La stratégie nationale biodiversité 2030 encore en chantier

Bérangère Abba, la secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité, a présenté mardi 15 mars le premier volet de la stratégie nationale biodiversité 2030, qui sera amendée après la COP15 à Kumming (Chine), décalée à la fin de l’été.

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Bérangère Abba, secrétaire d'Etat chargée de la biodiversité
Bérangère Abba, secrétaire d'Etat chargé de la biodiversité, lors de la présentation du premier volet de la Stratégie biodiversité 2030.

Opérations coup de poing pour lutter contre les espèces exotiques envahissantes, préservation des zones humides, réhabilitation de 55 décharges littorales menacées par l’érosion côtière, restauration des continuités écologiques les plus menacées… Le premier volet de la stratégie du gouvernement pour la biodiversité à l’horizon 2030 a été présenté mardi 15 mars dans la soirée par Bérangère Abba devant quelques journalistes.

Mais pourquoi un premier volet seulement, après 18 mois de concertations et consultations et plus de 4000 contributions ? « Nous avons aujourd’hui un socle qui reste à perfectionner, même s’il est bien supérieur aux plans précédents sur la biodiversité, tient à préciser la secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité. Il sera amendé après la COP15 qui devrait se dérouler fin août. » Il faudra tenir compte des engagements internationaux.

La COP15, qui devait se dérouler fin avril à Kumming (Chine), a été reportée plusieurs reprises en raison de la crise sanitaire. Elle devrait finalement avoir lieu fin août ou début septembre. Plusieurs sessions ont déjà eu lieu à distance et cette semaine, des négociations ont débuté à Genève (Suisse) qui devraient durer deux semaines.

Ne pas renoncer à la transition agro-écologique

La biodiversité est en grand danger. Le changement climatique, les pollutions, mais aussi l’introduction d’espèces exotiques envahissantes sont responsables de son effondrement. Or toutes ces causes sont liées à l’activité humaine. Bérangère Abba, qui a insisté sur la nécessité pour chaque pôle ministériel de définir une feuille de route pour la biodiversité comme dans la lutte contre le réchauffement climatique, a mis en avant trois axes. Le premier couvre la protection et la restauration de la nature avec la protection des écosystèmes, la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, le déploiement des aires protégées sur 30% du territoire. Le deuxième, l’accompagnement de la transition écologique des activités humaines les plus néfastes en limitant la pollution de sols, de l’eau, des milieux marins, réduire l’artificialisation des sols. Le troisième s'appuie sur la formation et la sensibilisation.

D’où la nécessité de travailler avec tous les secteurs, à commencer par l’énergie, les transports et les infrastructures et l’agriculture. « Nous avons un gros travail à mener avec les agriculteurs. Nous avons la volonté très claire de ne pas détourner le regard. Nous ne devons en aucun cas renoncer à la transition agro-écologique ». La ministre a précisé qu’elle n’était pas favorable à la remise en cause des jachères, malgré la guerre en Ukraine.

500 opérations coup de poing contre les espèces envahissantes

Le gouvernement a décidé de lancer dès 2022 des actions significatives, à commencer par des « opérations coup de poing » en Métropole et Outre-mer contre les espèces exotiques envahissantes, qui contribuent fortement à détériorer la biodiversité. La secrétaire d’Etat a prévu 500 opérations d’ici 2025. En 2022, l’Etat apportera 1,5 million d’euros pour une cinquantaine d’opérations. Les agences de l’eau mobiliseront 2 millions d’euros.

L’Etat va restaurer des continuités écologiques dégradées, comme le secteur de la Trouée de Colombe sur l’A48 en Isère et le point noir dénommé « batraciens » sur le site Natura 2000 du Val Suzon (Côte-d’Or) et renforcer la protection de certaines espèces. Il va engager 30 millions d’euros pour « résorber les trois premières décharges littorales dès 2022. A l’horizon 2030, ce seront 55 décharges en front de mer qui seront résorbées. » Un effort sera également porté sur les zones humides. L’objectif est de restaurer 50 000 hectares d’ici à 2026, de produire une cartographie et d’accompagner 18 sites « emblématiques pour la conservation de ces écosystèmes avec l’objectif de la création d’un parc national ».

Un débat sociétal sur l'extraction du lithium à Tréguennec

La secrétaire d’Etat souhaite « aller encore plus loin sur la fiscalité et le principe du pollueur-payeur ». A propos des entreprises, elle reconnaît qu’elles ont « besoin d’outils de mesure de valorisation et d’une mise en cohérence de ces outils. Il faut être aux côtés des entreprises qui se sont engagées et mesurer leurs efforts et leur impact. » Mais Bérangère Abba a botté en touche à propos de la polémique qui monte sur une éventuelle exploitation d’un gisement de lithium à Tréguennec (Finistère). « Nous sommes sur un site protégé, mais quand on a une ressource pour des métaux rares, il faut savoir quel est l’impact et avoir un véritable débat sociétal. » Sachant que le lithium n'est pas vraiment un métal rare. Il est en revanche stratégique pour la production de batteries pour les véhicules électriques.

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