Pendant que l'Europe attend avec impatience la mise en service d'Ariane 6, la Chine avance à grands pas sur un projet d'une tout autre ampleur. Le deuxième module de sa station spatiale, baptisée Tiangong (« palais céleste »), a décollé de l'île tropicale de Hainan (sud) dimanche 24 juillet et a été envoyée dans l'espace par l'intermédiaire d'une fusée Longue Marche 5B. « Une opération délicate » mais couronnée de succès, selon l’agence spatiale chargée des vols habités (CMSA), qui précise que l'engin s'est comme prévu séparé du lanceur après huit minutes de vol.
Un amarrage complexe
Nommé Wentian («la quête des paradis»), le module pèse environ 20 tonnes et mesure 18 mètres de long pour 4,2 mètres de large. Il comprend notamment trois espaces de couchage, des toilettes, une cuisine, un laboratoire où seront menées diverses expériences scientifiques et un sas censé devenir le principal passage pour les sorties dans l'espace. En cas de défaillance, il servira par ailleurs de plateforme de secours pour contrôler la station.
Wentian s'est amarré le lendemain à Tianhe, le premier élément placé en orbite en avril 2021. Les trois taïkonautes qui s'y trouvent depuis octobre dernier ont dû effectuer plusieurs manoeuvres de haute précision à l'aide d'un bras robotisé afin d'assembler les deux compartiments. Une opération qu'ils renouvèleront d'ailleurs en octobre prochain lors de l'arrivée du troisième et dernier module de la CSS (Chine Space Station), Mengtian.
Un nouvelle puissance mondiale
La station spatiale chinoise, censée durer 10 à 15 ans et accueillir jusqu'à six taïkonautes, ne sera pas aussi spacieuse que la Station spatiale internationale (ISS) mais pourrait néanmoins rapidement lui faire de l'ombre. La retraite de l'ISS étant prévue pour 2024, ou 2028 au plus tard, la Chine pourrait en effet devenir la seule nation à disposer d’une telle infrastructure de recherche en orbite terrestre. Un comble, quand on sait qu'elle s'est précisément lancée dans ce chantier colossal parce que les Etats-Unis lui ont interdit de participer à l'ISS.
Presque 20 ans après avoir propulsé leur premier taïkonaute dans l'espace, les Chinois deviennent peu à peu de sérieux concurrents pour les Américains, les Russes et les Européens. En investissant chaque année plusieurs milliards de dollars dans leur programme spatial, ils sont parvenus à accomplir des exploits majeurs, de manière complètement autonome. Après avoir fait atterrir un rover sur Mars en 2021, ils travaillent aujourd'hui également sur leur propre dispositif de géolocalisation par satellite, prévoient d'envoyer des hommes sur la Lune à l'horizon 2030 et envisagent même d'y construire une base permanente, en collaboration avec la Russie. Un projet qui pourrait cependant être retardé en raison des conséquences de la guerre en Ukraine.



