« India, I reached my destination and you too ! ». Voici le message que 1,3 milliard d’Indiens attendaient avec impatience et appréhension. Il a été transmis ce 23 août à 17h45 heure de New Delhi par le module lunaire de la mission Chandrayaan-3, la troisième mission d’exploration menée par le pays vers le satellite naturel de la Terre. Comme prévu, le module d’alunissage Vikram ("vaillance" en sanskrit, ndlr) s’est posé à proximité du pôle Sud lunaire. Dans la foulée, l’organisation indienne pour la recherche spatiale (l’ISRO) a qualifié de succès l’opération. Ce module devra libérer le petit robot mobile Pragyan ("sagesse" en sanskrit, ndlr) de 26 kg, qui aura pour mission d’explorer durant 14 jours la surface lunaire et de mener des expérimentations grâce à ses instruments scientifiques embarqués (spectromètre, laser…).
L'alunissage conclut un long périple spatial, la fusée ayant décollé il y a environ six semaines avec à son bord une charge utile de près de quatre tonnes. Début août, elle s’était mise en orbite lunaire et commençait à retransmettre des premières images de la Lune. Cet exploit fait rentrer encore un peu plus l’Inde dans le club des grandes puissances spatiales. Il montre également la détermination de New Delhi à jouer un rôle de premier plan dans le domaine. Il y a quatre ans, l’ISRO avait subi un échec important en perdant le contrôle de son véhicule spatial au moment de la descente finale vers la Lune.
Exploration minière de la Lune
Faire atterrir un objet à la surface de l'astre le plus proche de notre planète reste en effet un défi à la portée de peu de nations. Grâce à la réussite de la mission Chandrayaan, l’Inde devient ainsi le quatrième pays à réussir à poser de manière contrôlée un engin sur la Lune après les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Plus de 50 ans après le premier pas de l’homme sur la Lune avec les missions Apollo, cela n’a encore rien de trivial. Les Russes en savent quelque chose. L’agence spatiale russe Roscosmos a annoncé le 20 août dernier que sa sonde Luna-25 venait de s’écraser à la surface du satellite naturel de la Terre.
Le succès de la mission Chandrayaan-3 s’inscrit dans une course mondialisée pour revenir sur la Lune. Tous s’y mettent : les leaders du secteur, mais également d’autres nations qui veulent affirmer leurs ambitions spatiales comme le Japon, les Emirats arabes unis, Israël, la Corée du Sud… Entre rivalités géopolitiques, recherche de matières premières et développement de technologies de pointe, l’astre fait figure de nouveau Far West.
« On pense que le pôle Sud de la Lune est riche en glace d'eau, qui pourrait être utilisée pour produire du carburant pour les engins spatiaux, ainsi que d'autres ressources telles que des métaux et des minéraux. Chandrayaan-3 [...] donnera à l'Inde une longueur d’avance dans le développement de l’infrastructure et de la technologie nécessaires à l’exploitation de ces ressources », estime Shri Charan Padala, consultant pour le cabinet spécialisé Global Data. Un embouteillage de projets se profile sur ce que l'on nomme parfois le septième continent. « On estime à une quarantaine le nombre de missions lunaires d’ici 2030 », affirme Isabelle Sourbès-Verger, géographe, directrice de recherche au CNRS et autrice de l’ouvrage Géopolitique du monde spatial.



