Le sort de Photonis, cette PME qui fournit des technologies de vision nocturne pour les armées, n’en finit pas de mobiliser les politiques. Associé à plusieurs de ses confrères de l'assemblée nationale, le député du Vaucluse (84) Julien Aubert (groupe Les Républicains) a écrit au Premier ministre Jean Castex lui faisant part de son inquiétude quant à l’avenir de cette société convoitée par le groupe américain Teledyne. "Monsieur le Premier ministre, pouvez-vous nous dire quelle va être la conduite du gouvernement dans ce dossier ?", interroge le député dans son courrier en date du 27 octobre. La lettre fait référence à la nouvelle offre d’achat de la part de la société Teledyne révélée le matin même jour par nos confrères des Echos et de Challenges.
Les deux médias évoquent même un montant d’acquisition de l’ordre de 15% de moins que l’offre initiale, évaluée alors à plus de 500 millions d’euros. "Ceci fait peser le risque d’une aspiration du savoir-faire technologique de Photonis, de surcroît sans garantie d’un maintien de l’emploi local", alerte le parlementaire. La PME compte environ 1000 salariés dont près de la moitié employés sur son site principal situé à Brive (Corrèze).
Contrer des technologies étrangères
Dans sa missive, Julien Aubert tient également à rappeler le caractère critique des technologies développées par Photonis : "(…) la maîtrise de technologies dans le domaine de l’optronique est essentielle, tant pour disposer de capacités et d’armement pour nos propres forces, que pour contrer des technologies étrangères".

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Pour cette raison, il appelle l’Etat à mettre la main au porte-monnaie. "Il s’agirait par application de prérogatives de l’Etat, de prendre le contrôle de Photonis par une participation financière chiffrée au moins à 425 millions d’euros dans le cadre de la mission plan de relance du projet de loi de finances", préconise-t-il.
Un fonds souverain stratégique de Défense
L’élu milite même pour aller plus loin avec une évolution législative permettant la création d’un fond souverain stratégique de Défense. Cette demande met en lumière la dotation a priori insuffisante des outils financiers, les fonds Definvest et Definnov, déjà à la disposition du ministère des Armées pour contrer de telles opérations. Le premier fonds doté de 100 millions d’euros, vise à venir en aide aux entreprises critiques et stratégiques qui ont déjà atteint un certain niveau de développement. Le fonds Definnov, doté de 200 millions d’euros, et annoncé par la ministre des Armées Florence Parly en septembre dernier, soutient les start-up dont les technologies sont actuellement en cours de développement et qui pourraient éventuellement s’intégrer dans des systèmes d’armes.
Aubert et Duval et Cilas egalement sous surveillance
Très récemment, le 23 octobre dernier, Joël Barre, le patron de la DGA (Direction générale à l’armement) estimait pourtant disposer des armes suffisantes face à de telles opérations qui pourraient fragiliser la base industrielle et technologique de Défense (BITD, ndlr). "Nous avons les outils nécessaires pour protéger les entreprises que nous estimons critiques et stratégique pour notre BITD ".
Il faisait également référence au dispositif des investissements étrangers en France (IEF). Tout investisseur étranger qui veut investir dans une entreprise de défense, est soumis à une autorisation qui doit lui être donnée par le ministère de l’Economie et des Finances. Bercy travaille alors avec le ministère des armées sur les conditions à poser en cas d’accord sur un tel investissement. "C’est systématiquement ce que nous appliquons, en particulier dans le cas de Photonis", avait même précisé le délégué général à l’armement. A travers ce dispositif, la France demande des engagements à l’acquéreur étranger en termes de pérennité de l’outil industriel, de savoir-faire, de maintien du bureau d’études…
Outre Photonis, d’autres sociétés françaises de défense nécessitent la vigilance des pouvoirs publics et de la DGA. Comme Aubert & Duval qui fournit des aciers hautes performances nécessaires aux sous-marins nucléaires et aux Rafale de Dassault ou encore la société Cilas, qui conçoit des lasers militaires.



