[Les pionniers de l’avion vert] Pour Aura Aero, l’avenir est à l’aviation régionale électrique

Nation aéronautique, la France a tout ce qu’il faut pour être aux avant-postes de la transition énergétique du transport aérien. Mais les projets tricolores d’avions décarbonés ferraillent avec une rude concurrence internationale. Zoom sur la start-up toulousaine Aura Aero, qui compte mettre en service un avion régional hybride électrique de 19 places en 2027.

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Aura Aero ERA
Aura Aero développe l'avion régional hybride électrique de 19 places ERA. Mise en service prévue pour 2027.

Et si Aura Aero devenait le Tesla de l’aéronautique ? Pour l’heure, la start-up toulousaine est loin de pouvoir se comparer à l’entreprise d’Elon Musk, mais son patron revendique bien le parallèle : pour lui, pas de doute, le transport aérien est en passe de faire sa révolution électrique. Aura Aero, qui compte aujourd’hui 80 salariés, est bien positionné pour jouer les premiers rôles avec son projet ERA, un avion régional hybride électrique de 19 places capable de voler à 300 km/h. Il pourrait être certifié en 2026 et entrer en service en 2027.

« ERA pourra typiquement assurer des vols Toulouse-Lyon, soit 400 km, en tout électrique, assure Jérémy Caussade, le président d’Aura Aero. Son rayon d’action maximal sera de 1800 km. L’idée est d’employer surtout les turbogénérateurs durant la phase de croisière. Nous sommes en train de discuter avec plusieurs partenaires possibles, comme Safran et Ratier Figeac. » Cet avion capable de voler à 300km/h amorce son décollage commercial : en octobre, la compagnie Amadeo a signé une lettre d’intention pour l’achat de 200 exemplaires d’ERA.

Un calendrier industriel un peu retardé

Ambitieuse, la start-up - créée en 2018 et nichée au sein de l’aérodrome en pleine reconversion de Francazal, au sud de Toulouse - s’ingénie à ne pas brûler les étapes. Deux de ses trois co-fondateurs sont issus des rangs d’Airbus. Ils savent à la fois que les enjeux de sécurité aérienne doivent d’emblée être pris en compte et que les défis énergétiques constituent un challenge technique inédit dans le transport aérien.

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D’où la stratégie de s’atteler d’abord à la production de petits avions thermiques, la gamme bientôt certifiée de biplaces Integral R et S, puis à leur déclinaison électrique, Integral E, qui entrera en service fin 2023. C’est cette expérience accumulée qui servira de tremplin pour développer ensuite ERA. Alors qu’une nouvelle chaîne d’assemblage ultra moderne a été inaugurée en mars dernier, le calendrier industriel initial a dû être revu, pandémie mondiale oblige. Si Aura Aero n’a livré que cinq appareils cette année, contre 15 prévus, l’objectif à terme reste d’en livrer 50 par an.

Aura aeroGuittet Pascal
Aura aero Aura aero (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

L'une des forces d'Aura Aero réside dans l'utilisation de process de production ultra modernes. Photo: Pascal Guittet

La start-up ne restreint pas son terrain de jeu à la France, loin de là. « Nous sommes en train de nous rapprocher d’acteurs norvégiens pour poursuivre notre développement, s’enthousiasme Jérémy Caussade. Ils ont déjà acquis un certain retour d’expérience en matière de mobilité électrique et pourraient plus facilement adopter des moyens de transports aériens électriques qu’en France. » Et c’est avec le slovaque Aelis Group qu’Aura Aero a signé en juin 2021 une lettre d’intention pour l’achat de 10 Integral E.

Risque de décrochage français

Pour le moment, Aura Aero est parvenu à financer son essor, en particulier grâce au soutien de la région Occitanie, de Bpifrance et du fonds de capital-innovation Innovacom. « Nous sommes par ailleurs lauréat du plan de relance, dont nous avons reçu une subvention significative », ajoute Jérémy Caussade, qui espère aussi bénéficier du plan France 2030. L’avenir n’est pas pour autant dégagé. « Nous peinons en revanche à passer à la vitesse supérieure en matière de financement, c’est-à-dire à lever des montants compris entre 30 et 40 millions d’euros, s’inquiète-t-il. Et cela est nécessaire pour jouer à l’échelle mondiale. »

Car aux Etats-Unis et en Allemagne, certains projets concurrents bénéficient de plusieurs centaines de millions d’euros. «Il y a un vrai risque que la France passe à côté d’une rupture industrielle et technologique, comme cela a été le cas avec internet, confie Jérémy Caussade. Le pays a tout ce qu’il faut pour être au rendez-vous, comme le prouvent les projets des grands et des plus petits acteurs. Il est encore temps de débloquer la situation. » L’alerte est lancée.

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