C’est suffisamment rare pour être mentionné : la Cour des comptes a décerné un satisfecit au ministère des Armées pour sa gestion des crédits militaires sur les trois dernières années. « Le bilan d’étape de la loi de programmation militaire (LPM) est positif. La LPM a su éviter beaucoup de travers autrefois dénoncés par la Cour », a indiqué son président Pierre Moscovici, à l’occasion de la présentation du rapport « La loi de programmation militaire 2019-2025 et les capacités militaires des armées », le 11 mai. Prévue le 3 mars, sa publication avait été décalée du fait de la guerre en Ukraine.
Les Sages de la rue Cambon à Paris soulignent le caractère historique de cette LPM. Elle va accorder des moyens significatifs aux armées, avec la création de 6 000 emplois sur la période 2019-2025, et un budget de 50 milliards d’euros en 2025, contre 35,9 milliards en 2019. « La LPM 2019-2025 a rompu avec un quart de siècle de réduction du format des armées (…) Depuis la fin de la guerre froide, d’importantes économies budgétaires ont entraîné la baisse des équipements et des effectifs. La guerre n’était plus un sujet sur le continent européen », a rappelé Pierre Moscovici.
Il s’est également exprimé en faveur de la poursuite de cet effort budgétaire, jugé nécessaire « pour régénérer les armées et combler certaines lacunes capacitaires ». Au total, cette LPM met fin à la baisse des moyens alloués aux armées. Entre 2008 et 2019, le ministère des Armées a perdu plus de 63 000 emplois, soit 20% de ses effectifs. Entre 2003 et 2020, le nombre de chars Leclerc est passé de 406 à 222 unités, et les avions de combat de 393 à 261 appareils.
La France se prépare aux conflits de haute intensité
La France n’est évidemment pas la seule nation européenne à vouloir se réarmer. L’invasion de l’Ukraine par les forces russes a été un déclic pour nombre de pays européens, et en particulier l’Allemagne, qui a annoncé en février dernier un investissement exceptionnel de 100 milliards d’euros pour moderniser son armée.

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Le renforcement des armées françaises paraît d’autant plus nécessaire qu’elles seraient incapables d’endurer un conflit majeur, comme celui que subit l’Ukraine face à la Russie, du fait du manque d’avions de combat, de chars, de frégates, de munitions…. C’est l’une des conclusions des travaux « Préparation à la haute intensité » réalisés par les députés de la Commission de défense nationale et rendus publics en février. « Les armées ne sont encore en mesure de mener une opération conventionnelle de coercition majeure aux côtés de leurs alliés », note Pierre Moscovici. Par ailleurs, les menaces déjà identifiées par le ministre des Armées restent toujours d’actualité : le terrorisme djihadiste, la prolifération des armes de destruction massive, le recours décomplexé à la force par les grandes puissances russe et chinoise…
S’ils soutiennent la volonté du gouvernement de renforcer les budgets militaires, les Sages de la rue Cambon n’oublient pas de pointer du doigt certains dysfonctionnements et objectifs non tenus. Parmi ces limites, figurent le manque d’entraînement des soldats, du fait notamment du haut niveau d’engagement des armées (opérations extérieures au Sahel et au Levant, mission Sentinelle…), la disponibilité insuffisante du matériel militaire pour des raisons de maintenance, et l’impact budgétaire et opérationnel de la vente de Rafale d’occasion pris sur la flotte de l’armée de l’Air. « En raison de l’écart de prix entre les appareils neufs et ceux qui sont vendus d’occasion, le remplacement des avions prélevés crée un besoin de ressources budgétaires non programmées pour garantir que, conformément à la LPM, l’armée de l’Air dispose de 129 Rafale en 2025 », met en garde le rapport.
Investir dans la défense tout en tenant le déficit
Soucieuse du bon usage des deniers publics, l’Institution invite le ministère des Armées « à identifier et à mobiliser des marges de manœuvres budgétaires ». Elle l’incite notamment à tirer profit des collaborations européennes afin de partager les coûts de développement des systèmes d’armes. La réalité montre que cela n’est pas facile. En témoignent les difficultés autour du programme de système de combat aérien du futur (Scaf) financé par l’Allemagne, l’Espagne et la France. Le programme se trouve dans une situation de blocage car les deux principaux maîtres d’œuvre industriels, Airbus Defence and Space et Dassault Aviation, peinent à trouver un compromis sur le partage des tâches.
En soutenant la volonté du gouvernement d’accroître l’effort budgétaire au profit des armées, la Cour des comptes n’oublie pas pourtant de rappeler les obligations de réduction du déficit public à moins de 3% du PIB, dans un contexte de dégradation des finances publiques. « Le contexte exigera de la part des pouvoirs publics des arbitrages importants. Des finances publiques tendues d’un côté, des investissements nombreux et massifs à financer de l’autre côté, dont les investissement dans la défense. L’équation est compliquée », avertit Pierre Moscovici.



