On connaissait le bang supersonique, il va désormais falloir s’habituer aux traînées blanches erratiques des armes hypersoniques. La singulière signature de ces engins de nouvelle génération a été aperçue dans le ciel au sud-ouest de la France, lundi 26 juin au soir : la Direction générale de l'Armement (DGA) a mené depuis son centre d’essais de Biscarosse (Landes) le premier test d’un démonstrateur de planeur hypersonique, dénommé V-MAX (véhicule manœuvrant expérimental). Un projet lancé en 2019 qui reflète les ambitions de la France dans la course au développement de ces armes considérées comme stratégiques.
Ce tir constitue un jalon de taille, alors qu’il était initialement prévu fin 2021. Développé par ArianeGroup avec le soutien de l'Onera (le centre français de recherche aérospatiale), le planeur hypervéloce a été largué par une fusée sonde. «Ce premier démonstrateur contenait de nombreuses innovations technologiques embarquées», explique sans fournir davantage de précisions la DGA. Le principe de fonctionnement de cet appareil non motorisé : avec une vitesse supérieure à Mach 5 (plus de 6000 km/h), il «rebondit» sur les différentes couches de la haute atmosphère après avoir été injecté à plus de 50 km d’altitude, lui conférant une trajectoire imprévisible.
La France mène de front plusieurs projets
Avec ce test réussi, la France le clame haut et fort : elle compte bien être en bonne position dans la course au développement de ces nouvelles armes. Depuis quelques années, et qui plus est avec le conflit en Ukraine, les armes hypersoniques sont vues comme des «game changers», autrement dit des technologies capables de faire une nette différence en cas de conflit. Entre hypervélocité, manœuvrabilité extrême, les planeurs et les missiles hypersoniques – qui sont quant à eux motorisés – donnent un sérieux coup de vieux aux engins balistiques traditionnels et aux missiles de croisière. Avec de telles armes, la défense semble quasi impuissante, d’autant qu’elles maintiennent l’ambiguïté sur la cible visée.
Les ambitions françaises en matière d’armes hypersoniques ne reposent pas que sur le projet V-MAX, lequel devrait donner lieu très prochainement à de nouvelles expérimentations. Le missilier MBDA est également de la partie qui mène des études sur la propulsion hypersonique pour le futur missile de la dissuasion nucléaire française, l’ASN4G. Un engin qui doit remplacer l’ASMP-A au sein de la composante aéroportée de la dissuasion à horizon 2035-2040. L’équipement doté d’un superstatoréacteur est censé être compatible avec le futur avion de combat européen du programme Scaf, qui doit remplacer les Rafale et les Eurofighter. Autre projet dévoilé en juin et porté par l’Onera : Espadon, un avion de combat hypersonique qui pourrait voler en 2050.

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Le trio de tête : les Etats-Unis, la Russie et la Chine
Mais la France est-elle en mesure de se positionner dans les premiers rangs de cette nouvelle course technologique mondiale ? Pas si sûr, alors que les projets d’armes hypersoniques se multiplient dans le monde, menés avant tout par les Etats-Unis, la Chine et la Russie, comme le souligne un rapport en ligne de l’Institut français des relations internationales (Ifri) de juin 2021 listant les principaux programmes officiels en cours. «Les systèmes hypersoniques deviennent un attracteur stratégique, peut-on lire dans le document. Au-delà de leurs utilités militaires, ils deviennent des emblèmes de la modernisation capacitaire des États et des marqueurs de puissance.»
La Russie, qui a débuté des travaux sur les missiles hypersoniques dès les années 70, a déjà mis au point une batterie d’armes : le planeur Avangard qui dépasserait Mach 20, ainsi que les missiles Kinzhal – opérationnel depuis 2018 – et Zircon, capables de mener des frappes terrestres et antinavires. Côté américain, les projets pullulent, tels que les planeurs LRHW, IRCPS ou bien encore l’ARRW, mais aussi le missile HACM et celui développé en partenariat avec l’Australie. Quant à la Chine, elle a fait voler dès 2014 le planeur DF-17 d’une portée supérieure à 1500 km et aurait procédé au test du missile DF-100 en 2018, qui serait depuis opérationnel. Dans une moindre mesure, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud ou bien encore le Royaume-Uni sont aussi à la manœuvre.



