En pleine guerre en Ukraine, MBDA vante la coopération européenne… Et le rôle qu’il y joue

Grâce aux contrats de missiles liés à la vente de Rafale à l’export, MBDA affiche des prises de commandes record de 9 milliards d’euros en 2022. Le groupe revendique son rôle central dans les programmes de missiles menés en coopération par les pays européens.

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Missile Aster
En 2022, l'Italie et la France ont signé au profit de MBDA et de son partenaire Thales, un nouveau contrat de production de 700 missiles Aster pour équiper leurs armées respectives.

Le paradoxe MBDA et la guerre en Ukraine. Le conflit n’a pas eu d’impact sur la performance financière du fabricant de missiles européen pour l’exercice 2022, mais va contribuer à le transformer en profondeur. «En 2022, il n’y pas d’impact de la guerre en Ukraine dans nos résultats. Toutefois, cette situation génère de nombreux défis», souligne Eric Béranger, son PDG.

Le groupe a annoncé des prises de commandes record de 9 milliards d’euros en 2022, dont près de la moitié ont été décrochées à l’exportation. De quoi porter son carnet de commandes à un niveau historique de 22,3 milliards d'euros. Pour atteindre cette performance, la filiale détenue par Airbus (à 37,5%), par BAE Systems (à 37,5%) et par Leonardo (à 25%), a bénéficié avant tout des ventes à l’export du Rafale (notamment le contrat avec les Emirats arabes unis)… qui s’accompagnent de contrats de missiles. Ce carnet de commandes assure une charge industrielle à ses usines et ses bureaux d'études implantés en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni. Le groupe envisage de recruter plus de 2 000 collaborateurs en 2023.

Montée en cadence sur la production de missiles

Après un an de conflit, le patron de MBDA tire déjà des premiers enseignements de la guerre en Ukraine. Il identifie la montée en puissance de nouvelles menaces: missiles hypersoniques, drones, munitions rôdeuses... Cela rend, selon lui, nécessaire d’améliorer les systèmes de défense anti-aérienne. Par ailleurs, faut-il privilégier la sophistication des armes ou leur nombre? Pour Eric Béranger, la question est tranchée. «Ce conflit montre qu’il n’y a pas à choisir entre la technologie ou la masse. Malheureusement, il faut les deux. La technologie et la masse!» Il faut aussi produire plus et plus vite alors même que ses sous-traitants doivent faire face à des pénuries de composants électroniques.

La production des missiles de défense sol-air Mistral va ainsi doubler. Sous la pression du ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, l’industriel s’est engagé à porter sa cadence de production à 40 missiles par mois en 2024 contre 20 unités par mois en 2022. Concernant ses missiles de moyenne portée Aster, il faudra ramener leur délai de fabrication de 40 mois actuellement, à 18 mois à terme.

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Selon son PDG, le modèle de coopération européenne sur lequel est fondé MBDA depuis plus de 20 ans, est plus pertinent de jamais. «La coopération apporte la masse critique, indique Eric Béranger. C’est parce que MBDA existe, que les nations européennes ont accès à toute la gamme des systèmes d’armes complexes. Que ce soit dans le domaine spatial, du combat aérien ou naval, de la défense aérienne et même la dissuasion nucléaire. Aucun de nos pays européens, avec leur statut de puissance intermédiaire, ne serait capable seul de se procurer une telle capacité du fait des ressources financières, humaines et industrielles nécessaires».

Un camouflet dans la défense hypersonique

De fait, MBDA se trouve au cœur des coopérations dans le domaine des missiles. Début mars, à l’occasion de la rencontre entre Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Rishi Sunak, la France et le Royaume-Uni ont confirmé leur partenariat dans le domaine des armes anti-navires lourdes et de la frappe en profondeur. La France et l’Italie l’ont choisi pour concevoir et produire les systèmes de défense antiaérienne embarquant des missiles Aster. Fin 2022, les deux pays ont signé au profit de MBDA et de son partenaire Thales (au sein de la JV Eurosam), un nouveau contrat de production de 700 missiles Aster pour équiper leurs armées respectives. Par ailleurs, l’Italie et le Royaume-Uni ont sélectionné l’industriel pour ses missiles CAMM (Common anti-air modular missile) de défense anti-aérienne.

MBDA est également le maître d’œuvre industriel du programme Meteor, qui équipera d’un missile air-air de longue portée, les avions de combat des armées de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Espagne, de la Suède et de la France. Il sera compatible avec le Rafale, l'Eurofighter et le Gripen suédois.

Malgré ce rôle central, MBDA a pourtant subi un camouflet en 2022. Pour son projet de défense hypersonique, la Commission européenne lui a préféré un consortium mené par l’industriel espagnol Sener Aeroespacial en lui attribuant un premier financement d’une centaine de millions d’euros. MBDA n’a toutefois pas dit son dernier mot dans cette compétition stratégique, et pour laquelle le groupe dispose d’une expertise reconnue. «Nous avons beaucoup à apporter sur la table. Et ce que nous avons à apporter est disponible. L'histoire n'est pas terminée», souligne son patron Eric Beranger.  

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