L’emballement autour des technologies quantiques est-il problématique ? Régulièrement, des voix s’élèvent dans la communauté scientifique pour dénoncer des promesses dépassant la réalité. Ainsi, le physicien américain Sankar Das Sarma estimait, fin mars dans la revue technologique du MIT, que les sommes et les espoirs investis dans la technologie seraient trop élevés au regard des retombées potentielles. Et que la déception pourrait engendrer un hiver similaire à celui traversé par l’intelligence artificielle, lors duquel les investissements s’étaient drastiquement taris.
Or si l’effet de mode est indéniable, sa dangerosité est discutable. D’abord parce que les sommes investies dans le domaine, environ 4 milliards d’euros annuels, sont vingt fois inférieures à celles dévolues à l’IA, alors même que l’informatique quantique demande de coûteux équipements, indispensables pour concevoir, tester et manufacturer les systèmes de calcul. Mais aussi parce que dans ce champ, il est difficile de faire semblant. La quasi-totalité des entreprises du quantique sont issues de laboratoires de recherche et leurs progrès sont souvent rendus publics via des articles scientifiques validés par des pairs. Un exercice de transparence qui, s’il ne réduit pas le risque de la recherche scientifique, peut rassurer les investisseurs.
Ce coup de projecteur doit être l’occasion, pour les acteurs du secteur, de sensibiliser à la réalité de la technologie. Pas besoin d’un calculateur parfait, qui n’arrivera pas avant des dizaines d’années : les petits ordinateurs imparfaits actuels peuvent déjà servir à développer des applications. Comme EDF et le Crédit agricole avec Pasqal, ou Hyundai avec IonQ, de plus en plus d’industriels travaillent avec les entreprises du quantique pour développer des cas d’usages concrets à court terme, tout en aiguisant leur stratégie à plus long terme. Des collaborations fructueuses pour comprendre la réalité de la techno... sans se laisser tromper par des promesses infondées.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n° 3707 - Juin 2022



