Etude

Quand les usines flanchent, les ventes d'armes patinent au niveau mondial

Les ventes d’armes des 100 plus grands groupes de défense ont reculé en 2022 de 3,5% au niveau mondial. Les chaînes d’approvisionnement restent déstabilisées par la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine.

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MBDA missile MMP avec poste de tir
MBDA missile MMP avec poste de tir

Les usines d’armement n’ont pas tenu le choc de la guerre en Ukraine. Au point que les ventes d’armes au niveau mondial ont baissé en 2022 par rapport à l’année précédente, souligne la dernière étude du SIPRI publiée le 4 décembre. Et ce, malgré le fort niveau de commandes des Etats pour renouveler leur arsenal de défense ! Selon l’Institut international indépendant de recherche sur les conflits et les armes situé à Stockholm, le chiffre d’affaires cumulé des 100 premières entreprises mondiales de l’armement, a enregistré une baisse de 3,5% par rapport à 2021, en s’établissant à 597 milliards de dollars en 2022.

Cette diminution s'explique principalement par la baisse du chiffre d’affaires issu des ventes d’armes des plus grandes entreprises occidentales. «Malgré de nouvelles commandes, de nombreuses entreprises d'armement américaines et européennes n'ont pas pu augmenter de manière significative leur capacité de production en raison de difficultés de recrutement, de flambée des coûts et de perturbations dans les chaînes d’approvisionnement exacerbées par la guerre en Ukraine», expliquent les auteurs de l’étude. Elles ont souffert également des conséquences persistantes liées à la pandémie de Covid-19.

La Turquie, Israël, la Corée du Sud...les bons élèves

Tous les pays n’ont pas rencontré les mêmes difficultés de livraison. Les 42 entreprises américaines (Lockheed Martin, Raytheon Technologies…) qui sont dans le top 100 mondial, ont été les plus à la peine. Elles ont vu leur chiffre d’affaires militaire baisser de pratiquement 8%. Elles continuent de peser toutefois pour la moitié du business mondial des armements.

A l’opposé, certains pays ont été plus résilientes. Parmi eux: Israël et la Corée du Sud où les entreprises disposent de capacités de fabrication réactives et compétitives, selon le SIPRI. Autre atout de ces pays (en tout cas à l'époque) : des chaines d’approvisionnement courtes.

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Pour sa part, la Turquie fait figure du meilleur élève de la classe. Elle a pu relever le défi industriel grâce à son positionnement sur des systèmes d’armes moins sophistiqués sur le plan technologique et donc plus faciles à produire. «L’exemple le plus frappant est celui de Baykar, en Turquie, producteur du drone Bayraktar TB-2. Baykar est entré dans le Top 100 pour la première fois en raison de l’augmentation de son chiffre d’affaires issu des ventes d’armes de 94%, soit le taux d’augmentation le plus rapide de toutes les entreprises du classement», détaille Diego Lopes da Silva, chercheur principal au SIPRI. Plus globalement, les fabricants basés en Asie et en Océanie s’en tirent bien enregistrant une hausse de leurs livraisons de plus de 3%. «Les entreprises en Chine, en Inde, au Japon et à Taiwan ont toutes bénéficié d’investissements gouvernementaux soutenus dans le cadre des programmes de modernisation militaire», précise l’étude.

Rattrapage attendu

Les industriels européens ont pour leur part plutôt bien tenu le choc. Le chiffre d’affaires issu des ventes d’armes des 26 entreprises du Top 100 basées en Europe a quasiment stagné (+1% en 2022). Parmi les entreprises les plus dynamiques, les sociétés transeuropéennes Airbus et KNDS ont bénéficié de livraisons sur des commandes de longue date.

L’étude met en avant des entreprises situées en Allemagne, en Norvège et en Pologne : «Par exemple, la société polonaise PGZ a augmenté son chiffre d’affaires de 14 %, bénéficiant du programme accéléré de modernisation militaire que le pays poursuit».

Le SIPRI s’attend toutefois à un phénomène de rattrapage dans les années qui viennent. «Les commandes en cours et la multiplication de nouveaux contrats laissent présager que le chiffre d’affaires mondial issu des ventes d’armes pourrait augmenter de manière significative au cours des prochaines années», pronostique Lucie Béraud-Sudreau, directrice du programme Dépenses militaires et Production d'armes du SIPRI. Ainsi, les derniers contrats signés notamment pour des munitions, devraient se traduire par une hausse du chiffre d’affaires en 2023 et au-delà.

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