Chronique

[L’aéro-post] Quand parler de diversification était «mal venu»

La chronique d'Olivier James, grand reporter aéro-défense de L'Usine Nouvelle.

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Fabrication d'avions d'affaires chez Daher Socata, à Tarbes
Daher fait partie des rares acteurs de l'aéronautique à être vraiment diversifié. Pour les autres, il y a urgence...

Le mot d’ordre est désormais sur toutes les lèvres : « diversifiez-vous ! » Responsables de la filière et dirigeants politiques répètent cette injonction depuis plusieurs mois : face à la crise durable du secteur aéronautique, les fournisseurs doivent trouver de nouvelles terres où s’arrimer. Si le trafic aérien pourrait retrouver le niveau d’avant la crise entre 2023 et 2024, la production d’avions devrait mettre dix ans à remonter vraiment la pente, voire bien davantage pour les long-courriers. Or, les cas d’entreprises vraiment diversifiées, telles que Daher et Lisi, restent rares.

Le secteur aéronautique aurait-il pêché par excès de confiance, oubliant que les crises ont à plusieurs reprises jalonné son histoire ? Une confidence de Yann Barbaux, le président du pôle Aerospace Valley, interroge. "Depuis des années, le pôle promouvait la diversification dans la mesure où la monoculture est toujours risquée. Mais il n'était pas pertinent d’en parler avant mars 2020, le principal enjeu étant alors de respecter les hausses de cadences de production pour atteindre le plafond symbolique des 1000 avions fabriqués en un an. Parler de diversification était mal venu."

Mal venu pour certains donneurs d’ordre et équipementiers, préférant compter sur des sous-traitants ultra spécialisés et donc plus compétitifs sur leurs produits. Mal venu pour ces mêmes petits fournisseurs, censés investir pour tenir le rythme et par trop occupés à gérer la pénurie de profils. Aujourd’hui, le réveil est brutal. Les pouvoirs publics espèrent que le fonds de modernisation du secteur lancé l’an dernier permettra d’impulser des dizaines de projets de diversification au sein de la filière.

Si la défense, le spatial et le ferroviaire ont longtemps été considérés comme des terres d’accueil naturelles, les acteurs de l’aéronautique ne doivent plus hésiter à lever le nez. Ils peuvent faire valoir leurs compétences dans le naval, l’éolien, le photovoltaïque, le médical, le machinisme agricole et même l’économique numérique. Il n’y a qu’à voir l’exemple de la PME toulousaine ST Composites, sans crainte du grand écart : elle livre des pièces pour l’A400M et le Rafale et lorgne désormais le secteur du luxe… La filière aéronautique résistera d’autant mieux à la crise qu’elle saura s’ouvrir à d’autres horizons.

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