Opération de taille dans la filière aéronautique tricolore. Après huit mois de discussions, Mecachrome et WeAre ont confirmé lundi 29 août leur rapprochement définitif, représentant une étape décisive dans la consolidation du secteur aéronautique. Le nouvel ensemble, qui conserve le nom de Mecachrome, assure devenir l’un des cinq plus grands fabricants de pièces pour l’aéronautique en Europe. « Nous tablons sur un chiffre d’affaires qui passera de 450 millions d’euros en 2022 à 750 millions d’euros d’ici à 2025 », prévoit Christian Cornille, qui garde les commandes de Mecachrome en devenant président exécutif du nouveau groupe. Quant aux effectifs, ils devraient passer de 3700 à 6000 salariés à cet horizon.
Ce nouveau champion, qui compte embaucher entre 200 et 300 personnes dès 2022, est le résultat de l’alliance entre une entreprise de plus de 80 ans, Mecachrome, et l'une fondée en 2016, WeAre. Spécialiste de l’usinage et des ensembles de haute précision basé à Blagnac (Haute-Garonne), la première fournit les géants de l’aéronautique (Airbus, Bombardier, Dassault, Safran, Stelia…), mais aussi des acteurs de l’automobile, de l’énergie et de la défense. Quant à la seconde, issue de plusieurs rapprochements de PME familiales menés au cours des années 2010 et basée à Montauban (Tarn-et-Garonne), elle est positionnée dans la mécanique de précision de petites pièces. A eux deux, ces groupes sont présents dans cinq pays (France, Canada, Maroc, Tunisie et Portugal) via plus de 20 sites de production.
Mettre en oeuvre les "Focus Factories"
Comment le nouveau champion compte-t-il mener à bien ses ambitions de croissance ? « Il y a au cœur de cette opération une complémentarité en termes de produits mais aussi de dirigeants », tient à souligner Marwan Lahoud, le président exécutif de Tikehau Ace Capital, chef d’orchestre - avec Bpifrance - de cette opération, étant actionnaire majoritaire de Mecachrome (64%) et minoritaire de WeAre (moins de 20%). L'acteur financier en charge de piloter le fonds d’investissement de 750 millions d’euros lancé par l’Etat en 2020 pour consolider le secteur, attend beaucoup du nouveau tandem : Christian Cornille est un ancien d’Airbus qui a contribué au programme de réorganisation Power 8 en 2007 puis a été directeur des opérations d’Airbus Helicopters, et Pascal Farella, l’ex patron de WeAre, dorénavant directeur général délégué du nouveau groupe.
« Ce rapprochement s’explique d’abord par une vision industrielle partagée, résume Christian Cornille. Aujourd’hui, l’une des clés de la compétitivité et de la performance industrielle, c’est la massification des flux ». D’où le concept de « Focus Factories » que promeuvent les dirigeants de Mecachrome auprès de clients : des usines ultra automatisées et dédiées à la production d’une typologie de pièces pour un client donné, à l’image du site de Sablé-sur-Sarthe (Sarthe). « Cela nécessite l’aval des clients avant de les mettre en œuvre, souligne le dirigeant, mentionnant en particulier des discussions avec Airbus. En fonction du résultat de certains appels d’offre, on pourrait voir apparaître ce type d’usine sur notre territoire dans les prochaines années ».

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Le concept est cher à Christian Cornille qui le promeut depuis plusieurs années déjà. L'idée de départ : proposer aux clients plus qu'une simple prestation de production de pièces. Ce qui suppose la mise en œuvre d'un système industriel complet, de la découpe de la matière première au traitement de surface, via un très haut niveau d'automatisation. De quoi réduire les circuits logistiques, assurer un niveau de qualité stable, tirer vers le bas les dépenses énergétiques et fournir en un temps record de forts volumes de production. Une réinvention de la relation client/fournisseur - applicable au sein de sites existants - déjà pratiquée dans l'automobile et qui pourrait éclore dans l'aéronautique.
Peu de rationalisation en vue
Mecachrome cherche in fine à grossir pour répondre à des appels d’offre toujours plus imposants dans le secteur aéronautique et à la forte hausse des cadences impulsés par Airbus pour son A320. La nécessité de rationaliser l’outil industriel du nouvel ensemble devrait être par ailleurs très faible. Durement touchés en raison de la crise provoquée par la pandémie de Covid-19, Mecachrome et WeAre ont réduit leurs effectifs, fermé des usines et spécialisé leurs sites de production. «Il y a très peu de redondances entre les sites aujourd'hui», insiste Christian Cornille. Pour croître, les dirigeants misent aussi sur une recherche de diversification, lorgnant en particulier l’automobile haut de gamme et le nucléaire.
L'opération menée avec WeAre s'inscrit dans la volonté affichée de Mecachrome de tenir un rôle de consolidateur au sein de la filière aéronautique. En juillet 2021, l'entreprise avait mis la main sur le sous-traitant Hitim, une PME de 130 personnes spécialisé dans les trains d'atterrissage avec des sites installés à Roanne (Loire) et Annecy (Haute-Savoie). D'autres acquisitions sont-elles bientôt à prévoir ? « Le groupe va devoir se concentrer à concrétiser les synergies », glisse Marwan Lahoud. Chez Tikehau Ace Capital, les regards se tournent désormais vers Figeac Aero, qui pourrait à son tour être renforcé par une opération de consolidation.



