Après Mars et la Lune, c’est l’observation de la Terre qui remplit les carnets de commande d’Airbus et Thales Alenia Space. Vendredi 13 novembre, les deux industriels européens ont décroché une série de contrats pour trois nouvelles missions en orbite terrestre. Les deux entreprises vont diriger la construction de plusieurs satellites qui viendront compléter le programme européen Copernicus.
CHIME, CIMR, LSTM… Ces mystérieux acronymes correspondent aux trois missions lancées par l’Agence spatiale européenne (ESA). Depuis l’espace, les nouveaux satellites observeront des phénomènes bien concrets : exploitations agricoles, fonte des glaces, épisodes de sécheresse… Sept satellites Sentinel développés par l’Europe produisent déjà des masses de données sur l’environnement. Ces informations deviennent de plus en plus précieuses pour modéliser les effets du réchauffement climatique et pour mieux gérer les catastrophes naturelles.
Des programmes à 1,3 milliard d’euros
D’un point de vue plus terre à terre, ces contrats peuvent soulager des entreprises qui doivent faire face à la crise du transport aérien. La première tranche des travaux va rapporter 278 millions d’euros aux industriels mais le coût total des trois chantiers doit s'élever à 1,3 milliard d’euros. “Le programme Copernicus est extrêmement important pour le tissu industriel spatial de l’Europe. Il est essentiel que ces contrats soient entrés en commande en 2020 parce que nous passons une période difficile”, souligne Yvan Baillion, directeur des offres et affaires futures observation et sciences chez Thales Alenia Space.

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“L’institutionnel civil représente typiquement trois quarts de la charge des industries comme les nôtres mais j’observe un décalage significatif du marché export. Tout est à l’arrêt. [...] Le commerce institutionnel avec l’ESA ne comble pas tous ces retards”, relativise Philippe Pham, directeur observation de la Terre, sciences et navigation chez Airbus.
Quels objectifs pour CIMR, CHIME et LSTM ?
Le groupe franco-italien Thales Alenia Space a été désigné maître d’oeuvre industriel pour deux missions : CIMR (Copernicus Imaging Microwavve Radiometer) et CHIME (Copernicus Hyperspectral Imaging Mission for the Environment). Le système CIMR comportera jusqu’à trois satellites et se concentrera sur les régions polaires. Vulnérables au réchauffement planétaire, ces zones représentent des indicateurs importants sur l’évolution du climat. CIMR pourra ainsi mesurer la température de la surface de la mer, la concentration de glace, la salinité de la surface de la mer ou encore la dérive de la banquise.
Les deux satellites de la mission CHIME se pencheront quant à eux sur la cartographie des sols. Thales Alenia Space liste de nombreux services liés à ces observations : sécurité alimentaire, gestion de l’agriculture, de la sylviculture et de la biodiversité, suivi des pratiques minières durables…
De son côté, Airbus va prendre la tête du consortium industriel derrière la mission LSTM (Land Surface Temperature Monitoring). L’instrument de cette mission pourra balayer l’ensemble de la Terre tous les trois jours. Il pourra mesurer la température à la surface du sol avec une précision de 0,3°C et avec une résolution de 50 mètres. “Cela représente environ 400 fois plus de détails que ce qui est actuellement acquis depuis l'espace”, affirme Airbus. “Les spécialistes pourront ainsi calculer en temps réel la quantité d'eau nécessaire à différentes plantes dans différentes régions, et leur fréquence d'irrigation optimale”, précise le groupe européen. Ces observations permettront aussi d’anticiper les épisodes de sécheresses, la dégradation des terres, les incendies ou l’activité volcanique.
Livraison des satellites en 2028
Ces différents chantiers vont mobiliser de nombreux sites à travers l’Europe. En France, l’instrument optique ultra-moderne du LSTM sera développé et construit chez Airbus à Toulouse (Haute-Garonne). La construction du satellite se déroulera en revanche à Madrid (Espagne). Thales Alenia Space mobilise quant à lui ses sites en Belgique, en Suisse, en Espagne, en Italie… La livraison des appareils est programmée pour 2028. Ensuite, ils devraient s’envoler grâce à Arianespace à bord de fusées Vega.
L’Europe prévoit de déployer bien d’autres instruments d’ici là pour améliorer ses connaissances sur la Terre. Le satellite Sentinel-6 doit être lancé samedi 21 novembre pour compléter Copernicus. À l’horizon 2030, le programme devrait compter une trentaine de satellites en orbite contre sept aujourd’hui.



