En voulant fusionner, Eutelsat et OneWeb défient la constellation Starlink d’Elon Musk dans la course à l’Internet spatial

L’opérateur européen de satellites Eutelsat confirme avoir entamé des négociations de rapprochement avec OneWeb afin d’accélérer sur le marché de la connectivité par satellite. Grâce à la complémentarité de leurs flottes de satellites, ils se positionnent en concurrent sérieux des constellations Starlink d’Elon Musk et celle à venir Kuiper d’Amazon.

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OneWeb satellite
Oneweb a déjà mis sur orbite 428 satellites. La société espère finir le déploiement total de sa constellation, sur 648 satellites au total, d’ici 2023.

Les grandes manœuvres entre acteurs du spatial reprennent. Suite à des rumeurs de marché, l’opérateur spatial Eutelsat a confirmé ce 25 juillet son intention de se rapprocher de l’opérateur OneWeb via un échange d’actions. «Selon les termes de la transaction envisagée, les actionnaires d'Eutelsat et de OneWeb détiendraient chacun 50% des actions du groupe combiné», précise le communiqué diffusé le 25 juillet par Eutelsat. 

Contacté par L’Usine Nouvelle, l’opérateur n’a pas donné d’informations supplémentaires sur la valorisation de ces échanges d’actions ni la date à laquelle l’opération pourrait être conclue. Elle ferait toutefois d’Eutelsat l’actionnaire le plus important de la nouvelle entité, devant le gouvernement britannique et l’industriel indien des télécoms, le groupe Bharti Global. 

Un tel mariage serait inédit. Entre Eutelsat, un opérateur spatial établi, né à la fin des années 70, dont le business model d’origine s’appuie sur la fourniture des services de télévision (7000 chaines diffusée, 274 millions de foyers clients) à partir d’une flotte de satellites situés en orbite géostationnaire (36000 km d’altitude, ndlr) et Oneweb, un opérateur spatial de la génération du Newspace centré sur la fourniture de service Internet grâce à une constellation de mini-satellites positionnés en orbite basse (1200 km, ndlr). A l’occasion du récent salon aéronautique de Farnborough au Royaume-Uni, OneWeb avait souligné avoir déjà mis sur orbite 428 satellites. La société espère finir le déploiement total de sa constellation, sur 648 satellites au total, d’ici 2023.

Un marché à 16 milliards d'euros

Si l’opération se faisait, elle donnerait naissance au premier opérateur spatial dit « multi-orbites », capable d’apporter une grande variété des services de connexion Internet. «L’entité combinée (…) serait singulièrement positionnée pour adresser le marché de la connectivité en plein essor, estimé à 16 milliards de dollars à horizon 2030 », indique encore le communiqué d’Eutelsat.

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Cette opération n’a rien d’une surprise. Dans le passé récent, Eutelsat a eu l’occasion à plusieurs reprises de montré son intérêt pour OneWeb. En avril 2021, il avait acquis 24% de la société grâce à un investissement de 550 millions de dollars. Quelques mois plus tard, en octobre, il investissait à nouveau 165 millions de dollars pour ne pas se faire diluer et maintenir sa participation à hauteur de 23%. Sur le plan commercial, les deux sociétés avaient même conclu en mars dernier un partenariat permettant à Eutelsat de revendre les services de son partenaire.

Cette accélération stratégique de la part d’Eutesat intervient alors que la bataille fait rage entre les différents projets de constellation de mini satellites en orbite basse : Starlink, la constellation d’Elon Musk ; Kuiper, celle financée par Amazon et OneWeb. Tous se positionnent afin de capter les premières places du nouveau marché des services Internet par satellite. Ces services visent à la fois les clients (particuliers, entreprises, institutions, états…)  des zones blanches, celles où il n’est pas rentable de déployer des réseaux de télécommunications terrestres, mais également ceux des zones habitées en servant de redondance en cas de panne ou d’attaques sur les réseaux fixes.

Une forte concurrence

Sans conteste, le projet Starlink d’Elon Musk est le plus avancé. Disposant de ses propres fusées, la compagnie d’Elon Musk, SpaceX envoie ses satellites par grappe d’une cinquantaine. Plus de 2500 satellites seraient déjà en orbite. Le service Starlink est déjà ouvert dans différents pays du globe, et notamment en Ukraine. Pour aider l’armée ukrainienne face à la Russie, les Etats-Unis ont ainsi promis de fournir des milliers de stations de réception pour permettre aux Ukrainiens de pouvoir continuer à communiquer malgré la destruction des réseaux télécoms terrestres.

Longtemps dans les cartons, le projet Kuiper porté par le fondateur d’Amazon Jeff Bezos, a franchi une étape décisive  en avril dernier en signant des contrats…pour réserver 83 lanceurs pour mettre sur orbite plus de 3236 satellites. Parmi ces lanceurs, 18 Ariane 6.

Pour sa part, OneWeb espère être pleinement opérationnel en 2023 avec déjà près de 70% de sa flotte déployée. La société a été une victime collatérale de la guerre en Ukraine après que la Russie ait interdit l’usage de sa fusée Soyouz, qui assurait les lancements pour OneWeb. En mars dernier, la société a toutefois trouvé un accord…avec SpaceX pour continuer à déployer ses satellites, avec un premier lancement prévu cette année.

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