Safran ne décrochera pas cet été la médaille d’or olympique pour sa performance industrielle dans la catégorie des équipementiers aéronautiques. Au contraire, le motoriste a enregistré une contre-performance rare sur le plan industriel au cours des derniers mois. «Le nombre de moteurs LEAP livrés au second trimestre a chuté par rapport aux prévisions initiales et par rapport au premier trimestre de cette année», a reconnu Olivier Andries, directeur général de Safran.
Le dirigeant s’exprimait à l’occasion de la publication le 31 juillet des résultats semestriels du groupe. Toutefois, cela n’empêche pas le motoriste de réaliser une performance financière impressionnante, notamment grâce à ses activités dans les services : son chiffre d’affaires semestriel a crû de près de 20% à 13 milliards d’euros et son bénéfice opérationnel a bondi de plus de 40%, frisant les 2 milliards d’euros.
Chute des rendements industriels
Safran n’a donc pas atteint ses objectifs de production concernant les moteurs LEAP, ceux qui équipent les monocouloirs de dernière génération de Boeing et d’Airbus. L’équipementier a livré un peu moins de 300 moteurs Leap au second trimestre contre 367 au premier trimestre. Soit une production totale au premier semestre de 664 moteurs, en net recul par rapport aux 785 moteurs livrés sur la même période lors de l’exercice précédent.
Que s’est-il passé pour en arriver là ? Le motoriste a été victime de la défaillance inattendue de l’un des fournisseurs de son partenaire américain GE, avec lequel il conçoit et assemble les moteurs LEAP. Le fabricant américain Howmet Aerospace, qui fabrique les aubes qui intègrent les corps haute pression des moteurs Leap, a connu une sévère défaillance. Ses rendements de production ont chuté significativement et beaucoup de pièces sont parties au rebut. Résultat : les usines d’assemblage de Safran n’ont pas été alimentées correctement en corps de turbine haute pression. «Cela nous a surpris», reconnait le dirigeant. Les rendements se sont toutefois améliorés ces dernières semaines, mais restent à des niveaux insuffisants. Le motoriste table sur un rétablissement rapide de la situation. «Nous envisageons de livrer entre 900 et 1000 moteurs Leap sur le second semestre», ambitionne Olivier Andriès.

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Les difficultés industrielles de Safran touchent également d’autres activités. Le motoriste a reconnu rencontrer des problèmes pour les livraisons de trains d’atterrissage des avions long courrier A330 NEO et de sièges des classes affaires de l’A350. Concernant les trains d’atterrissage, le fournisseur a a priori mal calibré son effort pour suivre la montée en cadence d’Airbus, qui est passé d’une production de trois appareils A330 tous les deux mois à quatre appareils par mois en moins de deux ans. Safran ne rencontre néanmoins pas de problèmes pour livrer les trains d’atterrissage des A320 et des A350 d’Airbus.
Un combat de tous les jours
Chez le client Airbus, on goûte évidemment peu ces retards. À l’occasion de la publication des résultats semestriels de son groupe le 30 juillet, Guillaume Faury, le PDG d’Airbus avait souligné qu’il subissait des retards de livraison du fait des défaillances non pas de PME mais de ses grands fournisseurs. «Quand des pièces manquent ou arrivent en retard dans nos lignes d’assemblage, typiquement des moteurs, des sièges, des trains d’atterrissage, cela a des impacts sur nos livraisons», regrettait le dirigeant de l’avionneur. Il porte une attention particulière aux solutions mises en place par l’alliance Safran-GE pour résoudre au plus vite les problèmes de retard. «Je m’assure qu’ils comprennent bien quels sont nos besoins et qu’ils mettent leur priorité à la résolution de nos problèmes concernant le moteur LEAP A», a précisé le patron d’Airbus, n'hésitant pas à mettre un coup de pression à son fournisseur.
Safran dit mettre tout en œuvre pour résoudre ses difficultés de supply chain. «Nous avons doublé notre équipe de managers en charge du suivi de la performance de nos fournisseurs. Une équipe de 300 personnes est dédiée au suivi et l’aide de nos fournisseurs afin de les aider à améliorer leurs performances. C’est un combat de tous les jours», détaille Olivier Andries.
Pour l'année 2024, Safran ne prévoit plus qu’une hausse de ses livraisons de moteurs LEAP comprise entre 0 et 5% par rapport à l’an dernier contre une progression de 10 à 15% prévue précédemment. Avec moins de moteurs produits que prévu pour les trimestres qui viennent, Safran doit satisfaire au mieux des clients exigeants de nature différente. Il a fait le choix de donner la priorité à l’avionneur européen plutôt qu’aux compagnies aériennes qu’il fournit également. Safran s'est ainsi félicité d'avoir trouvé un accord avec Airbus sur les livraisons de moteurs en 2025.



