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PME opérationnelles, salariés sur site, chômage partiel... Où en est la filière aéro de sa reprise

La filière aéro est sévèrement touchée par la crise du Covid-19 et l’obligation de confinement. Toutefois, la reprise s'engage. On vous détaille les chiffres.

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Après un arrêt de deux jours suite à l'annonce du confinement, l'entreprise basque Lauak s'est remise au travail. En fonction des sites, 50 à 80% des cols bleus ont répondu présent.

Où en est la filière aéro française en termes de reprise du travail après plus de trois semaines de confinement ? Les premières données consolidées commencent à être disponibles. L’Usine Nouvelle a pu les avoir en exclusivité.

Un quart des salariés de la filière en général serait au travail sur site, 30% sont en télétravail, un quart au chômage partiel et 20% en arrêt de travail.

Ce constat a été dressé par les principaux acteurs de la filière aéronautique à l’occasion d’un point d’étape organisé avec Agnès Pannier-Runacher, la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances le 9 avril 2020. La secrétaire d’Etat a pu directement prendre le pouls de cette filière en s’adressant en audio-conférence avec Eric Trappier, président du GIFAS (groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) mais également de Dassault Aviation, et avec les grands donneurs d’ordres de la filière, les patrons d’Airbus, de Safran et de Thales, respectivement Guillaume Faury, Philippe Petitcolin et Patrice Caine.

Deux à trois ans avant un retour à la normale

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Il fallait s’y attendre le constat est sévère. Il faudra entre 2 et 3 ans pour un retour à la normale. Les PME, le maillon le plus fragile de la chaîne aéronautique, font l’objet d’une vigilance toute particulière. "80% des PME sont ouvertes et 40% environ des salariés sont présents au travail", indique-t-on de source ministérielle. Toutefois l’activité tourne pour certaines au ralenti.

La situation varie d’une région à l’autre, et même dans une même région. Ainsi en Haute Normandie, le cluster Normandie AeroEspace a fait le point sur l’activité de ses adhérents, avec parfois des bonnes surprises. En date du 7 avril, une grande majorité affichait une activité encore soutenue : 64% d’entre elles déclaraient réaliser entre 70 et 95% de leur activité. Cependant l’impact du confinement est bien réel : 12% des PME du cluster sont fermées, 24% travaillent à moins de 70% de leur niveau habituel.

Chez Lauak, entre 50 et 80% des cols bleus ont repris le travail

L’Usine Nouvelle a par ailleurs pu recueillir le témoignage Mikel Charritton co-gérant de l’entreprise basque Lauak Aerostructures. L’entreprise basée à Ayherre, dans le département des Pyrénées-Atlantiques, fournit de pièces aéronautiques. Le dirigeant souligne d’abord son soulagement car aucun cas positif au Covid-19 n’a été déclaré parmi ses parmi ses 1800 salariés. "Nous avons été fermés les deux jours après l’annonce du confinement par le président de la République. Ensuite nous avons souhaité reprendre au plus vite  l’activité", explique Mikel Charritton.

En prenant les précautions nécessaires : les postes de travail ont été désinfectés et distancés les uns des autres de plus d’un mètre, des gants et du gel hydroalcoolique ont été distribués avec un appel à respecter les gestes barrière… Depuis la semaine du 6 avril, la société a enfin pu acquérir des masques et équiper les opérateurs. Elle a procédé à l’achat d’environ 2000 masques en tissu lavables et réutilisables et 1000 masques jetables. "Aujourd’hui en fonction de nos différents sites, entre 50 et 80% de nos cols bleus ont répondu présents" se réjouit le dirigeant.  Dans les plans d’approvisionnement de l’entreprise, les baisses de cadence annoncées par les clients n’apparaissent pas encore. "On a des commandes et nous livrons", explique le dirigeant basque. On sait qu’il y aura un recalage par la suite. On s’adaptera". Le choc risque d’être rude. Lauak réalise environ 60% de son chiffre d’affaires sur les programmes de l’avionneur Airbus, or l’avionneur a annoncé une baisse drastique de ses cadences.  

A la tête de la filière et au gouvernement, on est conscient qu’il y aura nécessité d’un soutien aux PME en difficultés. De quelle façon ? Avec quelles modalités ? C’est encore un peu tôt pour le dire. "Il y a des risques et des enjeux identifiés comme la compétitivité de la filière face à des concurrents internationaux agressifs et la préservation des capacités de R&D et de compétences de la filière", indique une source ministérielle

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