Après avoir rencontré les industriels de l’armement à Bourges (Cher) fin octobre pour les inciter à produire plus vite, le président de la République s’est rendu le 9 novembre dans la base navale de Toulon (Var), endossant à nouveau son costume de chef des armées. L’occasion pour lui de rencontrer l’équipage du nouveau sous-marin nucléaire Suffren, d'officialiser la fin de l'opération Barkhane, mais surtout de préciser les nouvelles priorités stratégiques de défense du pays près de neuf mois bientôt après l’éclatement de la guerre en Ukraine.
Depuis le hangar aviation du porte-hélicoptères amphibie Dixmude, avec derrière lui un hélicoptère d’attaque Tigre, Emmanuel Macron a partagé les conclusions de la revue nationale stratégique. Ce document, élaboré par le ministère des Armées, le secrétariat général pour la Défense et la sécurité nationale et le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, a pour objectif de dresser un constat de l’évolution du contexte mondial, d’actualiser la vision de la France des menaces auxquelles elle doit faire face et surtout de définir les priorités stratégiques du pays à l’horizon 2030.
«L'agression contre l'Ukraine risque de préfigurer de plus vastes rivalités géopolitiques à l'avenir que nous n'avons nulle raison d'accepter avec fatalisme et que nous n'entendons pas subir avec passivité», a indiqué le chef de l’Etat. Le document est aussi un préalable nécessaire avant de présenter une nouvelle loi de programmation militaire qui définit les crédits budgétaires des armées pour les années qui viennent.
Pour bâtir l’armée française de 2030, la revue nationale stratégique identifie les défis du futur auxquelles elle devra faire face : le risque de guerre dite de haute intensité entre Etats, les tensions croissantes en Asie, l'usage généralisé des drones, la banalisation des missiles, les attaques cyber, les technologies de rupture comme le quantique, l'intelligence artificielle, l'hypervélocité...

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La bataille de l'influence, nouvelle priorité
Pour faire face à ces défis, la revue nationale stratégique liste une dizaine d’objectifs. En premier lieu, la nécessité de maintenir une dissuasion nucléaire efficace, indépendante et souveraine. «Elle nous prémunit de toute agression d’origine étatique contre nos intérêts vitaux, d’où que vienne cette agression et quelle qu’en soit la forme », a souligné le président. Pour soutenir un effort de guerre dans la durée, le document revient également sur les enjeux industriels. Il rappelle la nécessité de sécuriser les approvisionnements critiques et de mettre en adéquation les stocks de munitions et les capacités de production. Trois leviers sont identifiés : la constitution de stocks stratégiques (matériels complets mais aussi matières premières et composants critiques), la relocalisation des chaînes de production les plus sensibles, et la diversification des approvisionnements.
Par ailleurs, la revue nationale érige en nouvelle priorité la bataille de l’influence : «Les opérations russes et chinoises dans ce domaine cherchent à fragiliser nos propres systèmes politiques et notre cohésion nationale, tout en alimentant voire en suscitant des effets d’alignement en notre défaveur, comme l’atteste la guerre en Ukraine». Cette capacité d’influence vise à promouvoir les intérêts de la France et à contrer les actions de désinformation de ses compétiteurs.
Un effort vital de réarmement
Dans ce contexte, Emmanuel Macron s’est clairement prononcé pour renforcer l’effort de réarmement engagé il y a cinq ans, suite à une précédente révision stratégique. «C’est un véritable réarmement de la nation que nous avons décidé il y a cinq ans (…) Cet effort est vital et il doit se poursuivre car nous le savons aussi, pour beaucoup de nos capacités, c'était une réparation nécessaire, mais il nous faut maintenant bâtir l'avenir». Le président n’a toutefois pas avancé d’ambitions chiffrées dans ce domaine.
Après avoir visité les usines de munitions de Nexter et de missiles de MBDA à Bourges fin octobre, Emmanuel Macron a souligné le rôle-clé des industriels de l’armement dans ce nouveau contexte. «J'ai déjà dit, il y a quelques mois, que nous devons faire pivoter notre économie et nous adapter au nouveau contexte, pousser avec notre industrie de défense vers de nouveaux efforts et nous mettre en posture d'économie de guerre. Le travail a commencé». Le chef de l'Etat veut imposer un tempo rapide. La loi de programmation militaire devrait être présentée au parlement au début de l’année 2023.



