Le coup de gueule du patron d’Airbus entendu par le ministre de l’Economie

En visite sur le site toulousain d’Airbus le 13 février, le ministre de l’Economie, Eric Lombard, a assuré que la baisse de certaines aides à l’aéronautique seraient compensées. Une réponse directe au discours offensif tenu début janvier par le patron de la filière, également dirigeant de l’avionneur, Guillaume Faury. Mais rien ne dit que la promesse sera tenue.

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Guillaume Faury Airbus
Début janvier, Guillaume Faury, patron d'Airbus et de la filière aéronautique, s'est alarmé du manque de soutien de l'Etat. Message entendu 5 sur 5 par le ministre de l'Economie. Reste à savoir comment cela va se traduire...

Se considérant injustement mal-aimée par certains politiques, la filière aéronautique a été quelque peu rassérénée mi-février. S’extirpant d’une interminable séquence budgétaire, le ministre de l’Economie et des Finances, Eric Lombard, a en effet choisi comme destination pour son premier déplacement le site toulousain d’Airbus. Jeudi 13 février, le ministre l’assure : l’avionneur fait la «fierté du continent européen», il est «la preuve que tout est possible». Surtout, le ministre s’engage, ce jour-là, à ce que l’Etat maintienne son soutien financier auprès de cette filière représentant le premier poste excédentaire de la balance commerciale du pays.

Du miel pour les oreilles de Guillaume Faury, le dirigeant d’Airbus. Et une réponse directe au cri d’alarme que celui-ci avait lancé un mois plus tôt avec sa casquette de président du Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales (GIFAS). Il avait alors surpris par son discours offensif, jailli de sa bouche avec un débit de mitraillette. Surtaxe des grandes entreprises, augmentation de la taxe sur les billets d’avions, hausse de l’impôt sur les sociétés… «La filière ne doit pas servir de bouc émissaire ou de vache à lait pour réparer les finances de l’Etat», a tancé le patron d’Airbus.

Et le dirigeant d’alerter sur le risque pour l’aéronautique de suivre la même trajectoire que celle de l’automobile. La filière est en particulier remontée contre la baisse du budget alloué au Conseil pour la Recherche Aéronautique Civile (CORAC), l’entité qui pilote les projets de R&D dédiés à la décarbonation du secteur. Au lieu des 300 millions d’euros, qui avaient été promis par Emmanuel Macron en juin 2023 sur la période 2024-2027, PME et grands groupes vont devoir se contenter de 230 millions d’euros. Course aux économies oblige, le projet de loi de finances (PLF) a raboté le soutien de l’Etat. Au risque que de petites entreprises ne soient rapidement plus à la page.

Des marges de manœuvre restreintes

Mais Eric Lombard vient d’en faire la promesse chez Airbus : «Je ne suis pas sûr que l’on puisse complètement maintenir les fonds du CORAC mais nous allons dédier une partie de France 2030 à des grands projets industriels aéronautiques». Chez Airbus, on estime que le passage du ministre de l’Economie a été «très positif». Car aujourd’hui, la filière a la désagréable impression d’être le meilleure élève de la classe mais de se faire quand même taper sur la tête.

Pour autant, rien ne dit que l’engagement d’Eric Lombard sera suivi d’effet. D’abord parce que le pilotage du plan France 2030 est assuré par Matignon, non par Bercy. Ensuite, parce que les marges de manœuvre sont très étroites. Sur l’enveloppe initiale de 54 milliards d’euros dégainée pour ce plan, il reste à allouer quelque 15 milliards d’euros. Les décisions d’investissements vont d’ailleurs être étalées sur trois ans, au lieu de deux, la LPF ayant réduit les crédits annuels alloués. «Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour», dit l’expression populaire. Au sein de la filière aéronautique, on a apprécié la déclaration du ministre, mais on attend encore des marques tangibles de soutien.

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