Pourquoi Safran a choisi Rennes pour sa future usine de pièces de moteurs d’avions

Safran va implanter une nouvelle usine à Rennes (Ille-et-Vilaine) pour produire des aubes de turbines, destinées au moteur Leap, d’Airbus et de Boeing, ainsi qu’au M88 du Rafale de Dassault Aviation. En service en 2027, le site représente un investissement de 80 millions d’euros et doit employer à terme près de 200 personnes.

Réservé aux abonnés
Safran La Janais
Safran muscle son outil industriel pour tenir les cadences des avionneurs.

La spectaculaire hausse des cadences de production du secteur aéronautique participe à la réindustrialisation. Dernière illustration en date : l’implantation d’une usine flambant neuve de Safran dans la métropole de Rennes (Ille-et-Vilaine), dévoilée par le groupe mercredi 28 février. Ce futur site de production de pièces de moteurs d’avions civils et militaires, qui sera opérationnel en 2027, représente un investissement total de 80 millions d’euros. Safran Turbine Airfoils doit employer à terme près de 200 personnes. Une opération cruciale pour le motoriste, qui envisage déjà de futures extensions... et une aubaine pour les collectivités locales.

Avec cette future usine ultra-moderne de 10 000 m², dont la première pierre devrait être posée d’ici un an, Safran va muscler ses capacités de production à l’heure où les avionneurs enclenchent une nette accélération des cadences depuis l’après Covid. Car ces aubes de turbines constituent un élément critique pour ses moteurs, en particulier le Leap qui équipe tous les Boeing 737 MAX et les deux tiers des Airbus A320neo, ainsi que le moteur M88 du Rafale de Dassault Aviation. La production de la future usine rennaise sera entièrement dédiée à ces deux moteurs. Pour rappel, Safran produit le Leap avec son partenaire américain General Electric, au sein de leur société commune CFM International.

Un enjeu de souveraineté

Si la production de Boeing est plafonnée suite à ses récents déboires, les deux autres avionneurs sont au taquet. Airbus table sur 75 livraisons d’A320 par mois courant 2026, contre une moyenne de 48 l’an dernier. Safran a livré 1570 moteurs Leap en 2023, en hausse de 38% par rapport à 2022, et mise sur une hausse comprise entre 20 et 25% en 2024. Côté Dassault, les livraisons de Rafale devraient passer d’environ deux appareils par mois aujourd’hui à trois d’ici un an.

Le site de Rennes va donc permettre à Safran de compléter un schéma industriel qui n’a cessé de monter en puissance ces dernières années concernant les aubes de turbine, fabriquées par le procédé de fonderie dit de moule à cire perdue. En plus du site français historique de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), Safran a ouvert des sites dédiés à ces pièces en Pologne, en Chine et au Mexique. Il est aussi approvisionné par des fournisseurs extérieurs. Le nouvel investissement constitue donc également un enjeu de souveraineté : il permettra de réinternaliser certaines pièces aujourd’hui fabriquées par les sous-traitants américains PCC et Howmet.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Un futur rouage essentiel pour Safran

L’implantation bretonne, au cœur d’un site de 6 hectares, deviendra un rouage majeur dans l’empreinte industrielle du groupe : elle aura à terme la capacité de produire quelque 500 000 aubes de turbines par an. Le site rennais représentera alors 25% des besoins en aubes de turbines du Leap et 2/3 des besoins du M88, précise une porte-parole du groupe.

Le site rennais n’entrera pas en compétition avec celui de Gennevilliers, assure-t-on en interne. Quand le premier s’attaquera aux pièces de grande série, misant sur une digitalisation très poussée des procédés de production pour assurer sa compétitivité, le second restera spécialisé dans la petite série. Concernant le M88, il n’y aura par exemple que trois références de pièces en commun entre les deux sites. Par ailleurs, Gennevilliers produit des aubes de turbine pour le M53 du Mirage 2000 et le TP400 de l'A400M, ainsi que pour les activités de maintenance. Le site francilien possède en outre une plateforme de recherches sur les aubes de turbines avancées, inaugurée en 2019, qui participe à sa spécificité.

Un site industriel attractif, aux côtés de Stellantis

Pourquoi le groupe Safran a-t-il jeté son dévolu sur Rennes ? Alors qu’une dizaine de villes françaises avait été envisagée au départ du projet, la métropole bretonne a fait partie des trois finalistes avec deux autres agglomérations, au Nord et à l’Ouest. Le motoriste va bénéficier d’un terrain des plus attractifs : sa future usine va précisément se nicher à La Janais, au niveau de la commune de Chartres-de-Bretagne, au sud de l'agglomération rennaise. Un site de 250 hectares connu pour héberger une usine historique de Stellantis (ex PSA), en perte de vitesse depuis une dizaine d’années.

Les collectivités locales se sont activées ces dernières années pour redynamiser ce territoire et attirer de nouveaux industriels. Alors que des discussions sont en cours pour l’obtention d’aides publiques, Safran se satisfait déjà de pouvoir accéder à un site industriel existant, avec des infrastructures ad hoc, évitant une nouvelle artificialisation des sols. Le motoriste sait aussi qu’il va pouvoir compter sur un accompagnement de la région en matière de formation, les futurs postes à pourvoir allant des techniciens de fonderie aux ingénieurs procédés. Il vise en parallèle à établir des partenariats avec des acteurs locaux pour établir une usine alimentée en énergie 100% décarbonée, et ce dès son entrée en service.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs