La deeptech Classiq se rêve en Wordpress de l'informatique quantique

La start-up israélienne Classiq, qui suscite l'attention grandissante des investisseurs, a mis au point un logiciel qui facilite la conception des circuits quantiques. Elle prévoit d'ouvrir un bureau en Europe.

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L'interface du logiciel de Classiq s'apparente à un tableau de bord qui offre une vue d'ensemble au développeur, dont une visualisation graphique du circuit quantique.

L’état actuel de l’informatique quantique renvoie aux temps héroïques de l’informatique tout court : la conception d’un ordinateur quantique est l’affaire de physiciens et sa programmation réclame la plupart du temps un niveau d’expertise élevé. La start-up israélienne Classiq, créée en 2020 à Tel-Aviv, nourrit l’ambition de démocratiser le développement de ces programmes tirant profit des spécificités du calcul quantique.

Son logiciel, ainsi que le suggère le nom de la société, se veut l’équivalent des langages de haut niveau existant aujourd’hui en informatique dite classique. « Un programmeur utilise C++ ou Python, de la même manière qu’un développeur web emploie une plateforme comme Wordpress plutôt que du code brut HTML, explique Yuval Boger, directeur marketing de Classiq. Nous sommes en quelque sorte le Wordpress de l’informatique quantique.»

Cette méthode qui relève de l’automatisation devient indispensable quand le nombre de qubits grossit. « Ecrire du code manuellement avec un langage au niveau des portes quantiques est faisable quand il doit s’exécuter sur cinq qubits, enchaîne Yuval Boger. Mais ce n’est plus envisageable avec des centaines voire des milliers de qubits, un seuil à partir duquel se manifestent véritablement les bénéfices du calcul quantique. Notre logiciel facilite la création de tels programmes à l’attention d’autres experts travaillant dans la chimie, la finance, la logistique...»

Du modèle de haut niveau au circuit quantique

Le concept n'est pas sans rappeler le langage VHDL (VHSIC hardware description language), qui a grandement accéléré le design des circuits numériques à partir des années 1980. Dans le logiciel de Classiq, le développeur de l’algorithme, aidé par une interface graphique et synthétique, exprime les fonctions recherchées (telle opération mathématique réalisée sur tel registre, etc) et les contraintes imposées, comme le nombre de qubits, la vitesse, la précision, etc, de la même manière qu’il le ferait sur un compilateur classique. 

Ce modèle de haut niveau aboutit ensuite à un circuit quantique optimisé, après exploration de millions d’options. Pour la résolution de certains problèmes, le circuit obtenu serait trois fois plus court que les versions réalisées manuellement ou par d’autres outils logiciels. Il fonctionne sur la plupart des services cloud et simulateurs quantiques disponibles, selon Classiq, à l’exception de l’ordinateur de D-Wave, qui n’exploite pas des portes quantiques.

Classiq compte parmi ses clients NTT, pour l’évaluation de risques financiers, l'industrie de la Défense, pour l’analyse d’images radar, l'industrie automobile ou encore des universités. Malgré son jeune âge, la start-up a levé au total plus de 50 millions de dollars, un investissement auquel HSBC, Samsung et HPE ont contribué en février dernier. Ces fonds financent des recrutements - cinquante personnes composent l’effectif aujourd’hui - et l’ouverture prochaine d’un bureau en Europe. Le cœur de Classiq balance entre la France et l’Allemagne, où les écosystèmes du calcul quantique sont déjà vivaces. 

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