Les contrats Rafale se succèdent. Et le groupe Thales, l’un des principaux contributeurs d’équipements à l’appareil de combat tricolore, doit s’organiser pour répondre au défi industriel. En effet, la liste des avions à produire s’est allongée significativement avec la vente de 42 appareils à l’Indonésie en février mais également de 80 appareils aux Emirats Arabes Unis en décembre dernier. Et quand Dassault Aviation augmente sa cadence de production pour éviter de rallonger ses délais de livraison, l’ensemble de ses 500 fournisseurs en France doit suivre le rythme.
Thales s’est déjà mis en ordre de bataille. Au total, le groupe compte une vingtaine de sites en France qui produisent des équipements pour le Rafale. Bordeaux (Gironde) fournit le radar à balayage électronique, les sites de Gennevilliers (Haut-de-Seine), de Brive (Corrèze) et de Laval (Mayenne) les équipements de radiocommunications et navigation, l’établissement d’Elancourt (Yvelines) le désignateur laser de cibles, Etrelles (Ille-et-Vilaine) des produits de micro-électroniques…
La montée en cadence, le fameux « ramp-up » comme on l’appelle dans l’industrie aéronautique, est impressionnante. Avant 2015, quand le Rafale n’avait pas encore décroché de client à l’export, Dassault Aviation ne livrait qu’un appareil par mois aux armées françaises. Et ses fournisseurs calaient leurs usines sur ce rythme de production.
un bond industriel dans l'inconnu

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Aujourd’hui, la multiplication des contrats à l’export change complètement la donne. Pour répondre à la demande, Thales envisage de produire jusqu’à une cadence de 4,5 équipements par mois, contre 2,5 actuellement. Si le groupe reconnaît qu’il s’agit d’un bond dans l’inconnu en termes d’industrialisation, il ne laisse rien au hasard.
La montée en puissance se fera progressivement pour adapter l’outil industriel et réaliser les embauches nécessaires. Il faut ainsi un an par exemple pour passer d’une cadence de 2,5 éléments produits par mois à 3,5 par mois et autant pour franchir le palier suivant. Thales prévoit donc d’atteindre la cadence 4,5 à l’horizon 2025.
Notez qu’à ce rythme, le groupe va produire à une cadence supérieure à celle de la ligne d’assemblage finale des Rafale de Dassault Aviation située à Mérignac (Gironde). Pourquoi ? Il y a deux raisons. D’une part, les fournisseurs de l’avionneur doivent également livrer un certain nombre de pièces de rechange pour leur client, d’où une cadence de production supérieure. D’autre part, les fournisseurs en amont de la chaîne de production sont concernés plus tôt par la hausse des cadences. Par exemple, il faut en effet deux ans pour produire un radar électronique ou les équipements optroniques de Rafale. Thales doit donc anticiper.
une académie interne pour former les profils rares
Parmi les priorités industrielles du moment : le recrutement. Les embauches seront significatives et variables en fonction des différentes domaines de production. Les sites qui conçoivent et produisent les systèmes de combat électronique (Etrelles, Bordeaux, Elancourt) vont recruter 300 personnes en 2022. Les sites et les usines qui travaillent sur les équipements de radiocommunication et de navigation (Gennevilliers, Cholet, Laval et Brive) vont recruter 200 personnes soit autant qu’en 2021. Les activités d’optronique basées à Elancourt vont nécessiter l’embauche d’une soixantaine de personnes.
Vu la sensibilité de certaines compétences dans le domaine de l’armement, certains profils sont plus difficiles à recruter que d’autres. C’est pour cette raison que Thales a récemment mis en place à Elancourt une académie interne pour former ses ingénieurs et techniciens dans le domaine de la guerre électronique.
70 fournisseurs-clés à surveiller
A ces embauches, s’ajoutent des investissements industriels pour accueillir de nouvelles activités liées au développement et aux tests des équipements, acquérir de nouveaux bancs de production, accroître les surfaces de production… Les travaux doivent démarrer cette année. Les sites en charge des activités liées aux systèmes de combat électronique sont en première ligne. L’établissement d’Etrelles va bénéficier d’une extension de 1200m2, Brest (Finistère) de 650 m2 et Bordeaux de 450 m2. Le site d’Elancourt en région parisienne va accroitre ses capacités de production optronique de 280 m2. Au total, c’est une quarantaine de bancs d’essais supplémentaires qui vont être acquis d’ici à 2025 pour l’ensemble des sites.
Thales veille également à ce que sa supply chain soit au rendez-vous, en particulier 70 fournisseurs-clés. Pour leur permettre d’anticiper, il partage avec eux les objectifs de production et indique qu’il est prêt à soutenir celles qui rencontreraient des problèmes de financement ou de recrutement.
Chez Thales et ses partenaires, l’heure de la mobilisation industrielle a sonné. Le succès du Rafale à l’export passe également par la capacité des usines en France à relever le défi industriel.



