Le mystère entourant l'échec du premier vol commercial de Vega-C s'éclaircit. Le 20 décembre 2022, deux minutes et vingt-sept secondes après le décollage, une brusque chute de pression a été constatée au niveau du deuxième étage du lanceur, le Zefiro-40. L'appareil n'étant plus en mesure de respecter sa trajectoire initiale, un ordre d'autodestruction a été envoyé à la fusée, qui devait mettre en orbite deux satellites d’observation Pléiade Neo d’Airbus. Arianespace, responsable du vol, et l’Agence spatiale européenne (ESA), l’autorité de développement du système de lancement, ont immédiatement demandé la formation d'une commission d’enquête indépendante, afin de comprendre les raisons de cet accident.
Deux mois et demi plus tard, cette dernière vient de rendre ses conclusions. «La Commission a confirmé que la cause était une sur-érosion thermo-mécanique inattendue du composite carbone/carbone (C/C) constituant l'insert du col de tuyère [...] Des investigations complémentaires ont conduit à la conclusion que ce phénomène était probablement dû à un défaut d'homogénéité du matériau utilisé pour cette pièce», explique l'ESA dans un communiqué. Le col de tuyère est une pièce particulièrement critique, essentielle pour transformer la pression en poussée, soumise à de très fortes températures et à des gaz extrêmement corrosifs.
Un étonnant changement de fournisseur
Lors d'une conférence de presse organisée vendredi 3 mars, le directeur de l'ESA, Josef Aschbacher, a reconnu que cet échec était «très sérieux», mais a assuré que tous les partenaires du programme étaient «déterminés à prendre des mesures concrètes pour sortir de cette crise plus forts». Le maître d'œuvre de Vega-C, Avio, assume quant à lui sa part de responsabilité. Dès 2017, le fabricant italien avait en effet décidé de sous-traiter la production de ce col de tuyère à la société ukrainienne Youjnoye.
Approuvé par l'Agence spatiale européenne, ce choix paraît pour le moins surprenant, la priorité stratégique étant plutôt de privilégier des fabricants de l'Union européenne. D'autant que sur la version initiale de Vega, en service depuis 2012, cette pièce ultra-sensible était fournie par ArianeGroup. Le PDG d'Avio, Giulio Ranzo, se défend d'avoir voulu réduire les coûts et évoque plutôt des «problèmes de disponibilité» du côté du groupe détenu par Airbus et Safran. Il ajoute qu'«au vu des investigations poussées et des différents tests menés, il n'y avait aucune raison de suspecter un potentiel défaut», et que la pièce est désormais «interdite de vol». Dès le début de la guerre en Ukraine, l'industriel italien a de toute façon à nouveau confié à ArianeGroup la production des cols de tuyère, afin qu'ils puissent équiper les nouveaux lanceurs.

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Le Cnes demande des comptes
Cet événement met en lumière les multiples discordes que le sujet des lanceurs, particulièrement critique pour parvenir à maintenir l'Europe sur le devant de la scène spatiale, a générées entre l'Allemagne, la France et l'Italie. Bien qu'ils aient signé un accord fin novembre afin de renforcer leur coopération et leur unité dans ce domaine, les trois pays ne partagent pas la même vision. L’Allemagne privilégie le développement d’une offre de microlanceurs, la France souhaite que les efforts se concentrent sur Ariane 6, tandis que l'Italie défend bec et ongles son programme Vega. L'échec du 20 décembre, le troisième en quatre ans, risque cependant d'éroder la confiance de ses partenaires comme de ses clients.
L'agence spatiale tricolore, le Cnes, n'a d'ailleurs pas caché son mécontentement. Dans une lettre adressée à l'ESA, révélée par Les Echos, l'institution explique qu'elle «considère que l'enquête n'est pas assez approfondie pour déterminer pourquoi et comment a eu lieu un tel accident et ce qui l'a rendu possible et quelles décisions prises par l'industrie et par l'agence ont conduit à une situation aussi risquée et incontrôlée». Elle demande à son homologue européen une enquête interne, en plus de l'enquête technique, et une révision profonde du management des projets.
13 lanceurs Vega-C déjà réservés
L'ESA et Arianespace indiquent de leur côté avoir formé un groupe de travail chargé de mettre en place diverses actions correctives, parmi lesquelles «des tests supplémentaires au niveau du deuxième étage du lanceur», «des contrôles renforcés au sein de la chaîne d'approvisionnement», et «plus de moyens pour les ingénieurs qualité». «Nous travaillerons en équipe, avec un seul mot d'ordre : la fiabilité», a déclaré le directeur d'Arianespace, Stéphane Israël, tout en mettant en avant le succès du vol d'inauguration de Vega-C, organisé en juillet 2022, et son «robuste carnet de commandes».
Grâce aux huit vols vendus en 2022, Avio dispose en effet d’un carnet de commandes de 13 lancements pour son lanceur léger. Son prochain vol commercial aura normalement lieu «d'ici à la fin de l'année 2023», le temps que soient implémentées toutes les mesures décidées. La fusée devrait mettre sur orbite le satellite d'observation de la Terre Sentinel-1C, une mission qui s'inscrit dans le cadre du programme Copernicus.
En attendant, l'un des deux derniers exemplaires de la version initiale de Vega, qui ne faisait pas appel au fournisseur ukrainien, est censé décoller «d'ici à la fin de l'été». Les deux dernières fusées Ariane 5 seront quant à elles lancées mi-avril (pour transporter la sonde Juice jusqu'à Jupiter) et courant juin (pour transporter le satellite de télécoms militaires Syracuse 4B). L'ESA espère d'ailleurs toujours qu'Ariane 6 pourra entrer en service avant la fin de l'année, mais de nombreux spécialistes du secteur jugent ce calendrier peu probable. De quoi offrir un boulevard à la concurrence étrangère... A titre de comparaison, l'américain SpaceX prévoit à lui seul de franchir le cap des 100 tirs en 2023.



