Pourquoi la faillite de OneWeb concerne Airbus et Arianespace

Mauvaise surprise dans le secteur spatial en pleine crise du Covid-19. OneWeb a demandé le 27 mars à être placé sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Or le spécialiste américain des constellations travaille notamment avec Arianespace et Airbus en Europe.

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Airbus et OneWeb sont en coentreprise depuis 2016 avec deux usines, dont une située à Toulouse (Haute-Garonne).
Airbus et OneWeb sont en coentreprise depuis 2016 avec deux usines, dont une située à Toulouse (Haute-Garonne).

La constellation de 650 satellites de OneWeb pourrait ne jamais atteindre l’espace. Vendredi 27 mars, l’entreprise américaine s’est déclarée en faillite. La mauvaise nouvelle apparaît comme une surprise, moins d’une semaine après le dernier lancement de la start-up du new space. Or les difficultés de OneWeb risquent d’avoir des répercussions en Europe, notamment chez Airbus et Arianespace.

Difficultés de financement et coronavirus

Les difficultés de financement, combinées à la crise du Covid-19, ont eu raison de OneWeb. “Depuis le début de l’année, OneWeb était engagé dans des négociations avancées concernant des investissements qui aurait permis de financer complètement l’entreprise dans son déploiement et lancement commercial”, retrace la société dans un communiqué.

Après avoir investi environ 2 milliards de dollars dans l’entreprise, l’actionnaire principal SoftBank aurait refusé une nouvelle rallonge financière, rapporte le site SpaceNews. “Tandis que l’entreprise était proche d’obtenir un financement, le processus n’a pas progressé en raison de l’impact financier et de la turbulence des marchés liés à la propagation du Covid-19”, explique OneWeb sans citer la holding japonaise.

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OneWeb veut vendre ses actifs

Que va-t-il se passer pour OneWeb ? L'entreprise a demandé à être placée sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. OneWeb semble déjà écarter une restructuration et explique vouloir “utiliser ces procédures pour poursuivre la vente de son entreprise afin de maximiser la valeur de la société.”

Si elle n’est pas arrivée au bout de son projet, elle revendique déjà 74 satellites en orbite terrestre ainsi que 22 stations au sol construites ou en développement. OneWeb n’a en revanche pas eu le temps de commercialiser ses services : l’entreprise planifiait pour 2021 des premières offres de connexion à ses clients, notamment dans le secteur de l’aviation ou le maritime.

Selon cette procédure, “il va y avoir un gel de toutes les créances de la société, de manière à lui permettre de reprendre son activité ou non en fonction de sa stratégie, éclaire une source industrielle, interrogée par L’Usine Nouvelle. Le travail du juge va être de protéger au mieux la société OneWeb. Cela veut dire, sans doute, essayer de voir où OneWeb peut récupérer de l’argent ou ne pas en dépenser.”

Arianespace, l’un des principaux créanciers de OneWeb

Qui figure parmi les créanciers de OneWeb ? SpaceNews cite plusieurs entreprises étrangères : Qualcomm Technologies, Deloitte Touche Tohmatsu ou encore Deutsche Bank. Plus près de nous, Arianespace serait le premier créancier de OneWeb selon le site américain avec une exposition de 238 millions de dollars (environ 217 millions d’euros). En 2015, l’entreprise française avait remporté un contrat de 1,1 milliard de dollars (environ 1,01 milliard d’euros) pour 21 lancements, dont trois ont déjà été effectués.

Un autre contrat prévoyait que le vol inaugural de la fusée Ariane 6 en 2020 embarque des satellites OneWeb. Reste à savoir si ce premier vol embarquera ou non une autre charge utile. Pour l’instant, aucun report de la mission n’a été annoncé étant donné que la mission s’inscrit avant tout dans un programme de l’Agence spatiale européenne (ESA).

“Cela peut avoir un impact sur notre carnet de commandes”

Pour l’instant, Arianespace prend simplement acte de dépôt de la procédure par OneWeb. “Arianespace étant en relation contractuelle avec OneWeb, la société a logiquement été citée parmi les créanciers dans le document déposé le 27 mars, confirme l’entreprise dans un communiqué. Arianespace va suivre le déroulement de la procédure de sauvegarde dans le respect de ses droits et de ses engagements.”

“Cela pourrait être un sujet d’inquiétude puisque OneWeb fabrique des satellites et nous, nous les transportons via notre filiale Arianespace. Le système américain permet aussi de relancer les entreprises mais si effectivement ils sont en faillite, cela peut avoir un impact sur notre carnet de commandes et les lancements avec Ariane 6”, analyse de son côté Jean-Marc Lavoix, délégué syndical central à la CFDT ArianeGroup (maison mère d’Arianespace), interrogé par L’Usine Nouvelle.

Airbus, en coentreprise avec OneWeb depuis 2016

Une autre entreprise européenne est concernée : Airbus. L’avionneur détiendrait 8 % du capital de OneWeb et il est associé depuis 2016 avec la société américaine dans la coentreprise OneWeb Satellites pour la construction des satellites de la constellation. La coentreprise dispose de deux sites de productions en Floride (États-Unis) et à Toulouse (Haute-Garonne), qui comptent respectivement 250 et 115 salariés selon le site Spaceflight Now.

"Ce n’est facile pour personne en ce moment, mais nous faisons chez Airbus tout notre possible pour soutenir OneWeb Satellites afin de traverser cette épreuve et de garantir que la vision de la constellation OneWeb devienne réalité", réagit Airbus dans une déclaration transmise à L'Usine Nouvelle. Le projet de constellation de 650 satellites en orbite terrestre ne semble donc pas totalement abandonné pour l'instant.

"Nous sommes fiers, chez Airbus de notre investissement pour le développement de la base industrielle américaine pour petits satellites et nous restons attachés à préserver la sécurité, la santé de nos collaborateurs tout en assurant le succès des missions de nos clients pendant ces temps compliqués", ajoute l'avionneur européen.

Une constellation de satellites, un outil stratégique pour l'Europe ?

Airbus pourrait-il se positionner pour une reprise de certains actifs ? La crise sanitaire en cours risque de freiner d’éventuels plans d’investissement. Contacté par L'Usine Nouvelle, le groupe n'a pas souhaité répondre à cette question. “En même temps, tout dépend du prix. Peut-être est-ce le bon moment pour acheter à bon prix un actif qui pourrait être un outil de souveraineté stratégique. On s’aperçoit en ce moment qu’avoir un réseau mondial de communication à soi n’est pas une mauvaise idée”, analyse la source industrielle alors que le confinement fait effectivement grimper l’usage du télétravail, des visioconférences et des divertissements en ligne.

OneWeb continue de croire à l’avenir des services de connectivité offerts par les constellations de satellite. “Cette demande de connectivité fournie par les constellations de satellites en orbite basse souligne l'énorme besoin de connectivité de haute qualité, en particulier pour les communautés rurales et sous-connectées du monde entier”, indique l’entreprise.

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