L’électrification dans l’automobile pourrait bien bénéficier à l’aéronautique. Et en particulier au niveau des process de production. Safran va lancer une ligne d’assemblage automatisée de sa gamme de moteurs électriques ENGINeUS, au deuxième trimestre 2022. L’emplacement exact de cette nouvelle installation industrielle n’a pas encore été arrêté, mais elle pourrait se situer en Nouvelle-Aquitaine ou en Occitanie. Pour l’heure, ces moteurs sont encore assemblés sur le site historique de Villaroche (Seine-et-Marne), où sont aussi produits tous les autres modèles qui ont fait la renommée du groupe, tels que le Leap pour les Airbus A320 et les Boeing 737, et le M88 du Rafale.
Avec cette gamme de moteurs électriques, dévoilée en 2018, Safran espère gagner du terrain sur le segment de l’électrification des petits aéronefs, des drones de grande taille et des appareils électriques à voilure fixe en passant par les avions à décollage et atterrissage vertical (VTOL). En 2019, année de lancement de la production de ces moteurs et de l'officialisation de la feuille de route technologique électrique, le groupe pariait sur un marché mondial comprenant entre 50 000 et 100 000 aéronefs d’ici à vingt ans. Sélectionné par le français VoltAero pour fournir les moteurs électriques des premiers avions hybrides Cassio et partenaire de Bye Aerospace pour équipes la famille d’avions 100% électriques eFlyer, Safran compte se faire une place sur ce nouveau segment.
La compétitivité prix au cœur des efforts
A la différence des moteurs thermiques, les barrières à l’entrée technologiques sont plus basses, en raison de la plus grande simplicité des moteurs électriques. Conséquence : la compétitivité-prix constitue un facteur clé de réussite. Raison pour laquelle Safran est allé piocher les bonnes idées dans le secteur automobile. « Cette ligne sera largement inspirée des méthodes issues de l’automobile, confirme Hervé Blanc, directeur général de la division systèmes électriques de Safran Electrical & Power. Nous avons développé des technologies produits modulaires qui vont permettre un haut niveau d’automatisation de la production. »

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Pour mettre en musique les méthodes de l’automobile, Safran a frappé à la porte du groupe Baron : une PME familiale calaisienne, spécialisée dans la conception et la fabrication de machines spéciales et de lignes de production, dont le chiffre d’affaires flirte avec les 50 millions d’euros. Robotique, automatismes, cobotique, internet des objets… Autant d’outils que l’entreprise décline dans de nombreux secteurs. La ligne de production automatisée de Safran sera mise au point chez ce partenaire début 2022, avant de déménager pour rejoindre un site du motoriste.
Cette quête de compétitivité est d’autant plus nécessaire pour Safran que le niveau de production reste pour l’heure en deçà des prévisions. En 2019, le motoriste tablait sur un niveau de livraisons de 200 moteurs cette même année, et sur plus d’un millier en 2021. « Le Covid a freiné le calendrier industriel initial, reconnaît Hervé Blanc. Le rythme actuel sur le site de Villaroche est d’un moteur électrique par semaine, soit 50 par an. L’ambition est d’en produire plus de 100 en 2022. »
Compétences issues de Zodiac
Safran n’en demeure pas moins ambitieux en matière d’électrification des petits aéronefs. Le moteur ENGINeUS 100 – pour 100 kW de puissance – adapté aux engins de 2 à 4 places, devrait être certifié fin 2022. L’ENGINeUS 500, concurrent du PT6 de Pratt & Whitney, dédié quant à lui aux appareils de 9 à 19 places, pourrait l’être en 2024. « Nous discutons avec de nombreux acteurs pour convertir leurs appareils équipés de moteurs thermiques avec notre système propulsif électrique », souligne Hervé Blanc. Et le dirigeant de préciser au passage que le groupe ne fournit pas seulement des moteurs, mais bien tout le système, comprenant le moteur, la distribution et le pilotage du système. Autant de compétences issues des ex-activités de Zodiac, absorbé par Safran.
Les volumes de production pourraient donc bien être au rendez-vous, avec un décalage par rapport aux prévisions. « Nous restons prudents sur les estimations de marché. Mais nous observons une appétence croissante de nombreux acteurs pour équiper leurs appareils en systèmes électriques », s’enthousiasme Hervé Blanc. Mais le dirigeant ne cache pas son inquiétude face aux disparités de financement entre acteurs français. « La France et l’Europe doivent mettre en place un soutien pour ces projets d’avions décarbonés soutenus par les start-up, au risque de voir des avionneurs étrangers, en particulier américains, s’emparer de ce marché », estime-t-il. Pour que l’aéronautique tricolore continue sur le mode électrique.



