Le bilan 2019 de l’activité spatiale en termes de lancement de fusées est implacable pour l’Europe : elle se fait largement distancée par les autres grandes puissances spatiales. Les 9 lancements réalisés par Arianespace depuis le Centre spatial guyanais font pâle figure devant les 34 tirs de la Chine, 27 pour les États-Unis et 22 pour la Russie. Et les écarts pourraient se creuser dans les années qui viennent.
La Chine et les États-Unis accélèrent la cadence
La Chine devrait encore accélérer ses cadences de lancement à travers un programme spatial national ambitieux. Le pays veut mener des missions d’exploration (Lune, Mars…) et finir la construction de sa constellation Beidu, concurrente du GPS américain et du Galileo européen, sans freiner ses lancements de satellites militaires.
Aux États-Unis, l’activité devrait être boostée dans les années qui viennent avec le retour des vols habités vers la Station spatiale internationale (ISS) depuis le sol américain et le programme de retour sur la Lune.

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Et pour l’Europe ? En 2020, Arianespace ambitionne de réaliser jusqu’à 12 lancements depuis la Guyane. Des perspectives certes à la hausse mais nettement éloignées des niveaux de la concurrence internationale.
Le nombre de lancements, un critère pertinent ?
Ce décrochage traduit-il une perte de vitesse pour l’industrie spatiale européenne dans un contexte d’hyper-concurrence ? Les fusées Ariane et Vega seraient-elles dépassées par les fusées chinoises Longue Marche et Falcon 9 de SpaceX ? Pas si sûr.
Tout d’abord, l’Europe atteint son objectif essentiel en garantissant et en renforçant même son autonomie d’accès à l’espace. Elle est capable de lancer ses satellites pour des missions militaires, scientifiques, commerciales à partir de ses propres lanceurs… Mais elle fait encore bien plus.
"Je ne suis pas inquiet sur la base de critères comme le nombre de lancements, a souligné Jean-Yves Le Gall, président du CNES, à l’occasion de la présentation de ses vœux à Paris le 7 janvier. Aujourd’hui, je suis convaincu que derrière l’hyperpuissance spatiale américaine, l’Europe est en numéro 2. Si on n’était pas aussi performants, les autres pays ne viendraient pas coopérer avec nous. La meilleure démonstration est d’être jugé par ses pairs" Dernier exemple de ces coopérations : une mission associant l’Agence spatiale européenne (ESA) et la NASA pour ramener des échantillons martiens.
Deux explications derrière le décrochage
Selon le dirigeant, le programme spatial européen n’a pas à rougir de ses résultats. Il se distinguerait aussi par sa diversité avec une présence sur tous les segments (observation de la Terre, sciences, exploration spatiale, défense, télécommunications…), son efficacité en produisant des technologies aux meilleurs standards mondiaux à moindre coût, ainsi que par sa capacité à faire travailler une vingtaine de pays ensemble.
D’autre part, ce décrochage dans le nombre des lancements effectués résulte de la structure même du marché spatial, marqué par une double spécificité. Malgré l’arrivée de nouveaux acteurs privés comme SpaceX, le secteur reste en très grande partie financé par les États. Et là, l’Europe ne fait pas le poids en termes de budget.
Malgré les contributions en augmentation exceptionnelle de l’ESA et de la Commission européenne, le budget spatial européen reste pratiquement 10 fois moindre que le budget de la NASA qui s’est engagée à investir près de 60 milliards de dollars par an. "Les grandes puissances spatiales passent la surmultipliée dans les investissements. Il est clé que l’Europe suive", a alerté Stéphane Israël, président exécutif d’Arianespace le 7 janvier.
Et les grandes puissances étrangères favorisent leurs lanceurs domestiques. La Chine en est le meilleur exemple : elle a confié la totalité de ses 34 lancements réalisés en 2019 à des fusées chinoises sans mise en concurrence vers des opérateurs étrangers. À l’inverse, face à la faiblesse de son marché domestique, Arianespace doit chercher ses clients sur le marché en concurrence. Sur les 9 lancements réalisés l’an dernier, 7 sont issus du marché commercial. "Nous avons effectué ces lancements pour des clients à travers le monde entier, en Europe, en Asie, en Amérique, au Moyen-Orient", tient à rappeler Stéphane Israël.
Investir dans les constellations, l'exploration spatiale et le vol habité
La compétitivité des fusées européenne n’est donc pas en cause, au contraire même. Sur le marché ouvert à la concurrence des satellites de télécommunications en orbite géostationnaire, Arianespace a encore tiré son épingle du jeu en 2019, et revendique avoir mis 8 satellites en orbite, contre 6 pour l’ensemble de ses concurrents.
Mais pour combien de temps, Arianespace sera-t-elle capable de rester compétitive sur le marché commercial, alors que ses concurrents bénéficient de cadences de tir sensiblement plus fortes sur des marchés protégés ? Pour réduire le gap d’activité avec ses concurrents américains et chinois aujourd'hui et peut-être demain, l’opérateur des lanceurs européens appelle l’Europe à investir plus dans des domaines prometteurs comme l’exploration spatiale, les constellations voire également les vols habités. La future fusée européenne Ariane 6 pourrait faire valoir ses capacités à transporter des charges lourdes et mettre des satellites sur toutes les orbites.



