Daher met la main sur le sous-traitant AAA et prend du poids dans les services aéronautiques

Daher va acquérir le sous-traitant aéronautique AAA, devenant le premier acteur français des services aéronautiques. Le groupe familial, qui compte passer le cap des 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2027, va lancer à cet horizon un avion hybride développé à partir de l’un de ses appareils existants.

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Fabrication d'avions d'affaires chez Daher Socata, à Tarbes
Daher va acquérir le sous-traitant AAA pour se muscler dans les services aéronautiques.

Se diversifier pour mieux résister. C’est le mot d’ordre qui prévaut de longue date chez Daher et que le groupe – qui fête cette année ses 160 ans – s’évertue à appliquer de manière toujours plus poussée. Déjà avionneur, équipementier aéronautique et logisticien, l’entreprise familiale a dévoilé, mardi 7 février, son ambition de prendre davantage de poids dans un quatrième métier dans le cadre de son nouveau plan stratégique «Take off 2027» pour la période 2023-2027 : celui des services industriels. Daher a annoncé l’acquisition du sous-traitant aéronautique français AAA. L’opération de consolidation – dont le montant n’a pas été officialisé – devrait être finalisée d’ici au mois de mai ou de juin, après autorisation des autorités de la concurrence.

Il faut dire que le modèle multi-métiers de Daher, fournisseur d’Airbus, de Boeing, de Dassault ou bien encore de Bombardier, a particulièrement porté ses fruits ces dernières années. «Alors que la plupart des acteurs aéronautiques ont perdu 40% de leur activité sur deux ans à cause du Covid, Daher n’a perdu que 15% de son activité», assure Didier Kayat, le directeur général du groupe. En 2022, l’industriel affiche un chiffre d’affaires de 1,3 milliard d’euros en 2022, en augmentation de 15,4%. C’est davantage qu’en 2019 (1,2 milliard d’euros). Daher a par ailleurs livré 73 appareils l’an dernier, 56 TBM et 17 Kodiak, contre 68 en 2021. Les effectifs sont aussi en hausse. Ils sont passés de 10 000 à 10 500 personnes, dont 8 000 en France. Et l’avionneur compte recruter 1 100 personnes en 2023, dont 700 créations nettes.

Des complémentarités industrielles avec AAA

De quoi inciter les dirigeants à renforcer encore les fondations du groupe avec un quatrième pilier, pour l’heure moins robuste que les trois autres. «L’acquisition de AAA va nous permettre de donner corps au métier des services aéronautiques au sein du groupe», considère Didier Kayat, le directeur général de Daher. Aujourd’hui, les activités de services et de logistiques représentent environ 500 millions d’euros. Demain, l’acquisition de AAA va hisser le montant de ces activités à 800 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires qui devrait s’élever à 1,7 milliard d’euros après intégration. De quoi faire de Daher le numéro un français des services aéronautiques, allant de l’ingénierie de production à l’aménagement cabine, en passant par le parachèvement des appareils au niveau des lignes d‘assemblage final des avionneurs.

«Avec les fortes hausses de cadence de production, les besoins des donneurs d’ordre en matière de services vont augmenter», justifie Didier Kayat. Au sein de Daher, les activités de logistique et de services ont bondi de 10,7% en 2022. Pourquoi avoir jeté son dévolu sur AAA? Ce sous-traitant aéronautique offre d’importantes complémentarités industrielles et géographiques pour Daher. Cette entreprise  familiale de 1 900 salariés, dont le siège social se trouve à Paris et qui possède sept autres sites en France, génère un chiffre d’affaires d’environ 200 millions d’euros. Outre le coup d’accélérateur dans les services qu’elle représente pour Daher, elle constitue aussi un atout dans sa stratégie d’internationalisation, AAA étant installé entre autres aux Etats-Unis, au Canada, en Chine et au Mexique.

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Si AAA, présent dans le civil et la défense, a connu une forte chute de son chiffre d’affaires en 2020 en raison de la pandémie, nul doute qu’il va repartir en flèche compte tenu des cadences de production projetées par les avionneurs. En mettant la main sur ce sous-traitant, les dirigeants de Daher cherchent à gagner en valeur ajoutée et à s’étendre sur l’ensemble de la chaîne. De la fabrication de pièces à leur installation sur des sections de fuselage en passant par leur transport, le groupe souhaite offrir une prestation de plus en plus large. D’où l’idée également de fournir des systèmes de plus en plus complets, limitant de facto le temps d’assemblage chez les donneurs d’ordres. Cette montée en puissance des services va contribuer à passer le cap des 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2027.

Un premier appareil hybride électrique

Cette opération effectuée, Daher compte ensuite prendre le temps de la «digérer», selon les propos de ses dirigeants. Ces dernières années, l’industriel a procédé à plusieurs acquisitions qui lui ont donné une nouvelle envergure. Daher a intégré l’américain Quest – fabriquant du Kodiak – en 2019, puis la même année le néerlandais KVE Composites, spécialisé dans le soudage de composites par induction, sans oublier l’usine d’assemblage d’aérostructures métalliques et composites de l’américain Triumph à Stuart (Floride) en 2022 et enfin l’entreprise Chabrillac Transports, dédiée au transport de satellites et de lanceurs. Daher a par ailleurs ouvert trois centres d'innovations collaboratifs en France, à Toulouse (Haute-Garonne), Tarbes (Hautes-Pyrénées) et Nantes (Loire-Atlantique), respectivement dans la logistique, les avions et les aérostructures.

Si le groupe cherche à se diversifier et à prendre du poids, il n’en perd pas de vue la nécessité de s'emparer du sujet de la décarbonation de l’aviation. Ainsi, Daher va lancer en 2027 un appareil hybride électrique, sur la base de l’un de ses avions existants, un TBM ou un Kodiak. Le groupe va mettre à profit l’expérience acquise avec l’EcoPulse, un démonstrateur d’avion à propulsion hybride lancé en 2019 avec Safran et Airbus. L’industriel va en outre s’entourer de start-up pour l’aider à choisir les bonnes briques technologiques pour ce nouvel appareil, dont la date de mise en service n’est pas encore connue. Certaines technologies devraient être révélées lors du prochain salon aéronautique du Bourget, organisé en juin prochain.

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