Les premiers satellites de la constellation d’Amazon s’envoleront sans les fusées de Blue Origin

Amazon a sélectionné son partenaire pour le lancement des premiers satellites de son projet de constellation Kuiper. Surprise : le groupe n’a pas sélectionné Blue Origin, l’entreprise aérospatiale fondée par Jeff Bezos.

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Amazon projet de constellation Kuiper
La fusée Atlas V d'United Launch Alliance représentée en images de synthèse.

Blue Origin semblait le candidat tout désigné pour faire décoller le projet Kuiper. Même si la société ne dépend pas du groupe Amazon, elle a été fondée par le milliardaire américain Jeff Bezos, tout comme le célèbre géant du commerce en ligne. Mardi 19 avril, United Launch Alliance (ULA) a finalement créé la surprise. La coentreprise formée par Boeing et Lockheed Martin a remporté le contrat pour lancer les premiers satellites de la constellation que souhaite bâtir Amazon.

Amazon fait le choix de la sécurité

ULA et Amazon restent mystérieux sur le montant de l’accord et sur son calendrier. La date du premier vol ou le nombre de satellites déployés n’ont pas été précisés. On sait tout de même que le marché porte sur neuf lancements à bord de la fusée Atlas V d’ULA. Amazon insiste sur la fiabilité du lanceur : il affiche un taux de réussite de 100 % sur plus de 85 lancements et il a participé à d’ambitieuses missions spatiales, comme le lancement du rover Perseverance vers la planète Mars.

Blue Origin ne peut pas encore revendiquer un tel historique. Le premier vol de sa fusée New Glenn a été reporté à fin 2022. Le facteur temporel a sans doute aussi compté dans l’attribution du contrat. Selon le site SpaceNews, le régulateur américain laisse à Amazon jusqu’en 2029 pour placer en orbite terrestre l’ensemble de sa constellation, soit un total de… 3 236 satellites !

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Plus de 8 milliards d’euros d’investissement

«Des milliards de personnes sur Terre ne disposent pas d'un internet fiable, et nous avons lancé le projet Kuiper pour aider à combler la fracture numérique dans ces communautés non desservies et mal desservies à travers le monde», présente Amazon. Le mastodonte américain a investi 10 milliards de dollars dans ce projet (environ 8,3 milliards d’euros). Plus de 500 personnes travaillent sur le programme, notamment dans un centre de R&D à Redmond, en périphérie de Seattle (États-Unis). Aux dernières nouvelles, Amazon n’a pas fini de développer ses satellites. « Nous avons récemment terminé le développement initial de l'antenne de notre terminal client à faible coût, un élément essentiel du système Kuiper », précisait le groupe en décembre 2020. Depuis, pas plus d’indications.

Si Blue Origin n’a pas été sélectionné pour les premiers lancements, Amazon laisse entendre que la porte n’est pas fermée aux concurrents d’ULA. « Nous avons conçu nos satellites et notre système de dispenseur pour qu'ils puissent être lancés par plusieurs véhicules de lancement. Cela nous donne la possibilité d'utiliser de nombreuses fusées et fournisseurs différents pour lancer notre système de satellites », glisse dans un communiqué Rajeev Badyal, vice-président de la technologie pour le projet Kuiper. Arianespace pourrait-il figurer parmi ces futurs partenaires ? Contactée par L’Usine Nouvelle, l’entreprise française n’a pas souhaité faire de commentaire.

Rivalité avec SpaceX et inquiétudes des astronomes

Amazon va devoir disputer l’orbite terrestre basse à un concurrent de taille qui a pris beaucoup d’avance. La constellation Starlink de SpaceX compte déjà plus de 1 200 mini-satellites dans l’espace. En janvier, la tension était montée d’un cran entre SpaceX et Amazon. «Il n'est pas dans l'intérêt du public de paralyser Starlink aujourd'hui pour un système satellitaire Amazon qui, au mieux, ne sera pas opérationnel avant plusieurs années», taclait Elon Musk, le célèbre patron de SpaceX, sur Twitter.

En marge de ce bras de fer, les scientifiques tentent de faire entendre leur voix face à la cadence effrénée des lancements de mini-satellites. Les astronomes soulignent effectivement les risques de pollution lumineuse liés à ces constellations. « Pour les observatoires radio, comme le futur SKA en Afrique du Sud et en Australie, le plus gros projet astronomique des décennies à venir, les transmissions des données des constellations de satellites vers le sol pourraient être problématiques, a alerté sur Twitter Eric Lagadec, président de la Société française d’astronomie et d’astrophysique, le 8 avril. Ces observatoires radio sont construits loin de toute civilisation, afin de pouvoir sonder les confins de l'Univers sans la pollution des ondes dues à l'activité humaine... mais là ces ondes pourraient venir du ciel ! »

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