Comment la Nasa fait appel au secteur privé pour conquérir la Lune

La fusée Falcon 9 a décollé ce 15 janvier avec à son bord l’alunisseur de la société américaine Firefly Aersopace. Plutôt que de developper ses propres technologies pour déposer des équipements sur la lune, la Nasa prefère acheter des prestations sur étagère et mettre en concurrence ses prestataires.

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Alunisseur Firefly lander
Embarquant plusieurs équipements scientifiques, l'alunisseur de Firefly mettra environ 45 jours pour rejoindre la surface de la lune.

Deux missions lunaires de deux pays différents pour... un même lancement ! Du jamais vu dans l’histoire spatiale. La fusée Falcon 9 de SpaceX a décollé avec succès ce 15 janvier à 1H11 heure locale (7H11 à Paris) depuis le centre spatial Kennedy en Floride. A son bord, deux alunisseurs qui arriveront à destination à des moments différents et qui opéreront de manière totalement indépendante. Celui du japonais Ispace et celui de l’américain Firefly Aerospace. Un signe supplémentaire que notre satellite naturel attise de plus en plus les convoitises des puissances spatiales.

Toutefois, ce sont bien les Etats-Unis qui font la course en tête. Aujourd’hui, pas moins de cinq sociétés américaines sont engagées auprès de la Nasa pour un total de 11 missions, visant à transporter jusqu’à une cinquantaine d’équipements à différents endroits de la surface lunaire.

Et Firefly est l’un des principaux bénéficiaires. La mission «Blue Ghost» confiée par la Nasa est la première mission lunaire – sur trois – que le prestataire mènera pour le compte de l’agence spatiale américaine. Au-delà de la construction de son propre alunisseur, la société texane aura mené et mènera de bout en bout les opérations : le choix du lanceur, le chargement de la dizaine d’équipements scientifiques à embarquer, le bon déroulé du vol spatial, l’alunissage… 

Une réactivité exceptionnelle

Ainsi, après le décollage, le périple spatial durera plus de 45 jours. Deux heures de descente critique sont prévues pour se poser début mars sur la plaine de la Mer des Crises, sur la face visible de la Lune. Là-bas, la durée de la mission s'étalera sur une journée lunaire, soit l’équivalent de 14 jours de terrestre, et quelques heures durant la nuit lunaire.«Ce site d'atterrissage unique permettra aux instruments scientifiques de collecter des données sur le régolithe de la lune, les caractéristiques géophysiques et les interactions du vent solaire avec le champ magnétique terrestre», précise encore la Nasa.

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Comment l’agence américaine a sélectionné FireFly Aerospace ? En quelques années, la société texane s’est déjà taillé une solide réputation dans le milieu spatial américain. Son ambition, offrir des services en orbite à travers toute une gamme de vaisseaux spatiaux : minilanceur, lanceur lourd, vaisseau de transport d’orbite, alunisseur…

Forte de plus de 700 salariés, la société avait définitivement frappé les esprits en septembre 2023. Elle avait relevé le défi de l’US Air Force qui voulait tester la réactivité de ses prestataires en cas d’urgence et faire décoller un lanceur dans les 24H00 afin de mettre sur orbite un minisatellite ! Depuis ce succès, Firefly enchaine les contrats auprès d’acteurs institutionnels et privés.

Elle séduit les investisseurs. En novembre dernier, elle a levé 175 millions de dollars, qui s’ajoutent aux 300 millions de dollars déjà levés en 2023. La société indique être valorisée à plus de 2 milliards de dollars.

14 prestataires sélectionnés

En aout dernier, pour passer à la vitesse supérieure, la société a recruté son nouveau PDG, Jason Kim, passé par les grands donneurs d’ordres du secteur (Raytheon, Northrop Grumman…) et l’U.S. Air Force. Elle a également convaincu un des anciens patrons de la Nasa, James Bridenstine, de renforcer son conseil consultatif. 

Firefly Aerospace fait partie des 13 sociétés qui ont été retenues par la Nasa dans le cadre de son programme CPLS (Commercial Lunar Payload Services) de transfert de charges utiles sur la lune confié au secteur privé. Cette initiative a été lancée en 2018 avec l’idée qu’avec la démocratisation des technologies spatiales, il est désormais possible de faire appel au secteur privé pour transférer des équipements et des technologies sur la lune.

L’agence avait déjà eu recours à des acteurs privés pour assurer le transport d’astronautes vers la station spatiale qu’elle a confiée à SpaceX et Boeing. Dans les deux cas, l’agence ne se positionne plus que comme un acheteur et paye une prestation en espérant bénéficier de meilleurs prix grâce à la concurrence entre ses prestataires.

Pour acheter ses missions à destination de la lune, elle dispose d’un budget de 2,6 milliards de dollars jusqu’en 2028, soit environ 260 millions de dollars par an. Vu l’ambition du programme lunaire, la Nasa a sélectionné cette fois ci beaucoup plus de prestataires. Au total, 14 ont été retenus. Neuf lors de la première vague en 2018 (Astrobotic Technology, Deep Space Systems, Draper, Firefly Aerospace, Intuitive Machines, Lockheed Martin Space, Masten Space Systems, Moon Express, Orbit Beyond), et cinq supplémentaires lors de la deuxième vague un an plus tard (Blue Origin, Ceres Robotics, Sierra Nevada, Space X, Tyvak Nano-Satellite Systems).

En plus de «Ghost Blue», la NASA prévoit une autre mission – CPLS, en 2025 – menée par la société Intuitive Machine, puis environ deux par an jusqu’en 2028. Parmi les mieux positionnés, Firefly Aersopace devrait voler plusieurs fois vers la lune. En décembre dernier, la Nasa lui a attribué son troisième contrat pour une mission lunaire pour un montant de 179 millions de dollars. Il s’agira de déposer en 2028 un rover et six instruments scientifiques sur le dôme de Gruithuisen... encore jamais exploré.

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