d'attaque qui se trouve mis en cause par les progrès rapides des drones.

Pour le comprendre, il faut revenir un peu en arrière. Durant la Guerre du Vietnam, l’armée américaine cherchait un moyen de protéger ses hélicoptères de transport, notamment quand ils débarquaient les soldats au sol. Le concept d’un hélicoptère léger, très maniable et fortement armé, a émergé pour tenir ce rôle en survolant les zones à risques. De fil en aiguille, les premiers modèles comme l’AH-1 Cobra ont été utilisés pour des missions de reconnaissance et d’attaque. Rapides, ils pouvaient pénétrer rapidement et à basse altitude derrière les lignes adverses. Bien qu’il ait évolué avec le temps, cet emploi reste le socle de l’utilisation de l’hélicoptère d’attaque aujourd’hui.

Les États-Unis ont préféré jeter l'éponge

Alors qu’un hélicoptère Tigre coûte aux alentours de 30 millions d’euros, l’apparition de drones capables de détruire des blindés ou des bâtiments pour quelques centaines de milliers d’euros a fait réfléchir les états-majors. En février 2024, les États-Unis ont fini par abandonner leur programme FARA (Future attack reconnaissance aircraft) pour remplacer leurs AH-64 Apache. Bell et Sikorsky étaient en lice pour concevoir cet appareil qui aurait été capable de voler sans pilote pour certaines missions. L’armée a préféré réallouer les fonds du programme au remplacement des hélicoptères de transport. Pour l’US Army, il n’est plus question de risquer la vie d’un pilote quand un drone ou un satellite peuvent le remplacer pour effectuer une mission de reconnaissance.

Ailleurs dans le monde, l’hélicoptère d’attaque est aussi remis en question. Le Japon est en train de réfléchir à son retrait du service et l’Allemagne va se séparer de ses Eurocopter Tigre dès 2026. En attendant de statuer sur leur remplaçant, des H145M d’Airbus assureront l’intérim. Plus polyvalents, ils permettront d’effectuer aussi bien des missions d’attaque que de transport.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

En France, pas question pour l’Armée de Terre de tirer un trait sur l’hélicoptère d’attaque. «J’affirme que le Tigre est bien l’arme de la haute intensité dès lors qu’on l’emploie correctement», assurait à la Tribune en 2023 le général Pierre Meyer, commandant de l'Aviation légère de l'armée de terre (ALAT). Malgré l’annulation d’une modernisation d’ampleur – après le retrait de l’Allemagne – la France comptera toujours 67 appareils en service en 2025.

«Orion a montré la capacité de nos hélicoptères à s’infiltrer»

La stratégie française repose sur le vol à très basse altitude dans la profondeur, de préférence la nuit. «Certaines mauvaises langues disent que l’hélicoptère de combat n’a plus d’avenir à la lumière du conflit ukrainien. Mais nous n’avons pas les mêmes aéronefs, les mêmes capacités et les mêmes procédures, indiquait le lieutenant-colonel Bertrand, chef bureau étude et prospective du commandement de l’ALAT, au salon Eurosatory en juin 2024. Au début de la guerre, les forces russes ont fait quelque chose que nous n’aurions jamais fait en volant haut et pensant que les défenses adverses étaient faibles.» Pour l’officier, le front figé met les défenses antiaériennes en position de force, ce qui limite l’emploi des hélicoptères.

Alors comment l’armée française voit le futur du Tigre ? «Durant l’exercice Orion en 2023, on s’est aperçu que les hélicoptères d’attaque étaient capables de s’infiltrer après une préparation de mission très importante et de relever la position des unités ennemies, indique le lieutenant-colonel Bertrand. Cela permet de donner des itinéraires d’infiltration.» Camouflage ou choix des emplacements des stocks de pièce et de carburant, réduction de l’empreinte thermique des engins, coordination avec les drones, protection contre les cyberattaques… Dans ce contexte, les pistes sont nombreuses pour permettre au Tigre de rester au niveau jusqu’à la fin de son service prévu à l’horizon 2040/2045.  

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs