Chronique

[L'aéro-post] Relocaliser la production aéronautique, c’est – en partie – possible !

La chronique d'Olivier James, grand reporter aéro-défense de L'Usine Nouvelle.

Réservé aux abonnés
Visite des chantiers Airbus de Saint-Nazaire
La production aéronautique pourrait-elle être relocalisée en France? C'est en partie possible, et c'est surtout nécessaire: le secteur ne doit pas emprunter le chemin pris par l'automobile. (photo Vincent Bauza)

Après le transport aérien, la pandémie mondiale du Covid-19 va-t-elle remettre en question la logistique industrielle du secteur aéronautique ? Depuis plus d’une dizaine d’années, pour répondre aux appels d’offres des donneurs d’ordre, les fournisseurs ont investi dans des chaînes de production au Maghreb, au Mexique et en Europe de l’Est. Des pays à faible coûts de main d’œuvre devenus incontournables pour espérer rester dans la course. Si l’assemblage final des avions reste centralisé, la production des pièces met en jeu un puzzle logistique complexe faisant intervenir des dizaines et des dizaines de pays.

La crise multi factorielles profonde que traverse le secteur pourrait changer la donne, entre le risque de rupture d’approvisionnement avec des sources trop lointaines, les effets collatéraux du Brexit et la fragilisation excessive de certains sous-traitants en raison d’une impitoyable guerre des prix. Surtout, l’enjeu environnemental pourrait lui aussi s’inviter dans ce débat. Peut-on vraiment parler d’avion « zéro émission » si les pièces qui le composent proviennent des quatre coins du monde ?

« Je peux vous dire que plusieurs entreprises régionales, dont certaines de l’aéronautique, vont rapatrier certaines productions, assure à L’Usine Nouvelle Alain Di Crescenzo, le président de la Chambre de commerce et d’Industrie de l’Occitanie. Avec les aides accordées aux entreprises, c’est bien ce que l’on vise ! » Parmi les 108 nouveaux projets retenus dans le cadre du fonds de modernisation du secteur aéronautique, dévoilés le 15 février, une vingtaine concerne des investissements favorisant la relocalisation. La nouvelle charte signée l’an dernier par les grands donneurs d’’ordre, régissant les relations entre les clients et leurs fournisseurs, évoque également la nécessité de contribuer à la compétitivité de la filière française via « d’éventuelles relocalisations pertinentes de production ».

Il ne faut pas pour autant s’attendre à une lame de fond. Entre les coûts cachés de la logistique, l’absence de certaines compétences sur le territoire national et les partenariats industriels internationaux, les mouvements de relocalisation passeront par une somme de compromis. Chaque initiative allant dans ce sens permettra, toutefois, au secteur aéronautique de ne pas suivre le terrain glissant emprunté par l’automobile, dont la production en France a été divisée par deux en vingt ans à peine. Il est à espérer que donneurs d’ordre et fournisseurs accordent leurs violons pour maintenir à flot l’une des dernières filières industrielles françaises d’excellence.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.