[L’aéro-post] Pour se réinventer, la filière aéro devra mieux communiquer sur ses innovations vertes

Malgré leur impact environnemental, les Français sont loin de rejeter les voyages en avion, relève une étude de la Montpellier Business School. Reste que les innovations en matière de décarbonation, mal connues, devraient faire l’objet d’un effort pédagogique accru de la part des industriels. L’aéro-post, la chronique aéro-spatial de L'Usine Nouvelle.

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L'avion décarboné se profile. Mais à quoi ressemble-t-il ? De nombreux passagers l'ignorent.

Loin de rebuter, l’avion a toujours les faveurs des voyageurs. C’est l’un des faits saillants d’une étude publiée début mai par la chaire Pégase de la Montpellier Business School, réalisée auprès de 1 000 personnes. Seuls 12% des sondés disent avoir honte de prendre l’avion. Bonne nouvelle pour les acteurs du transport aérien : si la volonté de moins voler est réelle, le fameux flygskam n’est pas près de faire tanguer le secteur. Pour autant, les innovations liées à la décarbonation sont méconnues, 35% seulement des personnes interrogées affirmant en avoir entendu parler…

L’avion à hydrogène d’Airbus se révèle la solution la plus connue, mais pourtant la plus lointaine. Quant au prometteur open rotor, le moteur à hélices contrarotatives que concoctent Safran et General Electric, il soulève peu d’enthousiasme. Tout comme les nouveaux types de carburants. En clair, pour le commun des mortels, l’avion vert reste un OVNI. « Ces trois dernières années, les acteurs de l’aérien ont pris conscience de la nécessité de communiquer au niveau du grand public », assure Paul Chiambaretto, professeur à Montpellier Business School et directeur de la chaire Pégase. Mais pour l’expert, leurs actions atteignent surtout les connaisseurs du secteur, faisant le choix de s'exprimer dans la presse écrite.

Investir les réseaux sociaux

En matière de pédagogie destinée au grand public, la filière aéronautique revient de loin. « Jusqu’au réveil brutal provoqué par Greta Thunberg, les industriels de l’aéronautique avaient l’habitude de ne communiquer qu’auprès de leurs clients », rappelle Jacques Rocca, correspondant à l’Académie de l’air et de l’espace et ex-communicant chez Airbus. Peu à peu, sur fond de Covid-19, les industriels ont infléchi leur discours et ont commencé à parler décarbonation, d’autant plus qu’ils devaient montrer leurs efforts en la matière pour décrocher un plan de soutien étatique dégainé en pleine pandémie.

Airbus s’est distingué en choisissant d’annoncer son projet d’avion à hydrogène au Parisien en 2020. Une solution de rupture dévoilée via un média grand public : la mayonnaise a pris. Le groupe a également fait intervenir Guillaume Faury, son patron, dans l’émission Quotidien de Yann Barthès en 2021. Si Air France et le groupe ADP, en contact direct avec les passagers, font aussi preuve d’initiatives, quid du reste de la filière ? « Elle peine à parler d’une seule voix en raison de la coexistence de plusieurs gros acteurs qui peuvent avoir du mal à travailler ensemble pour communiquer », regrette Paul Chiambaretto.

Pour autant, l’industrie aéronautique aurait tout intérêt à investir plus largement de nouveaux canaux, tels que les réseaux sociaux utilisés par les jeunes, à dépoussiérer la manière dont elle se présente. Au-delà des enjeux technologiques à faire comprendre, la filière doit rassurer sur les innovations à venir et peine plus que jamais à recruter. Elle aurait grand besoin de se donner à voir autrement pour séduire les compagnons, techniciens, ingénieurs mais aussi les passagers. Le salon aéronautique du Bourget, organisé en juin prochain, pourrait en être l’occasion.

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