Lesté par des pertes abyssales, Boeing n’affiche pas d’objectif de livraisons d’avions en 2025

Boeing enregistre en 2024 une perte de près de 12 milliards de dollars, une contre-performance historique proche du niveau de 2020. L’avionneur a perdu des plumes dans le civil, la défense et le spatial. L’industriel ne fournit pas d'objectifs de livraison d’avions pour 2025, laissant ses fournisseurs dans l’expectative, mais a toutefois dévoilé quelques indications sur certains programmes.

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Boeing 737 MAX
Pour Boeing, l'année 2024 restera comme l'une des pires de son histoire, comme en attestent ses pertes de près de 12 milliards de dollars.

Boeing avait prévenu, il y a quelques jours, de l’ampleur de la déconfiture financière qu’il allait dévoiler pour l’année 2024. Mardi 28 janvier, la publication détaillée de ses résultats annuels confirme l’ornière dans laquelle s’est trouvée l’avionneur américain en 2024. Le groupe affiche notamment une perte totale de 11,8 milliards de dollars (11,3 milliards d’euros), contre 2,2 milliards de dollars (2,1 milliards d’euros) en 2023. C’est la deuxième plus importante perte enregistrée dans l’histoire du groupe après celle de 2020, laquelle avait atteint 11,9 milliards de dollars (11,4 milliards d’euros) suite à la crise liée au 737 MAX et à la pandémie. L’industriel affiche ainsi des pertes pour la sixième année consécutive.

Derrière cette contre-performance, une escadrille de problèmes qui ont plaqué Boeing au sol et contribué à tirer son chiffre d’affaires vers le bas, à 66,5 milliards de dollars (63,8 milliards d’euros), soit une baisse de 14%. L’année avait très vite déraillé avec l’arrachage d’une porte d’obturation d’un 737 MAX 9 d’Alaska Airlines, début janvier. De quoi ramener au premier plan les problèmes de production de l’avionneur ainsi que les lacunes de ses contrôles qualité. L'Autorité américaine de l'aviation civile (FAA) scrute désormais de près l’assemblage des avions.

Autre facteur qui a lesté le groupe : le vaste mouvement de grève suivi par plus de 30000 salariés qui a démarré le 13 septembre pour exiger des revalorisations salariales, après des années de réductions de coûts imposées par les différents patrons de Boeing. Il aura immobilisé 57 jours durant les lignes d’assemblage des 737, des 767, des 777 et des 777X, basées dans les usines historiques d’Everett et de Renton, près de Seattle.

En 2024, une accumulation de problèmes

Les livraisons d’appareils ont repris progressivement à l’issue de la grève. Mais Boeing a fait savoir mi-janvier qu’il n’était parvenu à livrer que 348 appareils en 2024. Loin derrière Airbus, qui peut s’enorgueillir de 766 livraisons en 2024. Face à toutes ces difficultés, l'an dernier, le chiffre d’affaires de la branche commerciale a plongé de 34%, pour s'établir, à 22,8 milliards de dollars (21,9 milliards d’euros). Les pertes dans le civil s'élèvent ainsi à 7,9 milliards de dollars (7,6 milliards d'euros). Et pour la deuxième fois consécutive, Boeing se refuse à fournir son objectif annuel de livraisons. Pour rappel, Boeing était parvenu à livrer 806 avions en 2018, plus du double du niveau atteint en 2024.

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Mais les dirigeants de Boeing veulent croire à une renaissance prochaine. L’industriel précise ce 28 janvier que la cadence de production du 737 – encore plafonné à 38 appareils par mois par la FFA depuis l’incident de l’appareil d’Alaska Airlines – va petit à petit reprendre de la hauteur. Elle s’était établie en 2024 à une moyenne de 22 appareils par mois, contre 33 en 2023. Pour rappel, l'avionneur américain livrait encore 52 B737 MAX par mois début 2019, avant que le rythme ne ralentisse en raison des deux crashs mortels impliquant l’appareil.

Boeing a précisé lors de sa conférence de presse qu'il avait livré 33 appareils en ce mois de janvier et qu'il devrait être en mesure de dépasser le seuil de 38 exemplaires dans la seconde moitié de l'année, si les autorités donnaient toutefois leur feu vert. L'idée étant ensuite d'augmenter la cadence de 5 appareils supplémentaires tous les 6 mois, a précisé le patron de Boeing, Kelly Ortberg, sur la chaîne américaine CNBC.

La branche défense et spatiale également touchée

Non touché par la grève car assemblé en Caroline du Sud, le 787 est parvenu à retrouver une cadence de 5 livraisons par mois fin 2024. Des investissements à hauteur d'un milliard de dollars vont être assurés pour permettre d’augmenter encore ce rythme. L'industriel souhaiterait être en mesure d'en livrer 7 exemplaires par mois début 2025 puis dix par mois courant 2026. Quant au 777X, le gros porteur de Boeing a repris les essais en vol de certification et le groupe prévoit toujours la première livraison du 777-9 en 2026. A l'origine, son entrée en service était prévue pour 2020.

Mais les pertes enregistrées par Boeing en 2024 s’expliquent aussi par celles de la branche défense et spatial, qui traverse également une zone de turbulences et pâtît d’un certain nombre de dépassements de coûts non compensés en raison de contrats passés à prix fixe. Si le chiffre d’affaires ne baisse que de 4%, à 23,9 milliards de dollars (22,9 milliards d’euros), les pertes, quant à elles, s’envolent : elles sont passées de 1,7 à 5,4 milliards de dollars (1,6 à 5,2 milliards d’euros).

Seuls les services ne sont pas dans le rouge

Le groupe l’explique notamment par des charges exceptionnelles au niveau de l’avion ravitailleur KC-46A, de l’appareil d’entraînement militaire T-7A, de l’avion présidentiel VC-25B (pour lequel des discussions avec Elon Musk ont été menées, comme l'a rapporté Kelly Ortberg sur CNBC) et du drone ravitailleur MQ-25. Un changement de dirigeant à la tête de cette branche a d’ailleurs été effectué en septembre dernier, peu après que la NASA a opté pour SpaceX pour ramener sur Terre des astronautes de la station spatiale internationale (ISS), en raison des problèmes de la capsule Starliner.

Au final, seule la branche dédiées aux activités de services parvient à tirer son épingle du jeu, poussée par les besoins en maintenance d’appareils dont la durée de vie est allongée pour compenser la faiblesse des livraisons de nouveaux modèles. Elles affichent un chiffre d’affaires en hausse de 4%, à 19,9 milliards de dollars et des bénéfices en augmentation de 9%, à 3,6 milliards de dollars.

Le nécessaire redressement du groupe

Arrivé à l’été 2024 à la tête d’un groupe qui semble englué depuis plus de cinq ans dans une profonde crise culturelle et industrielle, Kelly Ortberg va devoir s’ingénier à remettre Boeing sur les rails et à réduire l’écart avec son concurrent européen, Airbus. «Nous avons progressé dans des domaines clés pour stabiliser nos opérations au cours du dernier trimestre et nous avons continué à renforcer des aspects importants de notre plan de sécurité et de qualité», a-t-il fait savoir dans un communiqué. Pour rappel, la carnet de commandes de Boeing comprend quelque 5600 appareils malgré ses déboires, signe d'une demande qui ne faiblit pas du côté des compagnies aériennes.

L'objectif du nouveau patron? «Restaurer la confiance de nos clients, de nos employés, de nos fournisseurs, de nos investisseurs, des autorités de régulation et de tous ceux qui comptent sur nous», a-t-il énuméré. Kelly Ortberg a rappelé lors de la conférence de presse l'importance d'échanger avec ses sous-traitants, afin de parvenir à tirer vers le haut les cadences de production des différents programmes. Pour le nouveau patron de Boeing, le chantier du redressement de ce groupe centenaire est immense.

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