Pourquoi la France veut se doter d’une nouvelle stratégie spatiale

Dans un secteur spatial en plein bouleversement, de plus en plus concurrentiel et conflictuel, la France veut continuer de s’affirmer comme un acteur de premier plan tout en participant à la souveraineté européenne. Pour éviter une fragmentation de ses efforts, le pays doit définir ses priorités stratégiques.

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Vol inaugural de la fusée Ariane 6 depuis Kourou en Guyane
Accès à l'espace, exploration spatiale, satellites, sciences de l'univers, défense, innovation...La France devra définir ses priorités pour rester un acteur de premier rang dans ce domaine.

Les enjeux spatiaux sont de plus en plus forts pour le pays et le gouvernement en prend pleinement la mesure. Au point qu’il veut se doter d’une nouvelle politique spatiale nationale. Le 6 mars, le Premier ministre François Bayrou a demandé au SGDSN (Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale) de travailler sur ce sujet en associant les différents ministères (industrie, défense, enseignement supérieur), le CNES et l’écosystème industriel. «Cette stratégie devra couvrir les dimensions civiles et militaires, en veillant à intégrer les dimensions européennes, internationales, industrielles, économiques et environnementales», détaille le communiqué de presse diffusé par Matignon.

Dans ce domaine, la France compte de nombreux atouts qu’elle peut mettre au profit de sa compétitivité économique et de sa souveraineté comme l’a montré le tir réussi d’Ariane 6 survenu le même jour avec la mise en orbite réussie d’un satellite espion français.

Pourquoi cette initiative ? La raison est simple. En quelques années, le secteur spatial s’est totalement transformé : domination sur des marchés clés de SpaceX, affirmation des ambitions spatiales chinoises, essor des méga constellations de télécommunications, arrivée des minilanceurs, fragilisation des champions industriels sur les satellites…

Et parallèlement, la situation géopolitique a radicalement changé. «Nous sommes confrontés à une nouvelle donne dans le spatial, au niveau mondial. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche avec Elon Musk à ses côtés a déjà des conséquences considérables sur nos partenariats dans la recherche, sur nos partenariats commerciaux », a par exemple expliqué Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à l’issue du premier vol commercial d’Ariane 6.

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un budget spatial éparpillé

La défense n’est pas épargnée par ces bouleversements. «Il y a un domaine sur lequel il faut que les Européens se secouent, se réveillent. Et là vraiment il y a urgence, c'est évidemment le spatial. Toutes les grandes nations du monde sont en train de militariser l'espace», avait alerté Sébastien Lecornu le ministre des Armées sur les ondes de France Inter le 5 mars, au lendemain de l’allocution télévisée du président de la République.

Le réarmement de la France voulu par Emmanuel Macron devrait d’ailleurs bénéficier au commandement de l’Espace. Cette entité chargée de planifier et conduire des opérations militaires spatiales avait été mise sur pied en 2019…quand la France s’était dotée d’une nouvelle stratégie de défense dans l’espace.  

La France devra donc définir ses priorités spatiales. Le pays a l’avantage de savoir quasiment tout faire dans ce secteur stratégique : des lanceurs aux satellites, en passant par l’exploration lointaine, les applications au bénéfice des utilisateurs finaux, les missions de surveillance de l’espace... Revers de la médaille : le budget national spatial est d’autant plus éparpillé. Il faudra choisir ses combats et faire des choix structurants pour ces 10 prochaines années.

Avec quelle ligne de conduite ? La recherche et le renforcement de la souveraineté. «Si nous voulons conserver notre indépendance, assurer notre sécurité, préserver notre souveraineté, nous devons nous donner les moyens de notre autonomie stratégique. Et le spatial en est une composante incontournable», avait encore précisé Philippe Baptiste suite au succès du dernier vol d’Ariane 6.

Pour produire ce document stratégique, les services du Premier ministre ont identifié cinq grands domaines : l’accès à l’espace et les lanceurs, la sécurité et la résilience, les enjeux de défense, les partenariats stratégiques et la gouvernance européenne, les sciences de la Terre et l’exploration spatiale. Dans le domaine des lanceurs, la France et l’Europe devront par exemple trancher entre une approche défensive –capitaliser de longues années sur Ariane 6 renforcée par des minilanceurs - ou au contraire offensive – préparer déjà son successeur afin qu’il soit réutilisable et à bas coût. Dans le domaine de l’exploration spatiale, il faudra définir le niveau d’ambition de l’Europe, soit comme un partenaire des grandes puissances spatiales ou comme un acteur à part entière capable d’assurer des missions de vol habité et de cargo, de construction de stations orbitales... Le document stratégique élaboré par le SGDSN devrait être rendu en juin.

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