Après les compagnies aériennes, les industriels de l’aéronautique seront-ils à leur tour touchés par le coronavirus ? Si aucune compagnie aérienne n’a pour le moment évoqué le report ou l’annulation de commandes d’avions malgré la désorganisation que provoque le Covid-19 au sein du trafic aérien, l’épidémie pourrait bien avoir un impact industriel. C’est ce qu’a laissé entendre Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus, mercredi 4 mars, lors de son audition face à la commission des affaires économiques du Sénat.
"Le marché des long-courriers est un peu moins fort que ce que nous avions prévu il y a quelques années [..], a expliqué Guillaume Faury. On s’attend à une situation probablement encore plus difficile cette année et l’année prochaine étant donné l’impact du coronavirus sur le trafic international." Et le dirigeant de conclure que l’épidémie ne va pas arranger la conjoncture déjà tendue sur ces avions qui assurent les vols les plus longs.
Lors de la présentation des résultats en février dernier, le groupe a d’ailleurs annoncé une stabilité des cadences de production de l’A350 (entre 9 et 10 appareils par mois) et une réduction pour l’A330, avec 40 livraisons prévues en 2020 contre 53 en 2019. Côté Boeing, l’avionneur américain a annoncé en début d’année une baisse de régime de son 787 : les cadences passeront de 14 à 12 avions par mois d’ici la fin de l’année, faute de commandes.
Vers une consolidation accélérée

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Le coronavirus pourrait donc entamer encore un peu plus le dynamisme commercial des long-courriers. Alors que le nombre de monocouloirs dans le carnet de commandes d’Airbus et de Boeing a augmenté de 147% entre 2010 et 2018 à 11 837 appareils), celui des long-courriers a baissé de 20% entre 2014 et 2018 (à 2206 appareils), selon une étude du cabinet AlixPartners publiée en 2019. En termes de livraisons, le cabinet prévoit une croissance de 19% entre 2018 et 2022 pour les monocouloirs (qui ne prenait pas en compte alors les déboires du 737MAX) et de seulement 7% sur la même période pour les long-courriers.
Alors que l’Association internationale du transport aérien (Iata) a appelé lundi 2 mars à un assouplissement des règles en matière de créneaux horaires, le coronavirus pourrait-il entraîner des restrictions budgétaires, voire la faillite des compagnies aériennes les plus faibles, et amener à des annulations ou des reports de commandes et de livraisons d’avions ? Impossible de répondre pour le moment, et tout dépendra de la durée et de l’intensité de l’épidémie. Les dirigeants de l’association estiment en tout cas prévenus que le coronavirus pourrait accélérer le phénomène de consolidation dans le transport aérien.



