Le dirigeable, moyen de transport du futur ? Le pari est audacieux. "Nous avons fait face à beaucoup de scepticisme et de réticences, mais c’est bien justifié", reconnaît, lucide, Sébastien Bougon, 52 ans, le patron de Flying Whales. N’en déplaise aux Cassandre, le projet prend corps alors que la jeune société emploie désormais 120 personnes : l’usine qui assemblera le dirigeable, baptisé LCA60T, verra le jour en 2021 dans la région bordelaise, pour un investissement d’une centaine de millions d’euros.
L’appareil devrait effectuer son premier vol en 2023. Le fruit d’un développement de longue haleine.
Créée en 2012, la start-up située en région parisienne a passé cinq années à mener des études techniques préalables, à effectuer des analyses de marché et à mettre en place des partenariats avant de passer à la vitesse supérieure. Une approche globale nourrie par l’expérience du dirigeant : ingénieur génie civil de formation, il a commencé sa carrière chez SGE (ex-Vinci), puis Bouygues, en particulier dans la conception puis le financement des grands ouvrages. Passé ensuite chez TF1 et par un fonds d’investissement, il se lance dans l’entreprenariat en 2012.
Résultat ? Un dirigeable avec une chaîne de propulsion hybride de 4 MW et une vitesse de déplacement de 100 km/h. "La rupture que nous apportons est la capacité de charger et décharger en vol stationnaire jusqu’à 60 tonnes de charge utile, résume Sébastien Bougon. Qui plus est, le LCA60T consommera cinquante fois moins de carburant qu’un autre moyen aérien à la tonne transportée." Les marchés visés : le transport du bois, de grandes pièces industrielles telles que les pales d’éoliennes et les pylônes haute tension, offrant ainsi des solutions de désenclavement pour de nombreuses régions du monde qui souffrent d’un manque d’infrastructure.
Au total, le développement du dirigeable, de son lancement à sa production, aura coûté entre 250 et 300 millions d’euros. L’actionnariat de Flying Whales est contrôlé à un peu plus de 50 % par un pool français public-privé (comprenant l’ONF, la région Nouvelle-Aquitaine, Groupe ADP, Air liquide, Bouygues...), à 24,9 % par le gouvernement québécois et à 24,9 % par le chinois Avic. La production du dirigeable sera d’ailleurs également assurée au Québec et en Chine.



