Latécoère affiche des pertes en 2019 et mise plus que jamais sur l’innovation

Si Latécoère a publié une perte nette de 33 millions d’euros pour l'année 2019, l’équipementier poursuit ses efforts en matière de produits innovants. Le coronavirus pourrait impacter le groupe cette année.

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Latécoère Montredon atelier
Latécoère mène sa transformation à marche forcée, dont le site ultra moderne de Montredon (Haute-Garonne) en est la meilleure illustration.

Latécoère poursuit son lent rétablissement. Alors que l’équipementier aéronautique est en passe d’achever son plan de restructuration intitulé Transformation 2020, annoncé en 2016, il a affiché lors de la présentation de ses résultats, mardi 10 mars, à la fois un chiffre d’affaires en hausse de 713,1 millions d’euros (+7%) mais des pertes à hauteur de 32,9 millions d’euros (contre un bénéfice net de 6 millions d’euros en 2018).

Paradoxe : le groupe plus que centenaire, spécialiste des aérostructures et des systèmes d’interconnexions, qui a traversé des années noires en 2010, bénéficie d’une vitalité commerciale certaine et d’une efficacité industrielle inédite sous l’impulsion de sa directrice général arrivée fin 2016, Yannick Assouad, mais peine à générer durablement des profits.

Comment expliquer ces pertes ? D’abord par les coûts du plan de transformation, qui vise à la fois à spécialiser et à moderniser les sites de production et à s’approcher au plus près des clients finaux. A l’échelle du groupe, les pertes s’expliquent également par le coût de la dette actuelle, des effets de change et de nombreuses taxes à payer. Qui plus est, la branche Interconnexions, malgré les contrats engrangés, a plombé Latécoère. "Sa sous-performance provient pour moitié de perturbations logistiques liés à un nouvel outil ERP et à des problèmes avec un fournisseur", a détaillé Michel Abaza, le directeur financier. Le démarrage de certains nouveaux contrats a également pesé dans les coûts.

Des sites plus efficaces

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Malgré les pertes, l’équipementier qui fournit les plus grands noms de l’aéronautique (Airbus, Boeing, Dassault Aviation et Embraer) n’a jamais fourni autant de portes d’avions (3807), de caméras (435), de racks (7409) et de harnais (65 096). Seules les livraisons de sections de fuselages (356) et d’équipements pour le spatial (154) sont en légère baisse. L’équipementier peut se prévaloir d’avoir remporté en début d’année le contrat de câblage du Boeing 777X, qui a récemment effectué son premier vol, programme pour lequel il fournit aussi les caméras. Quant au contrat de fourniture des portes du 787, arrivant à échéance en 2024, il a été prolongé jusqu’en 2029.

D’un point de vue industriel, le groupe a renforcé son efficacité opérationnelle. Avec, entres autres, une usine ultra moderne à Montredon (Haute-Garonne) en voie d’extension, l’acquisition d’une machine qui assure le câblage automatisé les connecteurs, une nouvelle usine à Belagavi (Inde) de 70 personnes dans le cadre des offset du Rafale, une extension du site bulgare de Plovdiv et un nouveau siège à Toulouse en voie d’achèvement, Latécoère a fait peau neuve en quelques années et emploie désormais 5 200 personnes. Ce qui est passé aussi par un plan social et la fermeture du site de Tarbes (Hautes-Pyrénées) en 2017. Qui plus est, l’acquisition pour 50 millions de dollars des activités liées aux systèmes d'interconnexion et de câblage électrique de Bombardier internationalise encore davantage l’équipementier.

Le Li Fi, plein de promesses

Les dirigeants de Latécoère affichent donc une certaine confiance et annoncent au passage un nouveau plan, Beyond, visant à réduire les coûts fixes de 20 millions d’euros sur les deux prochaines années. Yannick Assouad, qui a fait de l’innovation l’une de ses priorités depuis son arrivée dans le groupe a appuyé ses ambitions. "Nous nous sommes fixés comme objectif de prendre un brevet par millions d’euros d’activités de R&T", a résumé la dirigeante. En 2019, le groupe a déposé 25 brevets, contre 23 l’année d’avant, aussi bien dans les aérostructures que dans les systèmes d’interconnexions. L’équipementier consacre environ 2% de ses revenus à la R&D.

Des efforts qui commencent à porter leurs fruits, comme le prouve le projet de porte innovante Asgard ou bien encore l’utilisation de composites thermoplastiques. C’est le cas également de la technologie Li Fi, qui permet de transmettre des données via un signal lumineux modulé, généré par des LED. Elle pourrait être utilisée pour accroître la connectivité à bord des avions. "Nous avons fait la preuve de son efficacité lors du dernier salon aéronautique du Bourget, a rappelé Yannick Assouad. Il a ensuite été testé lors d’un vol d’un A321 d’Air France entre Paris et Toulouse en octobre et nous sommes en train de l’industrialiser avec deux partenaires, Signify et Huneed technologies". Objectif : certifier la solution et signer un premier contrat en 2020.

Un contexte incertain

Dans quelle mesure Latécoère va-t-il pouvoir continuer de croître dans un environnement des plus mouvants en ce début d’année 2020, en particulier pour le secteur aéronautique ? En raison de "pressions sur les prix" du côté d’Airbus, du ralentissement observé sur tous les long-courriers (avec même des baisses de cadences programmées pour l’A330 et le 787) et de la réduction de voilure pour l’Embraer E1, l’équipementier table sur une baisse du chiffre d’affaires de 5% en 2020. Si l’industriel n’est pas impliqué sur le Boeing 737 MAX, le coronavirus pourrait en revanche jouer les trouble- fêtes.

"A propos du Li Fi, certaines compagnies aériennes pourraient être amenées à réduire leurs investissements en raison des conséquences du coronavirus", a affirmé Yannick Assouad. Et la dirigeante de préciser qu’il reste difficile d’établir à ce stade un scénario du pire au sujet du Covid 19 mais que les activités d’après-vente, dont le Li Fi fait partie, pourraient être les plus touchées. "Et s’il n’y a pas pour le moment de baisses de cadences annoncées par les avionneurs mais je ne serais pas surprise qu’ils en annoncent", a précisé la dirigeante. Ce qui pourrait venir contrarier le regain de vitalité du groupe.

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